Tilleul

De Wikivalais

La zone de transition climatique entre le Bas-Valais et le Valais central se caractérise par des forêts feuillues riches en tilleul. Ces formations font le lien entre les hêtraies et les chênaies pubescentes. Elles abondent dans le Chablais, sur les éboulis stabilisés et les pentes rocheuses de l’étage collinéen, et remontent jusqu’au coude du Rhône près de Martigny. Elles correspondent à un climat à la fois chaud et humide, tempéré par l’influence du Léman et du foehn. On retrouve des formations analogues au sud du Tessin, dans quelques endroits du Jura et dans certaines vallées à foehn du nord des Alpes, à proximité du lac des Quatre-Cantons ou de celui de Walenstadt.

Ces forêts très intéressantes, très riches en espèces, sont encore mal connues. Aucun arbre ne domine vraiment. Le tilleul à larges feuilles côtoie le frêne, les différents érables, l’orme, ainsi que le tilleul à petites feuilles, plus rare vers Martigny, et parfois le charme, inconnu en amont de Saint-Maurice. Toutes ces essences possèdent des semences ailées, dispersées par le vent et donc bien adaptées à la colonisation des éboulis. Les chênes rouvre et pubescent, accompagnés parfois de chêne pédonculé, peuvent encore jouer un rôle important. Mais les vraies chênaies se limitent dans le Chablais valaisan à quelques petites surfaces et lisières sur les pentes les plus ensoleillées. Elles ne méritent pas une présentation séparée, vu qu’elles ressemblent beaucoup, sur le plan de la flore, aux chênaies à campanule déjà décrites et aux forêts à tilleul.

La clématite et le lierre grimpent volontiers dans les couronnes des arbres tandis que le tamier orne les branches basses de grandes feuilles en cœur et de belles baies écarlates à maturité. Parmi les buissons, le cornouiller mâle est sans doute le plus typique. Les forêts à tilleul présentent une particularité remarquable : elles renferment plusieurs plantes qui restent vertes toute l’année, grâce à la douceur relative du climat hivernal. En plus du lierre, citons le laurier des bois et le rare fragon. Cet arbrisseau étrange, d’origine méditerranéenne, se caractérise par un feuillage piquant et par des baies rouges, de la grosseur d’une griotte, apparaissant sur les pieds femelles à même les feuilles ; en réalité, il s’agit de tiges élargies et aplaties, les vraies feuilles étant minuscules et caduques. Le fragon occupe une dizaine de stations résiduelles dans le Chablais vaudois. Du côté valaisan, la seule population importante se trouve au pied des falaises de la Porte du Sex; quelques pieds isolés ont été signalés jusqu’à la hauteur de Fully.

Dans le sous-bois des forêts à tilleul, vous découvrirez sans peine la campanule fausse raiponce, aux côtés de la mercuriale, de la campanule gantelée et de la mélitte à feuilles de mélisse. Les souches et les blocs couverts de mousses accueillent la réglisse des bois et de nombreuses autres fougères. Peut-être trouverez-vous, avec un peu de chance, la violette admirable, le grémil bleu-pourpre ou quelques raretés liées à la douceur du climat, en particulier le cyclamen d’Europe et la fougère à dents sétacées, connue dans les bois de Saint-Gingolph.

Atmosphère chaude et humide, végétation luxuriante riche en lianes et fougères, diversité des arbres et autres plantes, présence d’espèces à feuilles persistantes : tous ces caractères vus laisseront peut-être quelques impressions de forêt tropicale.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

Article connexe


Outils personnels