Prairies

De Wikivalais

Dès leur installation, les hommes gagnèrent les surfaces nécessaires aux cultures et à l'élevage par des défrichements. Très tôt, l'irrigation des zones sèches permit d'augmenter la production fourragère. Sans l'eau des bisses, bien des coteaux ne seraient pas si verts.

Sommaire

A propos des bisses

A défaut de tuyaux et de galeries souterraines, les bisses furent pendant longtemps le seul moyen d'amener de l'eau sur les prés secs. D'énormes efforts furent consentis pour construire et entretenir ces canalisations. Les droits d'eau donnèrent lieu à de nombreux litiges. Dans tous les documents d'archives, il est question de réparations et de remplacements de bisses existants. Les plus anciens remontent probablement à l'époque gallo-romaine, voire à l'Age du Fer. Il n'y a pas si longtemps, les bisses principaux atteignaient la longueur totale de 1800 km en Valais! Taillés tantôt dans la terre, tantôt dans le roc, ces ouvrages devenaient franchement audacieux au passage des abîmes et des falaises. Il suffit pour s'en convaincre d'observer depuis les hauts de Conthey les restes du bisse de Savièse dans les parois du Prabé, ou de parcourir le bisse du Roh au départ de Crans, ou encore de découvrir la vallée de Baltschieder avec ses cinq ou six étages de bisses superposés. Dans les passages difficiles, l'eau coulait dans des conduits en bois suspendus dans le vide. Chaque année, des volontaires devaient réparer, souvent au péril de leur vie, les dégâts de l'hiver et les fuites. Un gardien de bisse assurait l'entretien courant, ainsi que la répartition équitable de l'eau entre tous les propriétaires. Que l'eau vienne à manquer et c'était la famine ! De cette époque révolue, il ne restera bientôt que le charme de la promenade sur des sentiers agréablement plats et ombragés à flanc-coteau. De plus en plus, l'eau du bisse disparaît dans des conduites souterraines, moins coûteuses à l'entretien.

Exploitation des prairies

L'élevage bovin représente l'une des seules possibilités d'exploiter la terre en montagne. Plus l'hiver dure, plus il faut faire provision de foin pour alimenter le bétail. C'est pourquoi les prairies de fauche occupent une surface relativement importante en Valais. Elles s'étendent avant tout aux abords des villages, sur les terrains faciles d'accès. On fauche jusqu'à 1300-1500 m d'altitude, voire 1800 m dans le Lötschental et le val d'Hérens, et même 2000 m dans la vallée de Zermatt. Pour la pâture, il reste les terrains en forte pente et les pelouses d'altitude. La fauche intervient généralement en deux fois: coupe principale en juin et regains à fin août. Avec l'altitude, la production diminue sérieusement, mais la proportion de fleurs et de graines par rapport au feuillage augmente, ce qui donne au fourrage une qualité particulière.

A l'époque où les transports étaient difficiles, on préférait amener les bêtes au foin, plutôt que le contraire. Ainsi, il y avait quasiment une grange-écurie pour chaque pré et, en hiver, le bétail ne faisait que passer de l'une à l'autre. Cette pratique subsiste encore par endroits, en particulier dans le Haut-Valais. De loin, chaque "mayen" apparaît comme un petit point noir qui apporte une dimension humaine au paysage des prairies.

Une floraison éclatante

Montons au-dessus des vignes, à la recherche de quelque belle prairie. Il suffit de suivre l'un de ces vieux chemins creux et ombragés qui grimpent sans détour sur le coteau. Au printemps, ce sont les prés qui reverdissent en premier, avant même les arbres. Quel plaisir de retrouver dents-de-lion et primevères !

Mais le plus beau moment, c'est en juin, lorsque le vent soulève des vagues chatoyantes dans un océan de couleurs, sur fond de sommets enneigés. Sauges bleues, esparcettes roses, salsifis jaunes, knauties pourpres: il n'y a que les prairies de fauche pour présenter pareille densité de fleurs grandes et superbes.

Inutile d'y chercher des raretés: la plupart des espèces sont largement répandues en Suisse. Cependant, les prairies valaisannes sortent du lot par leur étendue, leur richesse et leur beauté.

De tous les milieux exploités, c'est certainement celui qui attire le plus d'insectes, d'oiseaux et autres animaux intéressants.

Arrêtons-nous un instant. L'eau murmure dans le bisse. Une fauvette égrène ses notes mélodieuses dans la haie voisine. A peine dérangés, les grillons reprennent leur concert monotone.

Des parfums délicats se mêlent à l'odeur de l'herbe fraîche. Le regard fouille attentivement le tapis végétal. Sur quelques mètres carrés, il y a bien une cinquantaine de plantes à découvrir.

Certaines, discrètes, se cachent dans les profondeurs encore toutes humides de rosée: lotier corniculé, gaillet nain, polygale commune, thym serpolet… Pour un peu, on oublierait les graminées, une dizaine d'espèces qui forment le gros du fourrage. A vrai dire, leurs épis ne laissent entrevoir, en fait de fleurs, que des étamines groupées par paires et de minuscules plumets couronnant les ovaires.

La fauche intervient en général lorsque le foin est bien mûr, juste avant que l'herbe ne jaunisse. Certaines plantes ont l'énergie de fleurir une deuxième fois, pour les regains. Puis vient l'automne, la saison des criquets. Par milliers, ils s'enfuient sous les pas et sautent en tous sens. Leurs stridulations remplissent l'atmosphère jusqu'aux derniers beaux jours de novembre. Les corolles roses du colchique ont attendu ce moment pour s'épanouir.

Une belle prairie est symbole d'harmonie, d'équilibre et de paix – une véritable référence pour la qualité de la vie. A cette harmonie, personne ne peut rester insensible, ni l'agriculteur, ni l'apiculteur, ni le promeneur, et peut-être même pas le ruminant !

Inventaire des prairies

Toutes les prairies ne se ressemblent pas. Certaines sont riches en fleurs, d'autres très pauvres. Le colchique ou la dent-de-lion ne poussent pas n'importe où. Un examen attentif de la flore peut apporter toutes sortes d'indications intéressantes sur le type de prairie, le degré de sécheresse, le niveau de fertilité et la qualité de l'entretien. De telles bases ont permis d'établir des cartes en couleurs à l'échelle 1:10 000 pour l'ensemble des prairies du canton (Inventaire cantonal des prairies sèches 1983-1986, que l'on peut consulter au Département de l'environnement de l'Etat du Valais). Le principe consiste à choisir une surface homogène de 25 à 50 m2 dans la prairie étudiée et à noter la présence, ou mieux l'abondance des plantes observées.

La fiche comprend aussi une clé de détermination qui permet d'identifier les types de prairies, d'après le nombre d'espèces dans les différents groupes. Entre les steppes les plus sèches et les prairies grasses, humides et fertiles, se trouvent tous les intermédiaires possibles. C'est à ce stade que commence l'interprétation.

Prairies à Brome

A la limite des steppes, sur terrain relativement sec, le brome dressé domine. Cette graminée importante se reconnaît en toutes saisons à la présence de poils très fins sur le bord des feuilles. Ces formations s'étendent de préférence sur des pentes bien exposées, en principe non irriguées et peu engraissées. La fauche régulière permet le développement d'une flore très riche et colorée où dominent les espèces: sauge des prés, esparcette, œillet des chartreux, gaillet jaune… Une ou deux espèces peuvent être liées au contact des steppes voisines. L'irrigation peut amener un certain enrichissement de la flore de ces prairies à brome qui résultent aussi de l'abandon de surfaces autrefois irriguées, d'anciens vergers ou d'anciennes cultures. A défaut d'une meilleure productivité, elles sont de plus en plus délaissées. Les herbes sèches s'accumulent et finissent par recouvrir le sol d'un tapis épais que les jeunes pousses ont peine à percer. La floraison perd ainsi en densité et en diversité. Sous cette forme appauvrie, les prairies à brome occupent une surface toujours plus considérable dans le canton.

Prairies à avoine élevée

En terrain moins sec et plus fertile, le brome fait place à l'avoine élevée. Cette graminée se reconnaît à ses tiges hautes et à ses épis dont les arêtes courtes s'incurvent en tous sens à maturité. L'avoine dorée qui l'accompagne assez régulièrement s'en distingue par une taille inférieure et des épis à reflets jaunes.

Les prairies à avoine élevée correspondent généralement à des surfaces productives bien entretenues. En Valais central, elles sont irriguées. Une fauche régulière et une fumure équilibrée permettent le développement d’un tapis de fleurs à la fois riche et luxuriant : trèfle des prés, oseille, colchique… Une trop grande abondance de rhinanthe et de renoncule âcre n’est guère appréciée par le bétail, car il s’agit de plantes toxiques à l’état frais.

Dans les prairies très engraissées, la situation change: l’utilisation excessive de fertilisants se reconnaît de loin à l’abondance de cerfeuil des prés, ombellifère qui les colore en blanc au printemps. Dans les prairies artificielles semées et les gazons, pâquerettes et trèfles rampants indiquent en général un excès de fumure. En montagne, dans le fond humide de la vallée de Conches par exemple, la renouée bistorte peut se multiplier au point d’abaisser sérieusement la qualité du fourrage. Les tentatives de s’en débarrasser par herbicide total ou labour du terrain se sont soldées jusqu’à maintenant par des échecs. L’équilibre entre sol et végétation finit toujours par se rétablir.

Ces prairies floristiquement appauvries correspondent à des conditions bien précises: replats où les eaux de drainage ne suffisent pas à évacuer les surplus d’engrais; environs des villages et des écuries d’où vient le fumier; terrains abondamment fertilisés pour la production massive de fourrage vert. On est bien loin des prairies richement fleuries qui nous émerveillent.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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