Peste

De Wikivalais.

Le Valais des XIVe et XVe siècles connaît de profondes mutations, qui touchent autant les pratiques économiques et la société que les cadres géopolitiques. Même si elle ne suffit pas à tout expliquer, la peste, en bouleversant durablement le paysage humain du Valais, a été un facteur important de ces mutations.

Sommaire

L'arrivée de la peste

Absent d’Europe depuis plus d’un demi-millénaire, le bacille de la peste débarque à nouveau sur les côtes de Méditerranée en 1347, puis remonte vers l’intérieur des terres. L’un de ses cheminements, la vallée du Rhône, l’amène à Villeneuve durant l’hiver 1348-1349 ; de là, il va parcourir tout le Valais pour sévir en automne 1349 dans la vallée de Conches.

L'hécatombe

On ne saura jamais combien de personnes ont succombé durant cette année terrible, mais voici au moins quelques ordres de grandeur : un gros quart de l’effectif disparaît à Sion, la capitale épiscopale, ou dans le village de Vérossaz ; le tiers à peu près en Entremont ; plus encore à Saint-Maurice et dans les campagnes du Chablais.

Ces pertes auraient cependant été assez facilement comblées si la peste n’était pas régulièrement revenue : 1360-1362, 1374, 1382-1383, 1393, 1402, 1420, 1451… On peut, dans un échantillon de quinze paroisses du Valais savoyard, estimer à un quart environ les pertes humaines causées par les épidémies survenues après celle de 1349.

Des différences régionales

L’intensité du choc connaît cependant de notables différences régionales. C’est entre Sion et Martigny qu’elle semble la plus forte : les paroisses de Fully, Saillon ou Riddes voient le nombre des maisonnées (« feux ») diminuer de moitié. En revanche, les régions montagnardes s’en tirent mieux : parmi les neuf paroisses dont la population est encore, en 1402, égale ou supérieure aux trois-quarts de ce qu’elle était en 1350, cinq se situent entre 850 et 1650 mètres d’altitude : Bourg-Saint-Pierre, Liddes, Orsières, Sembrancher et Nendaz.

Les effets de la peste

La peste est à l’origine des graves perturbations dont souffre le Valais dans ces années-là. Non seulement les effectifs humains diminuent, mais les familles sont désorganisées dans leurs forces vives aussi bien que dans leurs projets matrimoniaux et successoraux. Plus globalement, la maladie gêne l’exercice du pouvoir, le fonctionnement des administrations et l’activité de l’Eglise.

Conseils médicaux pour le temps de peste

Après avoir évoqué les saignées à pratiquer, l’auteur préconise ce qui suit :

  • « deuxièmement, qu’on s’abstienne de fréquenter le lieu de l’épidémie et de rendre visite à ceux qu’elle a atteints.
  • Troisièmement, il faut, tant que dure l’épidémie, brûler à fenêtres closes des feuilles de lauriers, de genévrier et d’absinthe, une, deux ou trois fois par semaine, le soir avant le coucher. On respirera cette fumée par la bouche et les narines.
  • Quatrièmement, ne mangez pas le matin et, chaque fois que vous le pouvez, consommez des aliments acides, comme des pommes gâtées ou des prunes.
  • Cinquièmement, n’entrez en aucun cas dans les bains publics.
  • Sixièmement, si vous vous sentez malades, soyez joyeux, calmes et affables ; fuyez les pensées sérieuses.
  • Septièmement, si l’on vous parle de l’épidémie, faites comme si l’on ne vous avait rien dit.
  • De même, si quelqu’un est atteint de la peste, qu’il prenne de la thériaque, des grains de sénevé et des feuilles de sureau. Qu’il triture le tout dans un mortier et mette le produit sur les bubons ».
(Conseils recopiés par un notaire de Sion vers 1460)

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002

Article connexe