Retour des conservateurs

De Wikivalais.

La reconquête du pouvoir par les catholiques-conservateurs ne signifie pas un retour au régime théocratique de 1844, comme le dénonce la propagande radicale et comme l’espèrent les cléricaux. La nouvelle génération conservatrice n’est pas celle du Sonderbund ; elle admet l’héritage radical, y voyant un instrument de gouvernement adapté à ses objectifs.

Sommaire

Alexis Allet

L’homme fort du nouveau régime, défend fermement la primauté de l’Etat face à l’Eglise, même s’il veut bien admettre quelques compensations aux « brutalités » radicales. Les négociations seront pourtant longues et difficiles. Le gouvernement refuse d’inquiéter les acquéreurs des biens sécularisés, mais se montre disposé à rendre à l’Eglise une part des immeubles saisis non encore aliénés par l’Etat. Il refuse les revendications politiques présentées par Mgr de Preux qui voudrait revenir à une législation d’avant 1848, mais lui accordera un droit de surveillance des écoles.

Rétablir la situation financière du canton

Le souci principal d’Allet et de ses amis est de rétablir la situation financière du canton. Le problème est d’augmenter les ressources publiques sans toucher à l’impôt direct qui frappe les protégés du régime. Dans un premier temps, le gouvernement conservateur tente une politique d’austérité et d’économie. Mais les dépenses augmentent, dues notamment aux grands travaux d’infrastructure entrepris, mais aussi aux frais administratifs. En 1862, brandissant la menace d’une démission, Allet impose une loi des finances qui taxe surtout l’industrie et le commerce. Les radicaux s’insurgent, mais en vain. Grâce à la nouvelle loi, les recettes de l’impôt doublent presque, mais cela ne suffit pas. A partir de 1865, le gouvernement vit des créances de la Banque cantonale du Valais (BCV).

La Banque Cantonale du Valais

Caricature du Grand Conseil

Créée en 1856, la BCV est la grande affaire du régime conservateur. Elle est dirigée par un Conseil d’administration présidé par le chef du Département des finances, Alexis Allet, qui réunit les plus gros actionnaires, avocats et députés. La Banque cantonale doit permettre la prospérité future de la patrie ; en théorie, son rôle hypothécaire est primordial et devrait aider les paysans et les communes à se moderniser. En fait, la BCV est gérée comme une « caisse noire » de parti. Elle sert d’instrument politique pour caser des amis, spéculer, aider aux campagnes électorales… A ces pratiques s’ajoutent les prêts concédés à l’Etat. Le gouvernement conservateur n’a pas le moyens de mener sa grande politique d’infrastructures : endiguement du Rhône, construction du chemin de fer, amélioration des grandes liaisons routières et construction des routes alpestres. Les capacités de la BCV ne lui permettant pas d’assumer les considérables emprunts gouvernementaux, Allet les couvre par des créances d’Etat. Ce fragile montage ne pouvait pas durer bien longtemps. En 1870, avec la crise européenne liée à la guerre franco-allemande, les demandes de remboursement affluent. Le 12 janvier 1871, la BCV se déclare en faillite.

L'effondrement du régime et l'arrivée d'une nouvelle génération conservatrice

Avec la faillite de la BCV, c’est le régime qui s’effondre. En décembre 1870, devant un Grand Conseil à majorité largement conservatrice, Alexis Allet est contraint de démissionner. Poussé par l’opinion publique, le Grand Conseil a recouru contre l’ancien Conseil d’Etat, mais tout le monde est blanchi. Le scandale de la Banque cantonale ébranle le parti conservateur, mais pas au point de lui faire abandonner une parcelle de son pouvoir. Tout au plus favorise-t-il l’arrivée d’une nouvelle génération conservatrice moins compromise. L’aristocrate sédunois, Henri de Torrenté – conseiller d’Etat de 1876 à 1905 – en sera le symbole, chef incontesté d’une fraction où se côtoient Joseph Kuntschen, Charles de Rivaz, Louis de Kalbermatten ou encore Antoine de Riedmatten… Dans ses options politiques comme dans ses pratiques, cette nouvelle équipe diffère peu de l’ancienne. Opposés à l’industrialisation, de Torrenté et ses amis désirent, au fond, que rien ne change, que le pays demeure essentiellement agricole, et les Valaisans catholiques et analphabètes. De leur point de vue, les hommes au pouvoir ont raison, puisque seul le statu quo aurait pu préserver leur hégémonie : avec l’ouverture forcée du Valais, le développement du tourisme et la première industrialisation, ne devront-ils pas, dès le tournant du siècle, partager le gâteau et ouvrir la direction du clan conservateur à des factions non aristocrates ?

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002

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