Rampe sud de Lötschberg : steppes et talus
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Steppes
Les steppes valaisannes, par le paysage qu’elles forment, par la diversité biologique qu’elles recèlent, sont de véritables joyaux de la Rampe sud. Dès qu’il aperçoit les touffes d’un brillant argenté de la Stipa pennée ondulant dans le vent, le promeneur se met véritablement dans l’ambiance valaisanne. Tout au long du chemin, ces magnifiques gazons secs se succèdent formant souvent de petites taches plus ou moins étendues. Ces dernières sont particulièrement développées à proximité de Luogolkingraben, entre la forêt de Lidu et l’Joligraben ainsi qu’à la sortie est du Bietschtal. Par contre, elles sont presque absentes entre Ausserberg et Lalden. Elles se trouvent essentiellement en des lieux à pente moyenne à forte, très ensoleillées et surtout extrêmement secs. Les steppes, avec les pinèdes, représentent une part importante de la végétation naturelle de ce versant.
Toutes ces herbes souples, brillant sous le soleil, la Stipa pennée surtout, donnent à la région une apparence presque méditerranéenne. Le nombre d’espèces de plantes rares ou localisées poussant dans ce milieu est impressionnant. On découvre par exemple les tiges sèches, recouvrant le sol, de la Koelérie du Valais ou les touffes denses de la Mélique ciliée. Parmi ces herbes fleurissent souvent l’Epiaire droite et la Potentille pubescente, tandis que la Joubarbe des toits et l’Oeillet sylvestre apportent leur note colorée au paysage.
Le spectacle commence déjà au premier printemps avec l’apparition de toutes petites plantes qui ne sont visibles que pendant quelques semaines mais que l’on revoit chaque année avec grande émotion. Ce sont des annuelles printanières. Pour la plupart des promeneurs, elles passent inaperçues car on doit vraiment s’agenouiller pour les découvrir. Citons le Cresson des pierres, la Saxifrage tridactyle ainsi que l’Erophile printanière.
La végétation de ces steppes peut être très clairsemée ou au contraire très dense en fonction de la qualité du sol. Le sol des steppes fermées contient peu de roche et de pierres. La Fétuque valaisanne et la Fléole y occupent une place prépondérante. Dans ce gazon touffu, on rencontre également sans l’Astragale sans tige et l’Euphorbe de Séguier, jaunes, l’Astragale esparcette et, çà et là, l’Oeillet des Chartreux l’Euphorbe de, violets ou roses.
Le sol des steppes ouvertes est recouvert de pierres ou de roche. La plupart des plantes sont de petite taille, le Fumana couché, vivace, y est une des espèces attrayantes. Des plantes à rosettes y sont fréquentes. Elle sont dispersées sur le substrat, profitant de chaque endroit favorable. Elles supportent bien le vent fréquent à l’action desséchante violente et certaines parviennent à accumuler de l’eau pour les périodes arides. C’est le cas de la Joubarbe à toile d’araignée ou de la Saxifrage paniculée.
L’origine de cette végétation spécialisée que l’on peut comparer à celle des steppes d’Europe centrale ou du bassin méditerranéen remonte à des temps lointains, ce que démontre l’étude des pollens conservés dans les tourbes des marais ou dans les sédiments du fond des lacs. Si la plupart des espèces sont probablement apparues en Valais seulement après la dernière glaciation, quelques-unes, relativement souples vis-à-vis de la température, croissaient dans les massifs-refuge pendant les glaciations, sur les nunataks, l’Armoise valaisanne et le Genévrier sabine peut-être. La recolonisation des surfaces délaissées par les glaces s’est très vraisemblablement effectuée en plusieurs étapes. La première vague paraît concerner des plantes originaires d’Europe orientale, comme l’Astragale sans tige ou l’Onosma des sables. Puis, pendant l’Atlantique, période au climat favorable qui date de 8000 à 6000 ans, des plantes provenant du bassin méditerranéen se répandirent vers le nord, la Bugrane jaune et l’Astragale de Montpellier par exemple.
Les conditions de vie actuelles sont toutefois très différentes de ce qu’elles étaient en ce temps-là. Le climat, le sol et la couverture végétale se sont modifiés. Les plantes pionnières des anciens temps sont devenues rares et très localisées. Ce sont des témoins des époques révolues. Pour cette raison, elles méritent un effort particulier en vue de leur conservation. Leur disparition serait non seulement une perte importante pour la flore mais tout aussi grande pour la faune. C’est un capital génétique à ne pas négliger, un enrichissement de notre environnement qui participe à la diversité et à la qualité de notre vie.
Talus
Une première visite de la Rampe sud par une journée ensoleillée de juin est vraiment fascinante. Où qu’il porte son regard le promeneur découvre mille choses attrayantes – un insecte, une fleur, le vol d’un oiseau, des chants inattendus, des senteurs insoupçonnées – le spectacle n’a pas de fin.
Et toute cette vie se presse au bord du chemin et sur les talus. Des surfaces brûlées par les rayons du soleil alternent avec les parties ombragées des forêts. Des secteurs arrosés par l’eau des bisses ou de la fonte des neiges succèdent à d’autres endroits restés sans eau depuis des semaines. Tantôt le sentier longe des parois abruptes, tantôt il traverse des prés et des pâturages légèrement accidentés. Que de contrastes si près du passage!
La Stipa Calamagrostide est bien visible toute l’année, en particulier dans les couloirs d’avalanches, elle occupe les sols légers et instables qu’elle contribue à stabiliser. La Mélique ciliée est plus fine. Elle partage le même milieu et est également visible de loin en été. Les éboulis sont ornés par les fleurs jaunes de la Roquette à feuilles de Cresson, aux feuilles pennées. Dans les pierriers, ce sont les fleurs rose pâle de l’Epilobe à feuilles de Romarin qui attirent le regard.
Au printemps par contre, le Pastel des teinturiers est présent partout. Ses petites fleurs jaunes laissent facilement deviner sons appartenance à la famille des Choux. Dès le mois de juin, toute la plante tourne au violet. Nos ancêtres la cultivaient pour en extraire un pigment indigo. Originaire d’Eurasie, il a ensuite été ainsi propagé en Australie, en Amérique du Nord et en Europe. Et quel drame lorsque l’industrie chimique a commercialisé l’indigo synthétique pour remplacer les substances obtenues par cette plante. La racine pivotante, particulièrement épaisse, lui permet de pousser sans difficulté aux endroits secs, rocailleux et chauds, ce qui explique qu’en Suisse c’est en Valais qu’il est le plus abondant. Les Orobanches sont une autre particularité des abords du chemin. Ces plantes parasites dépourvues de chlorophylle, rappellent par leur aspect certaines orchidées. La Chicorée sauvage, aux belles inflorescences bleu tendre, le Réséda jaune, la Verveine et l’Origan se succèdent dans la saison. La Laitue effilée aux tiges jaune paille et aux feuilles pendantes ne fleurit qu’en été. Son maigre feuillage lui permet de passer presque inaperçue mais aussi de résister à la sécheresse.
Le chemin traversant les forêts est surtout bordé du Polygale petit-buis ainsi que de différentes Epervières et d’espèces de la famille des Orchis. Un tapis d’aiguilles recouvrant le sol permet une marche légère et silencieuse, dans une ambiance de secrets et d’ombres.
Le bisse attire en été et en automne de très nombreux insectes: Coléoptères, Guêpes Abeilles, Bourdons et papillons y volent en grand nombre, attirés principalement par la Menthe à longues feuilles, l’Eupatoire à feuilles de chanvre, l’Angélique sauvage, l’Adénostyle glabre, la Listéra ovale ainsi que l’Epilobe à feuilles étroites. Les promeneurs adultes peuvent côtoyer cette agitation colorée sans oublier la moyenne horaire mais avec des enfants, quelques arrêts sont nécessaires; ceux-ci permettent de regarder de près ces êtres aux formes et aux couleurs fascinantes. Il faut savoir prendre son temps pour profiter pleinement de la nature. Les expériences vécues laissent des souvenirs inoubliables et un sentiment de pleine satisfaction. De tels contacts sont un bon remède contre la frénésie du travail.
Le bord du chemin et les talus sont encore décorés par de nombreuses autres espèces comme le Brome raboteux sur la terre fraîchement remuée, le Pet-d’âne, le Chardon penché, le Cirse commun, le Chardon décapité et bien d’autres, chacun avec son cortège d’insectes. Vraiment, les abords du chemin offrent à chaque visite une vision et un attrait nouveaux
Bibliographie
- Daniel Maselli, Rampe sud du Lötschberg, Martigny 1990
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