Rampe sud du Lötschberg : prairies et pâturages

De Wikivalais.

A part les gazons des steppes extrêmement secs, non irrigués et non cultivés, on trouve sur la Rampe sud des prés et des pâturages liés à l’élevage du bétail, renommés par leur composition floristique et faunistique exceptionnelle. Depuis longtemps, après avoir prodigué des soins attentifs, l’homme les met lui-même aujourd’hui en danger par leur exploitation intensive ou par leur abandon!

Ces prés et ces pâturages s’étendent le plus souvent dans les environs immédiats des villages, généralement sur des dépôts morainiques qui ont donné des sols fertiles et sur des surfaces moins inclinées que les steppes. Seule une irrigation régulière leur permet de résister au soleil brûlant du Valais; partout un bisse amène de l’eau. Beaucoup de ces prés et pâturages sont une vraie merveille de coloris et d’animation, et cela particulièrement dans la région de Ausserberg.

Alors que les steppes sont trahies de loin par la Stipa pennée, c’est avant tout le chant des Grillons qui signale au promeneur attentif la présence des prairies sèches. Au premier printemps déjà, ces pâturages d’un vert soutenu se différencient fortement des environs encore bruns. Bientôt, au début de l’été, une quantité de plantes multicolores commencent à fleurir. L’eau des glaciers amenée par les bisses apporte également sur les prairies et les pâturages une riche matière minérale qui favorise la croissance des plantes. Dans ce tapis richement coloré, l’herbe qui prédomine est le Brome dressé qu’on reconnaît de loin à sa grande taille et à sa couleur jaune. La Sauge des prés, la Marguerite des prés, le Rhinanthe velu et la Renoncule bulbeuse l’accompagnent. L’Achillée millefeuille est avant tout représentée dans cette région par une plantes de la famille de Pois se font aussi remarquer: l’Anthyllis vulnéraire, le Trèfle des prés, le Lotier corniculé, l’Hippocrépide et le Sainfoin auxquels s’ajoute l’Orchis brûlé. Il n’est pas rare de recenser plus de 50 espèces différentes sur un espace très restreint.

Cette diversité florale est due à un facteur essentiel: l’irrigation par le sol, qui permet une exploitation relativement extensive sans épandage d’engrais, caractérisée par une à deux coupes annuelles seulement. Cet enrichissement du sol par les alluvions apportées par les bisses permet la juxtaposition de plantes adaptées à la sécheresse et d’autres préférant les sols plus humides, au moins temporairement.

La première coupe a lieu la plupart du temps en juin. Puis les prés jaunissent avant de retrouver à l’arrière automne une seconde parure colorée. Ce sont les mêmes espèces qui refleurissent, de manière moins luxuriante toutefois. On ne connaît pratiquement pas de prairies grasses proprement dites sur la Rampe sud comme il en existe beaucoup sur le Plateau. Il y a bien quelques terres engraissées qui ne possèdent pas les caractéristiques d’une prairie sèche, mais ce sont des exceptions. Il faut souhaiter qu’il en soit ainsi encore à l’avenir!

Mais cela n’est pas évident. On sait depuis longtemps que la population de montagne a beaucoup de peine à subvenir à ses besoins au moyen de l’agriculture. Etant donné les conditions climatiques extrêmes, il faut arroser, artificiellement et de manière suffisante les prairies et les pâturages pendant la saison chaude et sèche. Cela signifie un surcroît de travail qu’on ne connaît pas ailleurs. L’entretien annuel des bisses, le travail d’irrigation astreignant et la pénible rentrée du foin ne sont plus compatibles avec les exigences de la vie actuelle. De plus en plus de paysans cherchent un emploi régulier et mieux rétribué en plaine, l’agriculture devenant une occupation accessoire. On se contente ainsi souvent de l’élevage des moutons; les troupeaux sont livrés à eux-mêmes pendant de longues périodes. La superficie des prairies a constamment diminué ces derniers temps et menace de se réduire encore. Les prairies de fauche, autrefois si répandues, où l’on mettait le bétail pâturer à l’entre-saison, se font de plus en plus rares.

Cela aura tôt ou tard des influences négatives sur la flore et la faune! Alors qu’une pâture momentanée et irrégulière par les moutons ne provoque pas de grand changements de la végétation, la pâture continue cause d’importants dommages. Plusieurs fois , la végétation est coupées et les plantes n’ont plus la possibilité de se régénérer. De nombreuses fleurs et herbes ne peuvent plus parvenir à maturité, elles sont remplacées par d’autres plantes qui supportent bien d’être broutées. La concurrence entre de nombreuse plantes est affaiblie par le fumier laissé par le bétail. L’herbe est piétinée par les animaux. Ainsi seul un petit nombre de plantes résiste à ce traitement et c’en est fini de la diversité biologique d’autrefois!

C’est une perte qu’il faudrait parvenir à enrayer. Renoncer complètement à l’exploitation ne serait pas une bonne solution non plus car les friches sont source de bien d’autres problèmes. Où l’entretien et l’exploitation s’avèrent trop coûteux, on n’irrigue pas et on ne fauche plus. Les herbes restent ainsi couchées et s’accumulent, étouffant les espèces de lumière au début de leur croissance. Bientôt, seules quelques plantes robustes constituent une végétation monotone et terne. Les buissons et les bosquet s’installent petit à petit et étouffent les prairies originelles.

Les papillons sont les représentants les plus visibles d’une forme très riche elle aussi. Le long de la Rampe sud, le vol du Flambé est le symbole de cette richesse extraordinaire. Sa chenille s’accroche aux rameaux tordus de l’Epine noire et du Cerisier Sainte-Lucie. Les chenilles de nombreuses espèces de papillons ne consomment que les plantes de l’une ou l’autre espèces qui ne poussent pas forcément à côté des premières. L’ensemble de cette diversité biologique se construit sur la somme des petits biotopes constituées par cette mosaïque. Ainsi la lisière des près et des pâturages est aussi le refuge du Lézard vert, du Lézard des murailles et de la Coronelle lisse.

Les steppes, les prairies et les pâturages égaient toute la promenade. Leur valeur biologique justifie la recherche d’une solution propre à les conserver. Ces milieux ont une grande importance, non seulement locale mais aussi au niveau national, car ces communautés biologiques ne se rencontrent pratiquement plus ailleurs.

Bibliographie

  • Daniel Maselli, Rampe sud du Lötschberg, Martigny, 1990

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