Tourisme (1848-1914)

De Wikivalais.

Au même titre que l’industrie, le tourisme offre au Valais l’une des clés qui ouvrent la porte au monde moderne.

Sommaire

L'essor du tourisme et le "boom" hôtelier

Affiche de Roger Broders

Dès les années 1860, le tourisme connaît un premier essor en Valais. Encore très localisé, il se développe notamment dans le Bas-Valais qui jouit d’une relative facilité d’accès et surtout de la proximité de Chamonix et de son Mont-Blanc, centre touristique important. Le val d’Illiez et la vallée du Trient ne tardent pas à en profiter. Un premier hôtel est construit à Champéry en 1857, à Salvan en 1860, à Morgins en 1862. Ces constructions hôtelières sont étroitement liées à une amélioration du réseau routier : le tronçon qui unit Troistorrents à Monthey a été réaménagé en 1853, la route Troistorrents-Champéry est carrossable dès 1858 ; cette même année, les Salvanins transforment le sentier arrivant de la plaine en un chemin muletier. Un deuxième hôtel est bientôt construit à Champéry, puis à Salvan. Trois autres régions connaissent à cette même époque un développement touristique comparable : Zermatt, Saas-Fee et, dans un registre un peu différent à cause des bains thermaux, Loèche-les-Bains.

A partir des années 1890, le tourisme valaisan connaît un coup d’accélérateur qui correspond du reste à un véritable boom du tourisme suisse (12 millions de nuitées en 1894, 21 millions en 1913). Si les centres touristiques déjà connus développent leur capacité d’accueil, de nouvelles vallées comme Bagnes, Anniviers se lancent également dans ce que l’on nomme alors « l’industrie des étrangers ». Dans tout le canton, les hôtels poussent alors avec une rapidité prodigieuse.

Le chemin de fer

Il est étroitement lié à cette deuxième phase du développement touristique. Zermatt est la première à comprendre l’importance d’une liaison ferroviaire : la ligne de Viège est ouverte en 1891 déjà. Les stations bas-valaisannes suivent avec quelques années de retard. La ligne Martigny-Châtelard est ouverte en 1906, le prolongement de la ligne Aigle-Monthey jusqu’à Champéry est terminé en 1908. Ces chemins de fer attirent de nombreux visiteurs étrangers. A la vue des ces succès, tout le monde veut alors se lancer dans l’aventure. De nombreux projets de liaison sont alors envisagés, mais la plupart ne réaliseront pas et la guerre mettra fin à cet emballement qui témoigne pourtant des espoirs placés dans le développement touristique.

Préjugés et esprit d'entreprise

Un préjugé voudrait que la construction d’hôtels en Valais ait été le fait d’étrangers fortunés et que cette intrusion de la modernité dans un petit village ait désorganisé complètement une économie traditionnelle harmonieuse. La réalité est en fait toute différente. Dans de nombreux cas, il semble que l’initiative du projet et les capitaux soient d’origine indigène. Le succès de l’entrepreneur Seiler vient par exemple tout de suite à l’esprit. A une plus petite échelle, la famille Exhenry joue un rôle comparable à Champéry en construisant le premier hôtel du village et en investissant plus tard dans la ligne Monthey-Champéry,… En ce domaine, de nombreux Valaisans on fait preuve d’un esprit d’entreprise remarquable qui dément les accusations du Conseil d’Etat qui évoque fréquemment l’ « indolence » et l’« apathie » qui caractériserait ses administrés.

On ne connaît pas très bien les effets d’entraînement induits par le tourisme sur l’activité économique d’une région. Quelques études ont montré les aspects positifs de l’arrivée des touristes : engagement de personnel local par les hôtels, développement des services de guides et de voituriers, ouverture de commerces divers, stimulation des petites entreprises locales. De plus, pour plaire à leurs hôtes, les stations touristiques s’obligent à des aménagements dont bénéficient tous les autochtones. L’hygiène et la propreté des lieux deviennent une nécessité et les conseils communaux prennent des mesures pour construire et améliorer les égouts, nettoyer les chemins ou dissimuler les fumiers. Plus tard, on installe l’éclairage public.

Les effets pervers

L’« industrie des étrangers » a aussi des effets pervers. Le phénomène n’a pour l’instant jamais été vraiment étudié, mais les guides de l’époque, comme Baedeker ou Murray, signalent avec insistance l’importance « déplaisante » en Suisse de la mendicité, tant adulte qu’enfantine. En effet, tout le monde ne participe pas aux bénéfices de l’activité touristique. Reste que de manière générale, le tourisme a contribué à changer les mentalités valaisannes.

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002

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