Rampe sud du Lötschberg : champs et jardins

De Wikivalais.

La végétation naturelle de la Rampe sud offre une telle diversité que l’on peut à juste titre se demander de ce que les champs et les jardins peuvent encore lui apporter. La réponse est simple: on observe des plantes adventices auxquelles on ne fait pas assez attention!

Dès qu’on les a remarquées, on ne supporte plus l’expression mauvaises herbes qui les nomme dans le langage courant. Ces plantes sont en concurrence, dans une certaine mesure, avec les plantes cultivées, mais c’est une grande ignorance et un manque de sensibilité que de les grouper toutes sous le terme de mauvaise herbe.Il est plus juste de parler aujourd’hui des fleurs des champs, de la flore compagne des champs ou alors de plantes adventices. Elles accompagnent tout naturellement nos plantes cultivées et ont leur place parmi la flore indigène.

Le labour est indispensable à la présence de toutes ces espèces qui s’y sont adaptées de manière souvent étonnante. L’époque de leur croissance, de leur floraison et de leur fructification est souvent coordonnées avec celle des plantes cultivées. Même la forme et la taille des graines peuvent présenter une similitude extraordinaire avec celles des plantes hôtes. De plus, les graines des mauvaises herbes peuvent fréquemment rester enterrées pendant des décennies sans perdre leur pouvoir germinatif. Ne voit-on pas souvent, sur les tas de terre des chantiers, apparaître momentanément une belle flore multicolore, alors que rien n’était visible auparavant?

Beaucoup de céréales traditionnelles ont leur origine au Moyen-Orient. Le Petit épeautre, l’Amidonnier et l’Orge sont originaires du croissant fertile, où naissent le Tigre et l’Euphrate. Ces plantes ont été introduites en Europe centrale dès l’époque néolithique (dès 4000 ans environ avant J.-C.), au moment où la culture et l’élevage ont permis de substituer la sédentarisation – un pas important dans l’histoire de l’homme moderne. A l’âge du fer, d’autres plantes cultivées ont été introduites surtout grâce au greffage, en particulier des arbres fruitiers: le Noyer et le Châtaignier, peut-être aussi la Vigne cultivée. La plupart des légumes par contre mirent beaucoup plus de temps ànous parvenir surtout d’outre-mer.

De nombreuses plantes adventices accompagnèrent les cultures dans leur extension. Elles sont aujourd’hui une partie importante des belles fleurs de la Rampe sud.

Leur origine est différente, leur survie en partie incertaine ou parfois même dangereusement compromise. L’importante régression de cette flore compagne est due aussi bien au tri des graines qu’à la fumure, à l’absence de l’assolement, à l’abandon des terres cultivées et à d’autres modification.

Dans un Valais riche en espèces adventices, le Bleuet et le Coquelicot, symboles par excellence des céréales, se font rares. Par contre, nous trouvons fréquemment la Carotte sauvage plante cultivée dès l’âge de la pierre. Ses ombelles blanc-beige possèdent souvent au centre quelques fleurs viollet-noir permettant de l’identifier facilement. La Niellle des blés semble avoir malheureusement disparu de la Rampe sud.

Sommaire

Culture de céréales

En Valais, la culture de céréales est une longue et respectable tradition. La culture du Seigle, qui se pratique jusqu’à 1600 mètres d’altitude (autrefois jusqu’à plus de 2000 mètres à Findelen sur Zermatt!), jouit d’une grande renommée qui se manifeste encore aujourd’hui par le fameux pain de Seigle valaisan. Cette culture du Seigle s’est développée depuis l’âge du fer. Ses pollens, liés à ceux du Chanvre, sont présents dans les sédiments du lac de Montorge à partir de 300 avant j.-C. jusqu’en 1930.

On distingue deux types de cultures de céréales: celles d’été et celles d’hiver. Les céréales d’hiver sont semées en automne déjà, alors que les céréales d’été ne le sont qu’au printemps. La diversité de la flore compagne est la plus grande dans les cultures de céréales d’hiver avec en particulier la Caméline à petits fruits, la Camomille des champs, le Chénopode hybride, l’Absinthe et même des espèces plus intéressantes comme le Buglosse des champs, le Buplèvre à feuilles rondes ou la Gesse à graines sphériques dont les fleurs rouge brique à carène blanche attirent l’attention des botanistes. Le promeneur qui se donne la peine d’observer la flore des cultures découvrira aussi le Lamier pourpre et le Lamier à feuilles embrassantes, espèces plutôt abondantes en Europe du sud-est. Le Grémil des champs, répandu autrefois, ne pousse en Suisse qu’en de rares endroits, par exemple dans la région de Ausserberg. L’abandon de plus en plus fréquent des cultures traditionnelles de céréales d’hiver menace de disparition certaines espèces, en particulier la splendide Adonis d’été. Cette flore sauvage des champs est le fruit de l’adaptation particulière de ces plantes au climat, au sol et au mode de culture, à laquelle plusieurs espèces sont étroitement liées à tel point que l’abandon de certaines méthodes d’exploitation conduit en très peu de temps à leur disparition!

Cultures Maraîchères

Les champs de Pommes de terre et de Carottes sont labourés au printemps. Des plantes compagnes apparaissent, celles qui demandent un sol plus chaud que les plantes associées aux cultures de céréales d’hiver, celles qui peuvent aussi se développer très rapidement et mener à bien plusieurs cycles de végétation au cours d’une même année. Ce sont fréquemment des espèces aux fleurs insignifiantes, comme les Chénopodes gris-vert. La Stellaire intermédiaire aux petites fleurs blanches, la Fumeterre officinale, violet pâle, ou la Véronique luisante et la Véronique de Perse aux petites fleurs bleues. Seule la Moutarde des champs, avec ses fleurs jaune vif, ressort de l’uniformité. La plupart du temps, ces champs ne représentent donc rien de spectaculaire à nos yeux. Cependant, en observant attentivement, on peut découvrir en de nombreux endroits de petites spécialités botaniques comme la Véronique à feuilles trilobées.

Une culture de Pommes de terre bisannuelle, alternée avec une friche, permet aussi la survie d’une partie de la flore des céréales d’hiver et pourrait être une solution pour sa conservation.

Vignobles

Personne ne pourrait se représenter le Valais actuel sans vigne. Et pourtant, il y a un peu plus de 1500 ans, le vignoble devait être beaucoup plus restreint. C’est surtout au cours de notre siècle que cette culture fut propagée dans tous les endroits les plus appropriés.

La production du vin joue aujourd’hui en Valais un rôle économique et social important. Nombreux sont les ouvriers-paysans qui cultivent pendant leurs loisirs de petites surfaces de vigne. L’omniprésence de la vigne et du vin dans la vie valaisanne est un fait réjouissant en soi. Mais elle menace toutefois de faire disparaître la flore et la faune très riches des vignes. L’uniformité s’installe de plus en plus. L’utilisation croissante de produits chimiques ces dernières décennies a provoqué la disparition quasi totale de certaines espèces de plantes et d’animaux tout à fait inoffensives. Parmi les plantes adventices typiques, citons l’Héliotrope d’Europe et la Garance qu’on ne trouve plus qu’en de rares endroits en Valais (entre autres le long de la Rampe sud). La richesse des champs et des vignes en plantes adventices était renommée parmi les botanistes. La modernisation des méthodes de cultures, l’emploi des engins mécaniques pour les reconstitutions du vignoble, des biocides pour se préserver de la concurrence des plantes et des dégâts des ravageurs ont éliminé de nombreuses espèces de plantes. Par endroits, quelques rescapées embellissent encore certains parchets: l’Ail des vignes et le Muscari en grappe. D’autres ont disparu, souvent des espèces colorées de type méditerranéen comme l’Aristoloche Clématite et le Souci des champs.

Pourtant les bords de chemins, les talus et quelques surfaces marginales sont encore brillamment colorées par des espèces abondantes comme le Pastel des teinturiers, aux inflorescences d’un jaune lumineux et la Saponaire officinale dont on remarque les vastes tapis roses. Mais il faut aussi le plus souvent se contenter des espèces banales comme la Bourse à pasteur, le Séneçon commun, la Renouée des oiseaux, le Chénopode blanc ou la Stellaire intermédiaire.

La faune a également payé un lourd tribut à ces modifications du vignoble. C’est surtout son extension au détriment des vergers, des champs et des paysages bocagers qui l’a repoussée dans des endroits souvent marginaux où les populations ont de la peine à survivre.

Bibliographie

  • Daniel Maselli, Rampe sud du Lötschberg, Martigny, 1990

Article connexe