Torrents

De Wikivalais.

L'érosion normale agit par dénudation: l'eau qui ruisselle en surface entraîne, averse après averse, les particules meubles des sols. Cette action peu spectaculaire est pourtant capable de détruire d'importantes épaisseurs de terrain; on ne s'en aperçoit que si une portion du terrain, mieux protégée, résiste à cette érosion et vient témoigner de son efficacité. Tel est le cas des "pyramides" d'Euseigne, sculptées dans une assise morainique autrefois continue, dont il ne reste que ces piliers protégés par une grosse pierre, témoins de son épaisseur originale.

Le phénomène de l'érosion peut passer par des crises, favorisées par l'absence de la végétation protectrice, cas fréquent en montagne. Les roches sont alors largement exposées aux alternances de chaud et de froid, de gel et de dégel; elles finissent par se fissurer, s'effriter, perdant de plus en plus leur cohésion sur une épaisseur de quelques centimètres ou décimètres sous la surface du terrain. Bien que fragile, cette couche peut rester en place pendant plusieurs années, voire dizaines d'années. Mais que surviennent de très grosses pluies, ou un coup de foehn qui fait fondre des masses de neige et cette couche désagrégée va se gorger d'eau, se transformant en une sorte de boue prête à dévaler les pentes. Ainsi prennent naissance des coulées bien connues des montagnards, transitant souvent par les mêmes couloirs à la manière des avalanches. Contrairement aux avalanches, les matériaux qu'elles accumulent au pied des versants ne disparaissent pas au cours de la saison suivante !

Pour lutter contre les effets de cette érosion des versants, l'homme n'a, jusqu'à maintenant, rien trouvé de mieux que la culture en terrasse ou le reboisement.

Si le phénomène se développe dans le cirque rocheux et nu d'un torrent, il arrive que des centaines d'hectares livrent d'un seul coup leur matériel et ce sont des milliers de mètres cubes qui vont déboucher dans la vallée, détruisant tout sur leur passage et s'étalant en un vaste cône d'alluvions. Le plus majestueux de ces cônes est celui de Finges dont le matériel provient du cirque de l'Illgraben, profond de plus de 1000 m.

Sa présence a repoussé le fleuve contre le versant opposé. Véritable barrage naturel, il détermine une dénivellation de 80 m ente la Souste et Chippis, dénivellation exploitée par les usines d'aluminium (électricité). Cône un peu plus modeste, mais même exploitation hydro-électrique au Bois-Noir à Saint- Maurice. Les autres grands cônes n'ont donné lieu à aucune exploitation; ceux de Chamoson, Bramois, etc., se contentent d'imposer au Rhône un tracé sinueux, le rejetant d'un bord à l'autre de la vallée. Pour être moins imposants, les cônes d'alluvions n'en sont pas moins fréquents dans les hautes vallées: Conches, Ferret et Bagnes avec l'immense cône de Vollèges qui supporte tout à fait la comparaison avec les cônes de la vallée du Rhône.


Bibliograhie

  • Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994

Article connexe