Pouvoir libéral

De Wikivalais.

Dès la fin des années 1820, les libéraux occupent une place importante dans la République et tendent à former une nouvelle classe politique de taille à concurrencer l’oligarchie au pouvoir. Ils sont à la tête de deux dizains, Monthey et Martigny, et exercent une influence croissante dans cinq autres.

Bien que réunifié, le Valais n'a pas partout les mêmes intérêts. Pour les libéraux, la réalisation d'un programme s'avère difficile. Ils n’ont ni le soutien des traditionalistes, ni celui du peuple ; de plus, ils se divisent : la gauche, représentée par le Bas-Valais, entend mener le programme démocratique à son terme, le centre est favorable à une politique de conciliation et la droite se rallie en partie au conservatisme. Les libéraux ont donc de la peine à faire appliquer leurs décisions. L'exercice de droit de « référendum-veto obligatoire » en est un bon exemple. Dans ce système, les abstentionnistes sont considérés comme acceptants. Ce type de référendum constitue un indicateur de la capacité de l’opposition à mobiliser les forces traditionalistes. Les résistances sont importantes.

Sommaire

L'oeuvre législative

L’oeuvre législative élaborée de 1840 à 1842 est caractérisée par un réformisme inspiré de l’idéal républicain. En particulier, lors de la deuxième campagne référendaire de février 1841, le régime libéral soumet à la sanction populaire cinq projets de lois, dont trois portent sur des thèmes qui sont au coeur de son programme politique.

L'instruction publique

Le premier point du programme politique libéral concerne l’instruction publique. Le projet a pour but de réformer l’enseignement afin de l’adapter aux « besoins du peuple » et au futur rôle politique de ce dernier : « Sans instruction, le mot de liberté n’a pas de sens ; l’ignorant ne peut être libre, il est l’esclave des préjugés et la victime des plus habiles qui l’exploitent. Pour être libre, il faut pouvoir choisir et pour choisir, il faut connaître ». Les libéraux décident de laisser l’initiative scolaire à l’Etat. Dans le nouveau projet, l’évêque ne dispose plus d’un droit de veto dans les nominations de régents. Quant aux prêtres, ils sont exclus de l’inspection scolaire. En revanche, la nomination des professeurs à l’Ecole normale continue de relever de la décision conjointe du Conseil d’Etat et de l’Eglise.

L'exercice du référendum

Le second point du programme concerne l’exercice du référendum, c’est-à-dire la question de la participation populaire et de l’extension des droits démocratiques. Ce sujet divise cependant les élites. Certains radicaux défendent une conception de la société fondée sur la démocratie représentative, mitigée par le référendum-veto ; d’autres soutiennent le référendum direct afin d’éviter la constitution d’une nouvelle oligarchie de représentants du peuple ; quant aux conservateurs, ils réclament également l’introduction du référendum direct.

La nouvelle loi électorale

Le troisième point touche la nouvelle loi électorale. Les libéraux veulent en effet modifier l’organisation communale et désénale afin que les conseillers ne soient plus élus à vie, mais pour une durée de quatre ans.

Le 7 février 1841, le résultat des votes ébranle le régime libéral. La loi sur l’instruction publique est repoussée ; la loi électorale et la loi sur le référendum sont acceptées de justesse. De fait, dès la fin de l’année 1842, le gouvernement libéral perd progressivement le contrôle du pays et le pouvoir réel, au profit des organisations partisanes.

Le point de vue conservateur sur l'éducation

[…] C’est que de part et d’autre, on a parfaitement compris que de [l’éducation] dépend tout l’avenir de la société et que pour y fixer l’ordre ou l’anarchie, il faut s’emparer des générations naissantes et les préparer, par l’éducation, à l’exécution des vues que l’on cherche à faire triompher […].

Si l’on cherche véritablement le bien-être du peuple et si l’on veut sincèrement travailler à le lui procurer, on reconnaîtra facilement que les dernières classes de la société, aussi bien que les autres, ont encore plus besoin d’éducation que d’instruction. En effet, dans les campagnes surtout, le peuple n’est d’ordinaire à plaindre qu’autant qu’il le veut bien, et l’on peut dire qu’en général le pauvre est l’artisan de sa propre misère, parce que c’est bien moins l’ignorance que le vice qui cause sa ruine […].

Que l’on combatte donc avant tout ces différents vices, que l’on élève le peuple dans des habitudes de travail et de tempérance, que l’on inspire aux riches des goûts simples, mais des sentiments élevés et généreux et l’on aura trouvé le meilleur moyen de rendre le peuple heureux autant qu’il peut l’être […].[1]

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002
  1. Extrait de la Gazette du Simplon, 8 et 15 octobre 1842

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