Rampe sud du Lötschberg : falaises
De Wikivalais.
Parler de la couverture végétale d’une falaise peut de prime abord paraître étrange. On est vraiment étonné lorsqu’on se rend compte de tout ce qui peut pousser sur la roche apparemment nue. De très petites fissures ou dépressions permettent l’implantation de plantes spécialisées et même leur reproduction. Dans ce cas, des adaptations particulières sont indispensables. Les espèces qu’on y trouve ont peu d’exigences et sont caractérisées par une grande endurance. Elles échappent à la concurrence des autres espèces.
Le chemin côtoie de telles falaises en plusieurs endroits: près du viaduc de Luogolkin, dans les vallées du Jolital et du Bietschtal. Différents facteurs entrent en jeu dans la constitution de la couverture végétale: par exemple le type de roche, la pente, l’exposition et l’approvisionnement en eau.
La Potentille caulescente, à fleurs blanches et à feuilles digitées, prédomine sur les roches calcaires, elle est présente sur presque toutes les falaises. La Seslérie bleuâtre est aussi fréquente. Cette Graminée se remarque particulièrement au printemps car elle forme des bouquets scintillants d’un bleu métallique. La présence du Capillaire rouge et de l’Asplenium des murailles (Rue des murailles), deux fougères capables de supporter extrêmement bien chaleur et sécheresse, est toujours étonnante. L’Epervière tomenteuse, qui se protège de l’évaporation grâce à une épaisse pilosité, est aussi très résistante.
Alors qu’au printemps le beau Salsifis d’Autriche orne les falaises, les Graminées dominent en été. Parmi celles-ci, la Mélique ciliée et la Koelérie du Valais dont les feuilles mortes forment sur le sol au fil des ans, un épais tapis de fibres. Au début de l’année, la Primevère hérissée se trouve là où le sous-sol contient des silicates. Le Gypsophile rampant, blanc, fragile, est connu pour son aptitude à coloniser les sols calcaires. Il fleurit presque tout l’été et on le confond parfois avec le Céraiste des champs. L’Aster des Alpes, qui frappe au début donne une touche de couleur supplémentaire. Un peu plus tôt que l’Aster apparaissent les petites fleurs bleues, en forme de boule, de la Globulaire à feuilles en cœur. En été, cette plante est remplacée par l’Orpin et le Thym serpolet très répandus.
On ne trouve cependant pas que des plantes herbacées sur les falaises mais aussi des plantes ligneuses. Parfois même un grand arbre, un Pin sylvestre par exemple, qui résiste aux conditions de vie très rudes. Le Nerprun nain, avec ses branches pendantes, épouse les formes des rochers et est ainsi capable de s’y maintenir. Dans le même ordre d’idée, l’adaptation de la Saxifrage paniculée est très impressionnante. De petites glandes bordant les feuilles lui permettent d’éliminer le surplus de calcaire absorbé avec d’autres substances nutritives. Une observation attentive nous montre rapidement qu’une falaise peut être le support de nombreuses formes de vie discrètes parmi lesquelles les innombrables lichens qui s’installent et qui envahissent la surface des roches.
Ils sont particulièrement remarqués à la fin de l’hiver et au printemps lorsque l’humidité leur permet de pousser - même si ce n’est que de quelques mm2 par an.
Le plus connu des lichens est sans doute le Rizocarpon géographique au thalle en croûte jaune-verdâtre qu’on rencontre sur les roches en silicates. Sa croissance ne dépasse guère un cm2 en 10 ans! Parmelia conspersa au thalle en feuilles est de couleur identique et pousse sur roche acide. Son thalle forme une rosette qui se fixe à la pierre.
Parmi les milliers de lichens qui poussent dans la région alpine, il en existe très peu qui ont un nom français. Cela prouve le peu d’intérêt porté à ce groupe d’organismes. Pourtant leur mode de vie est extrêmement fascinant. Né de l’association d’une algue et d’un champignon, le lichen est très peu exigeant. Un peu d’amour et d’air lui suffit quasiment pour vivre. L’air lui fournit en fait les substances nutritives nécessaires. La symbiose d’une algue et d’un champignon est bénéfique pour tous deux. Alors que l’algue fabrique au cours de la photosynthèse, au moyen d’eau et de lumière, le sucre nécessaire à la vie du champignon, celui-ci apporte une certaine protection à l’algue. Chacun profite de l’autre. Forçant notre admiration, le lichen peut ainsi pousser en des endroits incroyables, comme sur les parois rocheuses en haute montagne.
La Rampe sud est en outre caractérisée par la présence, sur sol calcaire, d’un groupement de lichens colorés, aux thalles appliqués au sol, auquel appartiennent Fulgensia fulgens jaunâtre à orangé, Cladonia convoluta au thalle en feuilles beige ainsi que Squamarina lentigera, Psora decipiens, Taminia coeruleo-nigricans et différentes espèces de Diploschistes. Deux espèces de lichens sont caractéristiques des steppes. Il s’agit de lichens aux thalles en croûtes, du genre Lecanora (L. garovaglii, L. frustulosa). On rencontre également Collema polycarpon et C. cristatum, tous deux possédant des thalles en croûtes foncés. Cornicularia muricata, fortement épineuse et ramifiée, forme de magnifiques tapis.
Letharia vulpina est une espèce typique de lichen qui croît sur les arbres. On la rencontre surtout lors d’excursions en altitude car elle ne pousse pratiquement que sur les Mélèzes. Le promeneur aperçoit de loin ses touffes de couleur vive, jaune-vert.
Bibliographie
- Daniel Maselli, Rampe sud du Lötschberg, Martigny, 1990
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