Pelouses alpines
De Wikivalais.
Les pelouses alpines constituent l’un des plus grands attraits de nos montagnes. Les délicates soldanelles et les pulsatilles du printemps ouvrent la fête dès que la neige a fondu. Quelques jours plus tard, la renoncule des Pyrénées couvre la pelouse verte d’innombrables points blancs, à moins que ce ne soit les taches plus grandes de l’anémone des Alpes, généralement remplacée par l’anémone soufrée sur les terrains acides. De ces plantes, le visiteur de juillet ne verra probablement que les fruits. Mais qu’il se console: la plupart des autres fleurs sont là, dans toute leur splendeur. La richesse incomparable de cette flore se traduit dans la multitude des insectes visiteurs… et dans la saveur de nos fromages d’alpage. Les pelouses alpines sont influencées depuis très longtemps par les activités pastorales. L’intervention la plus spectaculaire de l’homme a été d’abaisser un peu partout la limite naturelle de la forêt. La plupart des pâturages et des plantes qui leur sont liées se trouvent donc à cheval sur les étages subalpin et alpin.
- Les pelouses à nard raide occupent des sols arides, tant secs qu’humides, entre 1800 et 2400 m d’altitude. Ce sont des pâturages médiocres, souvent gagnés sur les landes. Les exemples ne manquent pas en Valais: alpage de La Chaux au-dessus de Verbier, sommet de l’Arpille près de Martigny, Mont Lachaux à Montana, pâturages de Riederalp-Bettmeralp à Aletsch… Graminée caractéristique, le nard raide ou poil de chien forme un gazon court et fin. Parmi les plantes qui l’accompagnent régulièrement, vous reconnaîtrez l’arnica, la campanule barbue, le trèfle des Alpes, ainsi que la gentiane de Koch, sœur jumelle de la gentiane de Clusius qui pousse en terrain calcaire. Un parfum prenant remplit l’atmosphère des chaudes journées d’été et d’automne. C’est celui du trèfle des Alpes. Approchez votre nez du sol. L’odeur ne vient pas tellement des fleurs, ni même des petites feuilles partout présentes, mais plutôt des souches épaisses qui leur ont donné naissance. Vous sentirez peut-être aussi le parfum inoubliable de l’orchis vanillé. Et pourtant le bétail n’apprécie guère ces herbages et dédaigne le nard autant que l’arnica. Ainsi, les plantes épargnées – le nard surtout – se développent au détriment des autres espèces et, en cas de surpâturage, ce genre de pelouse tend à gagner du terrain.
- Les pelouses à pâturin des Alpes sont des pâturages fertiles qui occupent généralement des replats à proximité des alpages ou des combes drainant les éléments nutritifs. Ce sont les vrais pâturages, adaptés à la présence du bétail depuis de nombreux siècles. Le pâturin des Alpes s’accompagne de plusieurs autres graminées, de diverses alchémilles et de plantes plus colorées, comme la renoncule des montagnes, le trèfle brun, le liondent helvétique et parfois la crépide orangée. Aux abords des étables et sur les replats où le bétail a l’habitude de séjourner, le sol est fortement enrichi en azote. La pelouse est alors remplacée par un groupement de hautes herbes comprenant l’oseille des Alpes, l’épinard sauvage, l’ortie, le chardon très épineux, ainsi que la gagée fistuleuse, qui montre ses petites étoiles jaunes au printemps. Cette végétation peut se maintenir pendant plusieurs dizaines d’années après l’abandon d’un alpage.
- Les pelouses à seslérie et laîche toujours verte occupent des pentes calcaires bien ensoleillées, par exemple sur les hauteurs de Montana, entre Cry-d’Er et les Violettes. La laîche se mêle aux touffes de seslérie bleuâtre qui retiennent la terre derrière elle et donnent souvent au terrain une structure en gradins. Des quantités de fleurs s’épanouissent parmi ces touffes. Les légumineuses sont particulièrement bien représentées: vous reconnaîtrez le sainfoin d’un beau rose violacé, l’astragale des Alpes bleue et lilas, l’oxytropis champêtre jaune pâle. C’est dans ces pelouses, au voisinage des rochers calcaires, qu’il faut chercher l’aster des Alpes et l’edelweiss, qui ne pousse pas seulement sur des vires inaccessibles.
- Les pelouses à laîche ferrugineuse colonisent des revers frais dans les montagnes calcaires du Bas-Valais. Leur végétation ressemble à celle des groupements à hautes herbes qu’elles côtoient à l’étage subalpin. La gentiane jaune, dont les tiges fleuries dépassent 1m de hauteur, trouve ici son habitat de prédilection, de même que l’ancolie des Alpes.
- Les pelouses à fétuque bigarrée affectionnent les pentes rocailleuses ensoleillées, en terrain siliceux. Elles se rencontrent principalement au sud du Rhône, dans le val d’Hérens par exemple, mais aussi dans la région d’Aletsch et au-dessus de Salvan, dans la vallée du Trient. La fétuque bigarrée se reconnaît de loin à ses grosses touffes de feuilles raides et pointues sur lesquelles il ne fait pas bon s’asseoir. Nous l’avons déjà rencontrée à basse altitude, dans certaines steppes rocheuses et pinèdes acidophiles. A l’étage alpin, elle s’entoure de plantes aussi diverses que l’anémone soufrée, le laser de Haller, la véronique des rochers et la potentille à grandes fleurs dont les feuilles ressemblent à celle du fraisier.
- Les pelouses à laîche courbée, très répandues, se rencontrent sur des reliefs arrondis, à des altitudes assez élevées. Elles sont liées à des sols relativement acides et secs. Les terrains mamelonnées des alpages de Saint-Luc en offrent de bons exemples.
- La laîche courbée, avec ses petites touffes à feuilles incurvées et un peu piquantes, constitue la trame de ces gazons qui jaunissent en juillet déjà. Sur ce fond très régulier fleurissent des plantes courtes comme le séneçon blanchâtre, le trèfle des Alpes, la raiponce hémisphérique et parfois la viscaire des Alpes, l’androsace couleur de chair, ainsi que la superbe gentiane alpine (à l’ouest du val d’Hérens). Les crêtes sont assez souvent colonisées par une lande à azalée naine; parsemées de lichens, les nattes rases de l’azalée se couvrent de fleurs roses le moment venu.
- Les pelouses à élyna colonisent les endroits les plus froids: revers très raides à haute altitude et croupes ventées, mal protégées par la neige en hiver. Cette végétation spécialisée s’observe par exemple sur les crêtes qui entourent le vallon de Réchy. L’élyna, qui ressemble beaucoup à la laîche courbée, s’accompagne de quelques autres espèces très résistantes au gel comme l’oxytropis de Laponie et un petit lis nain appelé lloydie, ainsi que de nombreux lichens.
Bibliographie
- Pilippe Werner, La Flore, Martigny, 1988
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