Pennique - couvertures
De Wikivalais.
Les socles étant reconstitués, reste à replacer sur chacun d’eux la couverture qui lui est propre, d’en analyser le contenu pour en rétablir l’histoire. Ce sera celle de la séparation entre Afrique et Europe.
Initialement, les deux continents n’en formaient qu’un seul. Mais les signes avant-coureurs de la séparation sont perceptibles dès le début du Secondaire sous forme de bassins de sédimentation longs et étroits qui prennent probablement naissance par amincissement de la croûte terrestre soumise à extension.
Au Trias, les conditions sont un peu les mêmes que celles du domaine helvétique: une mer très peu profonde brasse et lave des sables qui donneront naissance à des quartzites souvent blancs et très purs (Longeborgne, Bella-Tola, p. ex.). Et cette mer va s’approfondir de telle sorte que les calcaires succèdent aux quartzites. Alors l’individualisation de plusieurs bassins commence à se manifester; leur fond tend à s’abaisser, créant ainsi un piège à sédiments, ce qui permit l’accumulation de couches très épaisses sous une tranche d’eau toujours modérée: les calcaires de Pontis font plusieurs centaines de mètres d’épaisseur. Entre ces bassins dits « subsidents », les couches restent minces et temporairement, des conditions évaporitiques permettent au gypse de s’accumuler (Nax, Gebiedem).
La dislocation du continent continue à se manifester au Jurassique avec une épaisse sédimentation dans deux bassins bien individualisés: celui de la nappe des Préalpes médianes et celui de la nappe de la Brèche. Tous deux contiennent des sédiments calcaires et marneux, témoins d’une mer assez profonde; la nappe de la Brèche tire son nom de la présence d’importantes assises de brèche, c’est-à-dire d’un conglomérat à éléments anguleux, éléments sans doute éboulés de falaises le long des pentes sous-marines du bassin. Dans ces deux bassins, la sédimentation s’est poursuivie jusqu’au Tertiaire.
Fin du Jurassique–début du Crétacé, deux nouveaux bassins apparaissent de part et d’autre des précédents, toujours sous l’influence de l’étirement de la croûte terrestre. Au nord, c’est le bassin dit valaisan, avec ses conglomérats très particuliers: des bords de falaises glissent dans la mer pour y constituer des blocs gigantesques. La colline de Valère est un tel bloc (quartzite) et ce n’est pas le plus volumineux. Quelques basaltes traversent cette croûte terrestre amincie. Au sud, le bassin piémontais sera le lieu de la véritable déchirure entre l’Europe et l’Afrique: rompue, la croûte continentale cède la place aux basaltes d’une croûte océanique nouvelle.
Les sédiments de ces bassins sont connus sous le terme de schistes lustrés. Ils doivent leur aspect lustré à la présence de petites paillettes de mica blanc qui prirent naissance au cours du métamorphisme alpin. Les « brisés » du vignoble entre Pont-de-la-Morge et Sierre, dont les plaquettes posées sur le sol réverbèrent et stockent bien la chaleur du soleil, sont un peu moins métamorphosée que les schistes lustrés piémontais.
Lors du métamorphisme, les calcaires furent transformés en marbres et les basaltes en roches vertes. Echappaient au métamorphisme alpin les assises des deux nappes des Préalpes médianes et de la Brèche, qui avaient pris la précaution de quitter leur bassin avant que le métamorphisme ne s’y amorce. Parmi toutes ces couvertures, il en est une dont il faut parler un peu plus en détail: les Préalpes médianes. Comment sait-on que les Préalpes médianes, entre Monthey et le Léman, appartiennent à la couverture pennique? Bien sûr, il s’agit-là d’une hypothèse; elle est basée sur les considérations suivantes:
- Les couches qui forment les Préalpes médianes sont identiques à celles qu’on retrouve
dans les couvertures penniques.
- Certaines parties du Pennique n’ont pas de couverture, ou une couverture très fragmentaire et les choses s’arrangent très bien si on leur attribue les Préalpes médianes comme couverture.
Cela dit, que montrent les Préalpes médianes? Tout d’abord, une série de plis serrés et profonds, coupés de nombreuses failles. Déroulons ces plis et regardons les couches. Sur la partie frontale, les faciès sont plutôt profonds, et les marnes abondantes permettent, grâce à leur plasticité, des plissements souples (Médianes dites « plastique »). Sur la partie arrière, au contraire, les faciès sont plus calcaires, les marnes manquent, montrant une sédimentation moins profonde. Les calcaires accumulés ont donné naissance à une série cassante (Médianes dite « rigides ») qui, lors des déformations, s’est brisée en grandes dalles comme dans la région de Dréveneuse. On retrouve donc dans ce bassin les variations de faciès dues à l’instabilité des fonds dont nous avons parlé à propos des couvertures penniques.
La coupe des Préalpes montre encore une autre nappe: celle de la Brèche. Sortie d’un bassin plus interne que celui des Préalpes médianes, elle comporte de nombreux niveaux de brèche dans des couches qui vont du Trias au Tertiaire. Elle occupe, chez nous, une surface réduite, de part et d'autre du pas de Morgins, le long de la frontière franco-suisse.
Biographie
- Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994
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