Tétras-lyre

De Wikivalais

Les vergers d’arbres fruitiers à hautes tiges sur prairie permanente accueillaient des spécialistes prestigieux, absents des bocages : le pie-grièche à sa tête rousse et la chouette chevêche. Quand la chouette chevêche hantait encore la plaine , ses pouou pouou pouou pouou mélancoliques ou ses gviou gviou vespéraux passaient pour un présage mortel auprès de nos aïeux. Certes, avec sa tête aplatie et ses yeux cerclés d’or, ce petit gnome curieux, agité de mouvements saccadés pour mieux ajuster sa vision, devait surprendre l’observateur. Mais cette douce complainte ne résonne plus en Valais : cette chouette qui ne peut survivre en montagne en raison de l’enneigement hivernal, ne trouve désormais plus de biotopes propices en plaine. Si ces oiseaux annonçaient une mort, c’était bien la leur! Ma dernière chevêche valaisanne, je l’ai vue en 1980 sous la forme d’un humerus – un os de l’aile – dans un nid d’autours du coteau de Vex !

Son cousin le lagopède, souvent appelé perdrix des neiges, vit exclusivement au-dessus des forêts. Il sort normalement trois fois par jour de son igloo et consacre trois à six heures quotidiennes à son alimentation ; il passe pourtant inaperçu en raison de son plumage blanc. Des jumelles permettent de lire sa présence grâce aux cicatrices des igloos désertés dans les faces neigeuses et aux traces entremêlées qui conduisent aux crêtes ventées. Le lagopède se nourrit exclusivement au sol et recherche, comme le chamois et le lièvre variable, les crêtes qui lui offrent toujours quelque espace dégagé par le vent. A moins qu’il ne dorme près d’une arête, cette habitude lui impose des déplacements pouvant atteindre 400 à 700 m entre son abri et son réfectoire.

Taillé pour les grands froids, il commence à haleter dès que la température atteint + 16° C, aussi préfère-t-il les faces nord. Il recherche des altitudes différentes selon les saisons : chassés des hauteurs par les premières neiges d’automne, les mâles s’approprient un territoire de 30 à 40 ha qu’ils défendront durant l’hiver par une brève strophe matinale lancée au sortir de l’igloo. Plus tard dans la saison, quand la neige recule, les appels se font plus insistants et sont accompagnés de vols spectaculaires. Ce signal pousse les femelles à quitter les compagnies hivernales pour visiter les territoires et former des couples. A la fin mai, le repos nocturne qui durait quatorze heures en janvier, s’étire à peine de 21 h à 4 h, et la matinée entière est consacrée aux activités nuptiales.

Sur chaque kilomètre carré, on compte 3 à 4 mâles territoriaux dont certains demeurent célibataires par manque de femelles. Ces individus dominés, rejetés hors de bons biotopes, disparaissent assez tôt dans la saison.

Les chanceux talonnent leur femelle dans tous ses déplacements et, du haut d’un bloc rocheux, surveillent le territoire. Cette fidélité s’estompe dès l’éclosion des œufs. Tandis que les femelles se consacrent à l’élevage des poussins, les mâles dès la fin juin suivent le retrait de la neige et la croissance des jeunes pousses riches en protéines. Les familles monteront dans le courant de l’été s’associer aux grandes bandes automnales qui séjournent à des altitudes inexploitables au printemps parce qu la neige les recouvre encore.

Le tétras-lyre vit à la lisière supérieure des forêts, hors du domaine de la gélinotte et du grand coq. Si d’aventure un hiver rude pousse le lagopède à descendre, le petit coq pourra manger sur un arbre, tandis que son «concurrent» restera auprès du sol. Voilà qui illustre bien le principe du partage des ressources par le choix de l’habitat.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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