Situation délicate du patois

De Wikivalais

Le patois n’a pas toujours eu des jours heureux. Il a passé par des moments très difficiles, notamment au XIXe siècle.

Nous pouvons lire un exemple dans l’art. 8 du règlement des Ecoles de Monthey en 1824 : « Les régents interdirent à leurs écoliers et s’interdirent absolument à eux-mêmes l’usage du patois dans les heures d’école et, en général, dans tous les cours de l’enseignement. Les médias montent de véritables campagnes de presse contre la pratique dialectale à la fin du XIXe siècle ; le patois évoque un monde rural qu’il convient mieux de quitter pour gagner la modernité dont le français est le symbole par excellence ».

Plus tard, à la fin du XIXe siècle, la terrible et triste guerre acharnée contre le patois devient totale [1]. Quelques citations illustrent cette funeste démarche : « Un fait indéniable, c’est que la multiplicité des langues est l’une des plus grandes entraves à la culture de l’intelligence, au progrès des sciences... Il est du devoir de quiconque veut l’avancement intellectuel de notre jeunesse, de se liguer contre le patois…. Tout maître, dès le début de sa carrière, doit lui déclarer une guerre acharnée… Il faut combattre cette lèpre de l’instruction… Extirpons ce parasite… Harcelons sans cesse, ne lui laissons ni trêve, ni repos, etc., ». Bref, un horrible climat de délation avec des punitions à la clef pour les inconditionnels du patois, tant à l’école qu’en récréation (amendes, port d’une grosse médaille de fer comme pour les pestiférés !)[2]

Il est cependant intéressant de constater que cent ans plus tard le patois est toujours vivant. En effet, d'après les résultats du recensement de la population en 1990, le district d'Hérens comptait 2'336 locuteurs patoisants, c'est-à-dire la plus forte proportion de dialectophones, soit 27,4 % des habitants. Ensuite, le district de Conthey comptait 1'605 locuteurs patoisants, soit 9,3 %, puis le district d'Entremont 662, soit 6,6 %. Enfin 2'047 patoisants vivaient dans quelques localités des districts de Sierre, de Sion et de Martigny. Dans le Bas-Valais, la vitalité du patois est plus faible. [3]

Dix ans plus tard, lors du recensement effectué en l'an 2000, 6'202 personnes en Valais ont indiqué le patois comme l'une de leurs langues parlées. Parmi les 5'484 personnes qui ont déclaré l'utiliser dans le ménage, 839 le parlent aussi au travail. De plus, 718 personnes affirment parler le patois dans le contexte du travail sans l'employer dans le ménage. Au total, le district d'Hérens comptait 1'319 locuteurs patoisants, ce qui représente 14,6 % de la population. Ensuite le district de Conthey 1'137, soit 5,6 % puis le district d'Entremont 395 locuteurs, soit 3,2 %.

Actuellement, Évolène est la seule commune en Suisse romande où la transmission du patois s'effectue de manière ininterrompue, certes sans que le patois ne s'y perpétue de manière uniforme dans toute la population évolénarde. En tout cas, au début de ce XXIe siècle, des enfants apprennent encore le patois comme langue maternelle et le patois est langue parlée par 48,5 % de la population résidante.


Sources

  1. L’Ecole valaisanne de juin 1894
  2. Alain Dubois, La conservation et la valorisation de la mémoire des patois dans le Valais romand – Vallesia, tome LXI, Sion 2006
  3. Office fédéral de la statistique (1997) Recensement fédéral de la population 1990. Le paysage linguistique de la Suisse, 211



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