Protection ouvrière (1914-1945)

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En 1907 déjà, lors de l’adoption de la nouvelle Constitution valaisanne, l’Etat se voit attribuer de nouveaux champs d’intervention dans les domaines économique et social. Diverses dispositions assurent la protection de l’Etat aux œuvres d’intérêt général, tels l’agriculture, l’industrie, l’enseignement, les établissements professionnels et hospitaliers. En outre, l’Etat est chargé d’édicter des prescriptions concernant la protection ouvrière et assurant la liberté du travail. En dépit de cette base constitutionnelle, la législation ouvrière est peu développée. Les travailleurs qui ne sont pas couverts par la loi fédérale sur les fabriques ne sont pas protégés.

Sommaire

La motion de Camille Desfayes

Atelier Giovanola, Monthey, 1930

En mai 1918, s’inspirant du nouveau programme économique et social du parti radical suisse, le député Camille Desfayes dépose une motion au Grand Conseil. Il demande à la future législation cantonale de garantir un travail régulier et suivi à l’ouvrier, de réduire le temps de travail tout en élevant les salaires, d’introduire un impôt dégressif pour les petits revenus et d’assurer la sécurité de l’avenir contre les risques sociaux en créant des institutions d’assurance et en développant la responsabilité individuelle en matière de santé et d’hygiène. Pour répondre à la pression des syndicats et aux actions de grève, le député demande à la loi de protéger la liberté du travail, c’est-à-dire d’autoriser le gouvernement à « user au besoin de la force pour garantir l’ouvrier non gréviste contre toute atteinte à sa liberté ».

Le laxisme du gouvernement

Troillet accepte la motion au terme d’un ambitieux discours-programme qui devrait placer le Valais à la pointe du progrès social. Pourtant, en dépit des promesses, le Conseil d’Etat tarde à déposer un projet de loi de protection ouvrière et l’on dénonce le laxisme du gouvernement.

Un nouveau projet de loi

Ce n’est que le 2 mai que le Conseil d’Etat soumet au Grand Conseil son premier projet de loi qui s’applique au commerce, à l’artisanat et à la petite industrie. Outre des dispositions relatives à la protection des enfants et des femmes ainsi qu’aux conditions d’hygiène dans les locaux de travail, il réglemente le temps de travail. Il fixe la durée hebdomadaire de travail à 55 heures dans les ateliers et dans le commerce, à 60 heures dans l’hôtellerie. Les établissements saisonniers font l’objet de dispositions particulières, notamment en matière de repos et de congés. Le projet se heurte à l’opposition farouche du patronat valaisan, en particulier des milieux hôteliers, contraignant le Conseil d’Etat à multiplier les consultations et les concessions. La chambre Valaisanne de Commerce accuse le Conseil d’Etat de vouloir imposer une réforme sociale « injuste et immorale », insoutenable pour de nombreux secteurs déjà malmenés par la crise.

L’extension de la loi aux ouvriers et domestiques agricoles est une autre pierre d’achoppement. Proposée par les socialistes et soutenue par quelques radicaux, elle ne rencontre pas les faveurs des conservateurs, pourtant fortement engagés dans une politique de revalorisation de l’agriculture.

Le projet est accepté par le peuple

Epuré des dispositions particulières relatives à l’hôtellerie, excluant du bénéfice de la loi les exploitations agricoles, le projet présenté au peuple est accepté le 18 janvier 1933. Le règlement d’exécution, fixant notamment la durée hebdomadaire par catégorie professionnelle ainsi que les conditions de travail dans les secteurs saisonniers, est promulgué le 25 juin 1937 et amendé en 1945.

Création d'un office social

En février 1943, un Office social cantonal voit le jour dans le but de former un trait d’union entre le gouvernement et les organisations professionnelles, afin d’harmoniser le développement économique et l’évolution sociale.

Projet de la loi cantonale sur la protection ouvrière

« […]. Il est incompréhensible qu’un législateur chrétien veut introduire, par la force, des éléments étranges et nuisibles dans notre artisanat et notre petite industrie où l’esprit de famille et la conception familiale sont encore les piliers vigoureux et solides. Qu’on ne se fasse pas d’illusion, le jour où cette loi sur la protection ouvrière sera mise en pratique en Valais, les syndicats ouvriers, soutenus et favorisés par la main d’œuvre étrangère qui devra nécessairement combler l’indigène devenue insuffisante, briseront la structure et les liens familiaux existants entre patrons et ouvriers et employés… Le socialisme veut gagner à sa cause tous les travailleurs et pour les avoir, il force l’évolution sociale dans ses sillons… »[1]

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002
  1. (Lettre de la Chambre de commerce, signée W. Perrig 1930. Archives d’Etat du Valais)

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