Seconde moitié du XXe : Une histoire nouvelle du Valais

De Wikivalais
Mobilisation de 1940 et révolution de 1843, 1947

L’amélioration des conditions de vie en Valais, qui se manifeste d’abord lentement, puis, dès 1946, de plus en plus nettement, a pour l’une de ses conséquences un développement des études. L’histoire en tire profit. Quelques spécialistes se mettent à la recherche, de manière scientifique, des traces, écrites ou non, du passé valaisan, traces déjà connues mais mieux assurées ou nouvellement mises au jour. Beaucoup d’étudiants consacrent à l’histoire quelques mois ou quelques années de fin d’études universitaires, avant de faire carrière. Cela provoque une augmentation de plus en plus forte du nombre, mais aussi de la qualité des recherches et des publications historiques.

Les fonds publics et privés, déposés aux Archives d’Etat du Valais depuis le début du XXe siècle, forment une masse importante. Attentif à les mettre en œuvre, André Donnet (1913-1989), directeur des services d’archives dès 1941, sollicite le concours de nombreux spécialistes pour les périodes les plus diverses, mais particulièrement pour 1790-1850. On a ainsi une histoire politique de 1798 à 1815 (André Donnet, Michel Salamin (1929-1993), Pierre Devanthey, Emile Biollay); une traduction par Grégoire Ghika de l’Histoire politique du Valais, 1815-1844 d’Andreas Seiler (†1939) et plusieurs biographies de personnages influents de l’époque. Un dictionnaire des Autorités valaisannes 1848-1977/79 de Jean-Marc Biner complète l’effort des chercheurs, pendant les décennies 1950 à 1970, pour identifier précisément tous les acteurs de la vie politique valaisanne.

Des contributions décisives à la préhistoire du Valais sont le fruit des travaux du professeur Marc-Rodolphe Sauter (1914-1983): Préhistoire du Valais, 1950, 1955 et 1960, fouilles à Collombey-Muraz, Saint-Léonard, Rarogne, etc.; ce chercheur a donné un nouvel élan aux campagnes de fouilles de nombreux sites valaisans. Quant aux travaux de Louis Blondel (1885-1967) en archéologie médiévale (Saint-Maurice, Sion et la plupart des châteaux valaisans), ils ont été, eux aussi, les précurseurs de nombreuses fouilles et restaurations de monuments. Enfin, les recherches patientes de Hans Anton von Roten (1907-1993) sur l’histoire des familles et des autorités (les grands châtelains de Sierre aux XIVe et XVe siècles, la commune réformée de Loèche, le Chapitre de Sion au Moyen Age, les grands baillis du Valais, les familles In Albon, Schiner, Supersaxo, Weiss) ont servi de modèles à beaucoup de biographes. Les résultats de ces recherches, ne pouvant tous paraître dans les Annales valaisannes et les Blätter aus der Walliser Geschichte sont notamment accueillis, dès 1946, dans Vallesia, la revue des services culturels de l’Etat et, dès 1990, dans les Cahiers de Vallesia - Beihefte zu Vallesia, ainsi que, de 1962 à 1985, dans la collection Bibliotheca Vallesiana. Aujourd’hui, le Groupe valaisan des sciences humaines publie ses propres travaux et des éditeurs universitaires assurent une partie des publications sur l’histoire valaisanne (Cahiers lausannois d’histoire médiévale).

Treize étoiles

Des questions valaisannes sont de plus en plus souvent abordées par les spécialistes en archéologie préhistorique et médiévale, en histoire du droit et des institutions, en histoire économique ou encore des industries et des techniques, en histoire de l’art, en héraldique, en ethnographie, en linguistique, pour ne citer que les domaines les plus importants. De belles éditions de textes sont mises à la disposition des chercheurs. Des monographies locales, mieux documentées, plus attentives aussi aux nouveaux courants de l’histoire, sont offertes au public (Vernamiège, Törbel, Bruson, Conthey, Randa, Grimentz, Ausserberg, Salins, Simplon, Savièse, Sion, Vercorin, etc.). Dans ce fourmillement de travaux, des orientations de recherche nouvelles apparaissent. Catherine Santschi revoit les principales sources de l’historiographie valaisanne. En préhistoire, le professeur Alain Gallay et ses équipes développent des modèles du peuplement de la vallée du Rhône qui permettent de comprendre l’organisation territoriale, mais aussi culturelle des différentes populations des époques préhistoriques. Des projets immobiliers et autoroutiers ont imposé des fouilles d’urgence, dont certaines sont encore en cours sous la responsabilité de Philippe Curdy. François Wiblé, en développant les recherches à Martigny, illustre les caractéristiques de la présence romaine en Valais. Pour le haut Moyen Age, les travaux de François-Olivier Dubuis et Antoine Lugon revoient sérieusement la question de l’implantation, sinon du christianisme, du moins des paroisses et de leurs sanctuaires. Pour le Moyen Age finissant, Pierre Dubuis utilise avec sagacité tant les riches archives administratives de la Savoie que les importantes collections d’actes des notaires sédunois; il ouvre ainsi des perspectives très neuves sur la vie des collectivités et des gens qui les composent. Le Moyen Age apparaît désormais comme un monde qui connaît de profondes mutations socio-économiques. Enfin, des chercheurs formés par le professeur Roland Ruffieux, réunis dans le Groupe valaisan de sciences humaines animé par Gérald Arlettaz et Jean-Henry Papilloud, présentent une «nouvelle» histoire dans des ouvrages thématiques sur d’importantes questions politiques, sociales et démographiques qui se posent aux XIXe et XXe siècles. Le Haut-Valais met en œuvre les archives Stockalper, à Brigue, par le Forschungsinstitut zur Geschichte des Alpenraums, sous la direction de Gabriel Imboden, tandis que le Bas-Valais développe diverses études, généalogiques et démographiques notamment, dans le Centre régional d’études des populations alpines, à Sembrancher. Sans doute, tout n’est pas fait, des pans d’histoire sociale, religieuse, économique et culturelle sont encore insuffisamment explorés.

Tant d’histoires fractionnées et diverses demandent à être évaluées et fixées dans un plan général; elles appellent des travaux de synthèse qui les organisent. Déjà, le Haut-Valais germanophone, par la plume d’Arthur Fibicher, dispose d’une histoire du Valais, à la fois manuel scolaire et ouvrage d’information. Le Bas-Valais francophone s’y essaie dans l’Histoire du Valais, en 4 volumes publiée en 2001 par la Société d’histoire du Valais romand.

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002


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