Végétation adventice

De Wikivalais

Le Valais offre encore quelques paysages agricoles remarquables: vergers d’arbres à haute tige dans deux ou trois recoins de la plaine, vignes accrochées à des murs parfois audacieux, cultures en terrasses, petits champs de céréales aux abords de quelques vieux villages, jardins regroupés, dans des lieux humides et vastes prairies entrecoupées de haies, de bosquets et de bisses. De nombreuses espèces animales et végétales se sont habituées à ces milieux, au point qu’elles ne sauraient plus s’en passer. C’est le cas de certaines plantes étroitement associées aux cultures et probablement introduites par l’homme dès l’époque néolithique. On les qualifie abusivement de «mauvaises herbes». En réalité, seules quelques plantes agressives, à développement fulgurant, méritent ce qualificatif. Les autres – une vaste majorité – ne font qu’accompagner les cultures sans pour autant diminuer le rendement. Elles profitent simplement des sols régulièrement retournés qui leur permettent d’échapper à la concurrence des autres espèces. Le terme d’adventices (du latin advenire: venir près de, accompagner) leur convient bien.

Avec sa diversité de climats, de sols et de terrains secs, le Valais est encore un paradis pour cette flore spécialisée.

Pourtant, deux menaces se précisent: d’une part, l’abandon de certaines cultures comme celle des céréales d’hiver; d’autre part, l’intensification de l’exploitation avec recours massif aux engrais et herbicides. La flore de notre canton a déjà perdu une quarantaine d’espèces de cette manière depuis le début du siècle!

Le problème existe à l’échelle nationale et même internationale, mais se pose avec une acuité particulière dans les régions à flore riche comme le Valais. Il est donc temps d’apporter quelques nuances à la notion de «mauvaises herbes», d’apprécier la capacité d’adaptation de la vie à des conditions nouvelles, en l’occurrence aux milieux cultivés, de s’intéresser à leur biologie et de s’interroger sur l’agriculture de demain.

Sommaire

Origine des plantes adventices

Les plantes associées aux cultures ont différentes origines. Certaines comme le trèfle des champs ou la lapsane commune sont issues de la flore indigène et se rencontrent aujourd’hui encore dans les milieux naturels locaux. D’autres parmi les plus spectaculaires et les plus intéressantes sont arrivées du bassin méditerranéen et d’Eurasie en suivant les cultures de céréales dans leur expansion historique; elles ont trouvé dans les milieux secs du Valais une terre de prédilection; c’est le cas de l’adonis d’été et de plusieurs pavots. Enfin, les dernières venues ont été importées de tous les continents – accidentellement ou non – par le commerce international qui a débuté au XVIIe siècle; certaines continuent de s’étendre dans leur nouvelle patrie, par exemple la vergerette du Canada ou les amarantes d’Amérique, devenues entre-temps de vraies «mauvaises herbes».

Quelques notions de biologie

Pour une plante, il y a deux manières de s’adapter au travail régulier du sol cultivé: vivre plusieurs années en se régénérant à partir d’organes souterrains résistants ou suivre le cycle des cultures en devenant annuelle. Dans la première catégorie, on trouve le liseron, la prêle des champs, le chiendent rampant et autres espèces difficiles à combattre en raison de leur enracinement puissant. On rencontre aussi quelques belles plantes à bulbe ou tubercule comme la gagée des champs, le muscari à toupet, la châtaigne terrestre, la gesse tubéreuse et le fameux safran de Mund dont on recueille les stigmates en octobre, après la récolte du seigle. Il ne faut pas oublier non plus la tulipe de Grengiols, exclusivité mondiale au bord de l’extinction, qui ne se trouve plus que sur une colline cultivée près du village… et dans quelques collections hollandaises!

Grâce au bulbe, la plante peut accumuler des réserves, résister ainsi aux périodes froides ou sèches prolongées et fleurir aussitôt que les conditions redeviennent favorables, au premier printemps ou, dans le cas du safran, à l’arrière-automne. Le bulbe est donc une merveilleuse adaptation aux régions sèches, au climat méditerranéen et par la même occasion aux cultures. A côté de ces plantes particulières, la plupart des espèces adventices sont des annuelles adaptées au cycle des cultures.

Prenons l’exemple d’un champ de seigle ensemencé en automne pour l’année suivante. La plupart des adventices germent pendant la saison froide déjà, d’où leur nom d’annuelles d’hiver. Les premières à fleurir en mars-avril sont les véroniques et le grémil des champs. En mai-juin apparaissent les belles taches rouges des pavots et adonis d’été. Puis viennent les moissons, saison du bleuet et de la nielle des blés. La cotonnière et le galéopsis fleurissent en dernier, parmi les chaumes coupés. Il faut mentionner aussi quelques annuelles d’été comme l’euphorbe réveille-matin ou le chénopode blanc, qui attendent les beaux jours pour germer.

La plupart de ces espèces ont un tempérament de pionnières assurant leur survie surtout par la reproduction. Elles produisent des quantités de petites graines, à dispersion facile, au point que chaque mètre carré de sol cultivé peut en contenir de 10 000 à 100 000. Et ce n’est pas tout: ces graines peuvent rester viables en moyenne pendant dix à septante ans, si bien que la flore adventice réapparaît sans peine dans un terrain remis en culture, même après plusieurs décennies d’abandon. Il y a pourtant quelques exceptions à ce comportement. La nielle des blés est l’une des plus remarquables. Cette espèce a développé un tempérament de spécialiste au point de copier parfaitement la céréale qu’elle accompagne: même cycle, même époque de fructification, même stature, même taille de graine, d’où la difficulté de trier les semences. Par contre, la nielle dépend entièrement de l’homme pour sa survie, car ses graines ont une capacité de dispersion limitée et une viabilité réduite à une année.

Plantes adventices et agriculture moderne

Les plantes adventices n’ont pas que des effets négatifs sur les cultures: elles assurent une certaine protection du sol contre l’érosion et le rayonnement solaire; elles peuvent stimuler l’activité biologique souterraine et héberger des ennemis des insectes ravageurs. Elle mériteraient un peu plus de tolérance de la part des agriculteurs. Trop souvent, on recourt aux herbicides dans le seul souci de «faire propre». A force de recevoir toujours le même traitement, certaines plantes finissent par devenir résistantes, par le jeu de la génétique, comme les moustiques ou les araignées rouges. Libérées de la concurrence des autres adventices et stimulées par les engrais, elles se développent avec une vigueur accrue. Le problème se pose dans les vignes, dans les champs de maïs et dans toute la plaine avec des espèces telles que le liseron, la prêle ou les amarantes importées d’Amérique. La flore adventice des cultures intensives perd en beauté pour mieux gagner en agressivité et en résistance. Pour combattre les mauvaises herbes, on en viendra peut-être bientôt à la lutte intégrée, avec le respect d’un seuil de tolérance, comme pour les insectes ravageurs.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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