Situation dans l'épaisseur de la croûte terrestre

De Wikivalais.

A plusieurs reprises, il a été dit que la partie visible des Alpes ne représentait qu'un petit tiers de la croûte terrestre. Les études géophysiques seules permettent de se faire une idée de ce qui se passe dans les deux autres tiers et même au-dessous. Dans ce cas, la géophysique, c'est principalement l'étude des tremblements de terre, qui permet de connaître les variations des vitesses de propagation des ondes sismiques. Discipline de spécialistes, la séismologie nous apprend qu'une surface limite deux masses rocheuses caractérisées par des vitesses très différentes: elle sépare la croûte terrestre superficielle (vitesse moyenne de 6 km/sec) de la partie externe du manteau terrestre (vitesses un peu supérieures à 8 km/sec).

Cette limite est connue sous le nom de celui qui l'a découverte: le savant yougoslave Mohorovicic (simplifié en Moho). Nous avons déjà vu, dans l'introduction, que cette discontinuité de Moho se situe sous les continents, à une profondeur de 33 km. Mais, sous les reliefs montagneux, elle s'enfonce, comme s'enfonce un bateau sur le pont duquel on a posé une charge. Au fur et à mesure que l'érosion décape ses sommets, la chaîne se soulève, tout comme sort de l'eau le bateau qu'on décharge. C'est sans doute là l'origine du soulèvement dont on vient de parler: quand le "bateau" alpin sera complètement déchargé, sa quille (le Moho) sera à 33 km de profondeur. Une autre cause participe au soulèvement actuel: le serrage que subit encore la chaîne. Il se traduit brutalement par les tremblements de terre fréquents en Valais (Viège 1855, Sierre 1946). Un certain danger plane sur notre région : le Valais occupe la partie la plus menacée de Suisse.

Et sous la discontinuité de Moho, que trouverait-on? Personne, naturellement, n'a jamais été y voir et on en est réduit aux hypothèses, toujours appuyées sur des données géophysiques. On pense que la matière est encore solide jusque vers 100 km de profondeur où elle commence à devenir plastique à cause de l'augmentation des températures. Sa composition, inconnue avec certitude, doit être celle des roches ultrabasiques. On a de bonnes raisons pour penser que les grandes masses de serpentinite, telles celles de la région de Zermatt, sont des fragments de ce manteau terrestre, incorporés à la croûte continentale lors des plissements. Si vous avez un fourneau en pierre ollaire (dont la matière provient de serpentinites) considérez-le avec émotion et respect: il vous vient probablement de très grandes profondeurs!

Bibliograhie

  • Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994

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