Saules, peupliers, aulnes, etc.
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Forêt de saules
Reprenons le même schéma quelques années plus tard. Les buissons dominent, parmi eux le tamaris d'Allemagne à fleurs rose pâle et l'argousier dont les pieds femelles se couvrent de baies oranges fort appréciées des oiseaux en hiver. Craignant l'ombre et la concurrence, ces espèces reculent bientôt devant les saules buissonnants qui connaissent un développement fulgurant dès que leurs racines atteignent la nappe phréatique, à 1-3 m de profondeur. Le saule pourpre et le saule drapé forment ainsi des massifs très fournis culminant à 4-6 m de hauteur. Les arbres, discrètement présents dans la mêlée jusque là, vont bientôt émerger et prendre la relève. De la végétation en voie de disparition. Ainsi, les fourrés de saules constituent un stade de transition, caractéristique de zones perturbées cinq à quinze ans auparavant, par des causes naturelles ou non. Ce type de végétation s'observe encore assez souvent.
Forêt de peupliers
Au bout d'une trentaine d'années, une véritable forêt remplace généralement les buissons. Sa vitesse de croissance dépend beaucoup de la qualité du sol: dans les meilleures conditions – sol fin et humidité à faible profondeur – les arbres peuvent gagner 1 m de hauteur par an! L'essence dominante de Martigny à Brigue est le peuplier noir, non pas celui des plantations bien alignées, mais l'espèce sauvage que l'on reconnaît à son port irrégulier… et à l'absence de gui! Ces forêts naturelles de peupliers traduisent sans conteste une influence méridionale: pour retrouver pareilles formations, il faut quitter la Suisse et gagner les bords du Rhône ou de la Durance dans le Midi de la France.
Le peuplier noir supporte un assèchement temporaire du sol. C'est pourquoi il s'implante volontiers sur les terrains à nappe phréatique fluctuante, sur les graviers secs ou sur le faîte des digues. Ses racines très développées peuvent aller cherche l'eau jusqu'à 3-4 m de profondeur. Le peuplier noir s'entoure d'autres feuillus qui apprécient l'humidité souterraine: saule blanc, aulne blanchâtre, peuplier blanc, frêne, cerisier sauvage, bois puant. Le sous-bois se peuple de buissons nouveaux tels le cornouiller sanguin, le chèvrefeuille des haies ou le noisetier. A l'âge de 60 ans, cette forêt majestueuse et luxuriante peut atteindre une trentaine de mètres de hauteur. Par ses caractéristiques, elles rappelle la forêt tropicale: forte humidité ambiante, croissance rapide des arbres, abondance d'oiseaux, nuées de moustiques en été, enchevêtrement de lianes (trois espèces: clématite, douce-amère et houblon). Avec le temps, les arbres les plus âgés finissent par tomber et font place à d'autres. En fait, on connaît mal l'évolution à long terme de ces peuplements, car dans les conditions naturelles et jusqu'au siècle dernier, il s'est toujours trouvé des crues dévastatrices pour les ramener au stade de végétation pionnière à brève échéance. Ils présentent une grande valeur esthétique et biologique. Malheureusement, il en reste à peine quelques dizaines d'hectares entre Finges, Pouta-Fontana et les rares lambeaux forestiers disséminés dans la plaine.
Forêts d'aulnes
En dehors des digues, à droite, se trouve un espace d'alluvions fines, des limons où les eaux de ruissellement aussi bien que la nappe phréatique maintiennent une humidité permanente et une fertilité élevée. Dans ces conditions, l'aulne blanchâtre se sent à l'aise et se développe en une seule vague, formant des massifs très homogènes et très réguliers. Il suffit d'une vingtaine d'années pour que ces peuplements de troncs gris atteignent leur hauteur définitive de 15 m environ. L'aulne vieillit vite, mais se régénère facilement en produisant plusieurs tiges sur la même souche. Avec le temps, le sous-bois s'enrichit d'arbustes comme la viorne obier ou le sureau noir. Les aulnaies présentent de nombreux traits communs avec les forêts de peupliers: croissance rapide, ambiance tropicale, grande richesse biologique, mais structure plus simple et sensibilité supérieure aux modifications de l'environnement. En effet, pourvu de racines nombreuses mais courtes, l'aulne supporte mal les assèchements et détériorations de qualité de l'eau. Voilà sans doute l'une des causes de la rareté des aulnaies résiduelles en plaine.
Sous une forme un peu différente, les aulnaies se rencontrent aussi à l'étage montagnard et même au subalpin, où elles représentent le seul type de forêt riveraine possible. Le Rhône de la haute vallée de Conches et la Borgne d'Evolène en offrent encore de beaux exemples. Le sous-bois s'enrichit de plantes d'altitude et le saule faux daphné se mêle volontiers aux aulnes blanchâtres. Il ne faut pas confondre ces formations avec les brousses d'aulnes verts typiques des couloirs d'avalanches.
Sur terrain tourbeux, l'aulne est remplacé par le bouleau blanc, l'un des seuls arbres capables de coloniser des sols aussi pauvres et acides. Les rares forêts de bouleaux en plaine trahissent à coup sûr la présence de tourbe. C'est le cas par exemple aux Rigoles de Vionnaz et au pied du coteau, entre Martigny et Vernayaz.
Pinèdes de plaine
Le pin sylvestre se cantonne en plaine aux sols caillouteux et secs, à nappe phréatique inexistante ou profonde. Les dernières pinèdes de plaine se rencontrent ainsi sur les matériaux d'éboulement qui constituent les collines de Finges et plus généralement sur les cônes de déjection formés par les affluents du Rhône. C'est le cas du Bois-Noir, du Bois de Vétroz et du Bois de la Borgne.
Particularités du Bas-Valais
En aval de Saint-Maurice, on retrouve les conditions qui prévalent le long des grandes rivières du Plateau suisse: la plaine est nettement plus humide qu'en Valais central, non seulement à cause du climat mais aussi en raison de la nature des sols. En effet, le Rhône coule lentement et ne dépose guère que des alluvions fines. Les sols qui en dérivent retiennent donc mieux l'eau de pluie que les graviers. La végétation alluviale présente des différences importantes par rapport au Valais central: les espèces pionnières de terrain sec font quasiment défaut: les fourrés de saules et d'argousiers ont pratiquement disparu; les aulnaies s'enrichissent de saules blancs; le frêne remplace le peuplier noir et s'accompagne de quelques érables sycomores, chênes pédonculés ou tilleuls de belle venue. Ces frênaies sont des forêts de rapport qui couvrent de surfaces assez étendues en plaine. Malheureusement, beaucoup d'entre elles sont transformées ou remplacées par des plantations de résineux ou de peupliers sélectionnés.
Bibliographie
- Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988
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