Rampe sud du Lötschberg : pinèdes
De Wikivalais.
Il ne reste que peu de chose, sur le versant exposé au sud de la rive droite de la vallée du Rhône, du grand ensemble forestier d’autrefois, entre autres de sa chênaie pubescente. En de nombreux endroits, l’étendue de la forêt a diminué de façon significative en raison de l’intervention de l’homme visant notamment à gagner des terrains de prairies, de pâturages et plus récemment de vignes. Compte tenu des conditions climatiques et pédologiques, la surface occupée par la pinède le long du chemin pédestre est particulièrement grande. L’étage montagnard de cette vallée interne à climat sec se différencie clairement de celui des versants nord et sud des Alpes où, à même altitude, se développent des Chênes, des Hêtres et des Sapins blancs. Notons que l’absence quasi totale du Hêtre en Valais est due en bonne partie aux faibles précipitations!
Tout au long du chemin, on rencontre des forêts plus ou moins grandes où domine le Pin sylvestre, en particulier dans les larges vallées latérales, comme dans la région du Bietschtal. En terrain pentu, assez sec, ces conifères disparaissent peu à peu pour faire place à des steppes boisées. Le même phénomène, aboutissant à cette végétation, s’observe aussi dans les forêts de conifères en Europe de l’Est
Les arbres isolés sont étrangement couchés par le vent soufflant dans la vallée et n’atteignent pas une grande taille. Les espaces dépourvus de couvert forestier sont envahis par le Genévrier sabine; les Pins sont souvent porteurs de Gui dont les fruits blancs et collants sont consommés par les oiseaux, principalement par la Grive draine. Les graines germent dans les déjections des oiseaux; voilà un moyen original de se propager. Les racines de la plantule pénètrent dans le conifère puis soutirent de l’eau et des sels nutritifs à la plante hôte. Des études récentes donnent à penser que le Gui s’installerait sur des arbres déjà un peu affaiblis et qu’il profiterait surtout de la lumière dans les couronnes dégarnies.
Dans les pinèdes très denses, peu de lumière atteint le sol et par conséquent la végétation herbacée est presque inexistante. Une des plantes les plus fréquentes dans les sous-bois est la Laiche humble dont les feuilles plus âgées recourbées vers le sol sont caractéristiques. Elle pousse aussi sur les sols les plus secs et même dans les steppes. Le sous-bois est aussi le lieu de prédilection d’autres plantes: la Campanule à feuilles rondes, bleue, l’Euphorbe petit-cyprès, diverses Epervières, jaunes, et la Laitue vivace, apparentée à la Laitue comestible.
Au milieu des Pins sylvestres, nous rencontrons souvent des Bouleaux et des Sorbiers alisiers. Les Genévriers communs et les Epines-vinettes sont des buissons répandus qui poussent aussi bien à l’intérieur de la pinède qu’en lisière et dans la steppe.
Un grand nombre d’espèces magnifiques enrichit la pinède surtout au début de l’été lorsque la lumière y pénètre davantage. Nous trouvons de nombreuses orchidées telles que l’Epipactis pourpre noirâtre et l’Epipactis à feuilles larges, ou la Céphalanthère à feuilles longues et la Céphalanthère rouge. La Néottie nid d’oiseau entièrement brune vit en parasite sur du bois pourrissant. Elle est totalement dépourvue de chlorophylle nécessaire à la photosynthèse, ce qui veut dire qu’elle profite de la nourriture puisée dans la matière organique en décomposition. Sans cela elle ne peut pas vivre. On la trouve avant tout au fond du Bietschtal où pousse aussi une autre particularité botanique: le Limodore à feuilles avortées, à la coloration violette.
A côté de ces orchidées remarquables, l’observateur attentif découvre beaucoup d’autres plantes herbacées et parmi elles deux espèces discrètes: la Pyrole unilatérale et la Pyrole verdâtre. Il existe aussi ça et là des Bugranes à feuilles rondes de la famille des pois dont les fleurs roses son fort décoratives. Quelques raretés comme la Campanule de Bologne, bleu ciel, et l’onosma des sable, jaune, ne poussent qu’en très peu d’endroits et méritent une protection absolue.
Considérée dans son ensemble, la pinède renferme une végétation très abondante et variée; de plus, elle remplit une fonction protectrice importante le long du chemin et surtout le long de la ligne de chemin de fer: la forêt protège des avalanches, des glissements de terrain et des chutes de pierres. Les incendies de forêt, trop souvent provoqués par l’imprudence de l’homme, occasionnent des dégâts d’autant plus graves. Pour cette raison, il est absolument interdit d’allumer des feux ou de jeter des mégots de cigarettes pendant la période d’extrême sécheresse! Des dommages lourds de conséquences ont été causés par le dernier grand incendie de juillet 1979 au-dessus de St-German. Les incendies de forêt ont de tout temps été des facteurs naturels irréguliers et importants qui entretiennent un certain type de végétation. Lorsqu’ils prennent trop d’ampleur, ils anéantissent la protection du versant contre l’érosion par la pluie et les avalanches, mettant en péril les villages et la voie de chemin de fer. Les forêts affaiblies ou brûlées doivent être remplacées par des ouvrages de retenue dont le coût est très élevé. Ce n’est pas pour rien que la compagnie de chemin de fer du BLS entreprend de gros efforts pour protéger les forêts et en assurer leur maintien. Elle entretient ainsi, avec des systèmes d’irrigation modernes, une surface de 27 hectares environ plantée surtout de Frênes et d’Erables qui serviront au reboisement périodique nécessaire.
Bibliographie
- Daniel Maselli, Rampe sud du Lötschberg, Martigny, 1990
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