Rampe sud du Lötschberg

De Wikivalais

Du paysage de naturel au paysage cultivé

Notre paysage actuel reflète dans ses grandes lignes l’activité humaine. Depuis l’apparition de la vie sédentaire et le début de l’exploitation rationnelle du pays il y a de cela plus de six millénaires, le paysage originel s’est transformé en un paysage de cultures.

Les changements caractérisent la nature, car tout ce qui vit est sujet à une évolution constante. Les processus dans lesquels l’homme n’intervient pas se déroulent souvent beaucoup plus lentement mais par contre de manière plus continue.

Même si, sur ces coteaux valaisans, on ne peut imaginer une végétation non influencée par les hommes, les botanistes essaient de décrire ce que serait la végétation naturelle potentielle. Elle dépend essentiellement du sol formé au cours des millénaires et des conditions climatiques du moment. Les botanistes l’appellent la végétation climacique.

Vu sous cet angle-là, on peut admettre que le bas-coteau de la Rampe sud du Lötschberg serait recouvert d’une Chênaie pubescente thermophile et xérophile, comme on peut encore le constater près de Fully, aux Follatères. Le fait que ce ne soit plus le cas actuellement doit être attribué aux incendies qui ont de tout temps ravagé ces coteaux très secs et à l’homme qui a gagné des terres par le défrichement, tout d’abord pour les champs et l’élevage du bétail, aujourd’hui presque essentiellement pour la culture de la Vigne. Il faut aussi savoir que sur des surfaces défrichées, abandonnées à elles-mêmes, ne repoussent pas forcément les espèces qui se seraient maintenues sans l’intervention humaine.

Les conditions climatiques et édaphiques très dures de la région ont favorisé le développement de végétations spécialisées, adaptées à une grande sécheresse pendant la bonne saison. L’érosion des sols par les eaux de ruissellement et les avalanches, souvent à la suite de déboisement ou d’incendie, augmente aussi les surfaces soumises à ces conditions extrêmes. Le vent et la pluie peuvent avoir érodé le sol. La forêt ne peut ainsi plus pousser, particulièrement sur les fortes pentes. La végétation steppique prend une importance excessive. Au-dessus de cet étage des Chênes pubescents, la pinède, supportant aussi bien la sécheresse que la chaleur, devrait s’y trouver à l’aise. On la rencontre encore en maints endroits. Son étendue pourrait cependant être beaucoup plus grande, surtout là où sont présents aujourd’hui les terres cultivées (prairies, pâturages, champs) et l’habitat. Il faut se représenter ce coteau comme une mosaïque de forêts de Pins et d’espaces recouverts de végétation steppique. La répartition ne serait jamais constante; la foudre et d’autres sources de feu causeraient çà et là des incendies de forêt favorisant par la suite une progression des steppes.

La partie supérieure du versant serait couverte de Mélèzes et d’Aroles qui ont été enlevés des surfaces les plus productives pour en faire des alpages, les pâturages d’été. Seuls les endroits défavorables, abrupts ou situés trop haut, les surfaces au sol trop mince, les rochers, les éboulis sont demeurés intacts.

On comprend aisément combien l’homme participe à la transformation du paysage. Il ne faut cependant pas juger cette intervention de manière totalement négative; les systèmes d’irrigation représentent une belle réalisation contribuant à l’enrichissement de la flore et de la faune. Sans l’irrigation des champs, des prairies et des pâturages, le nombre d’espèces et par là la qualité biologique seraient certainement réduits. La protection de ces biotopes n’exige donc pas l’absence totale de l’influence humaine. Au contraire, une agriculture extensive, comme on l’a pratiquée pendant des siècles, est précisément nécessaire pour conserver cet équilibre écologique instauré au cours des derniers millénaires. La modernisation et la pression économique en sont les plus grands ennemis. Les systèmes modernes d’arrosage installés depuis quelques années dans les prairies amènent un changement. Ils modifient l’ancien rythme séculaire d’approvisionnement en eau. Les moyens utilisés actuellement par l’agriculture n’ont en effet plus rien de commun avec les phénomènes naturels: puissants engins de nivellement des sols, transport de la terre, suppression des petits biotopes marginaux comme les haies, arrosage par aspersion avec de l’eau sous forte pression, fertilisation excessive, etc…Les prairies fleuries cultivées extensivement sont cependant l’un des plus beaux joyaux de nos paysages, et leur conservation devrait être le souci majeur de la population et des autorités.

Bibliographie

  • Daniel Maselli, Rampe sud du Lötschberg, Martigny 1990

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