Papillon

De Wikivalais

Un soir d’été, un ami paysan et chasseur voyant mon filet à papillons, s’enquiert du succès de chasse. Puis il consulte mon guide où plus de vingt planches en couleur représentent cent quatre-vingt espèces de papillons à l’endroit, à l’envers et séparés selon le sexe. Peu impressionné par mon discours sur la difficulté de distinguer toutes ces espèces, il feuillette le livre, s’arrête sur une figure et déclare que ce papillon vit le long des ruisseaux de montagne. C’était un petit apollon qu’il montrait. Coup de chance me dis-je. Mais, quelques pages plus loin, il tombe en arrêt sur un morio: «Ah, celui-là, on le voit souvent sur des troncs d’arbres blessés». Sans livre et sans professeur, incapable de nommer les espèces, il avait cependant vu l’essentiel.

Légers comme des feuilles, les papillons devraient être emportés au moindre souffle de vent, à la manière des cerfs-volants. Qui a tenté de capturer les grandes espèces comme le manchaon, les mars ou simplement des marbrés ou des piérides, sait qu’il faut les prendre au premier essai! Et voyez la maîtrise du flambé qui parcourt un circuit régulier, revenant sans cesse survoler un arbre dominant, véritable point de rencontre amoureuse, ou celle du grand nâcré mâle qui enveloppe la trajectoire rectiligne de la femelle convoitée par un vol tire-bouchonné.

Certains papillons entreprennent de longs voyages qui les mènent par delà nos sommets enneigés jusque dans le bassin méditerranéen. Par les beaux jours d’automne, on peut les voir franchir des cols comme Emaney, Bretolet ou Balme. Ils n’hésitent pas à survoler les barrages de la rive gauche du Rhône: des vulcains s’élancent courageusement au milieu des lacs des Dix, plein sud, en direction des glaciers étincelants sous le soleil; et plus haut sur les cols, ils se reposent à plusieurs fois pour gagner le sud, au ras du sol, contre le vent.

Cette diversité réjouissante des lépidoptères diurnes en Valais ne doit pas cacher les menaces qui pèsent sur le monde des insectes. Quelques excursions estivales à travers le canton permettent de prendre le pouls de la situation. L’expérience est à la portée de chacun. Une journée suffit pour comparer la richesse en papillons de la plaine à la montagne: le nombre d’individus observés en une heure varie de un à cent selon l’endroit. Les populations de basse altitude sont toutes au bord de l’extinction, c’est qu’un groupe de deux ou trois individus est nettement plus fragile et menacé qu’une population comptant 200 à 300 papillons. Les quelques prairies de fauche de la plaine, les lambeaux de steppes au milieu des vignes n’assurent pas l’avenir de ces insectes très mobiles. Ces îlots de nature, encerclés de zones bâties, de routes ou de cultures intensives, n’hébergent qu’une ou deux espèces de papillons diurnes, parmi les moins exigeantes: le demi-deuil et la mégère des steppes ou la piéride du navet, le myrtil, l’azuré de la bugrane dans les prés.

Pour observer des populations viables, de quelques dizaines ou centaines d’individus, et apercevoir des espèces moins banales comme la grande coronide, l’azuré de l’orobe ou l’azuré bleu-nacré, il faut visiter de sites naturels s’étendant sur plus de dix hectares d’un seul tenant, comme Montorge ou la colline du château de la Soie. Il faut parcourir les grands ensembles encore sauvages s’étirant de la plaine jusqu’au sommet des versants comme à Branson, à Mazembroz, à Magnot, à Salquenen, à Bovernier, ou encore les vastes prairies peu fumées et riches en plantes à fleurs d’Aven, de Savièse ou de Chermignon. C’est là, à mi-coteau et dans les vallées latérales, entre vignes et stations touristiques, que survivent des espèces exclues depuis longtemps déjà de la majeure partie de la plaine du Rhône et de l’ensemble du vignoble…

Les animaux à température variable, les ectothermes qui dépendent du soleil pour réchauffer leur corps, sont tout naturellement bien représentés dans la faune des coteaux secs. Les nombreux phytophages, escargots, criquets, sauterelles. Papillons, alimentent une foule de petits prédateurs, mantes religieuses, mouches asiles, ascalaphes et scorpions, qui poursuivent activement leurs proies, thomises qui les guettent en tenue de camouflage ou fourmis-lions et araignées qui leur tendent des pièges.

C’est ici qu’au printemps puis en été, plus ou moins tôt selon l’altitude, un curieux papillon, l'écaille alpine, fait entendre son vol cliquetant. Le dessin sombre, raies ou taches, sur les ailes d’un jaune lumineux permet de distinguer plusieurs espèces dans ce groupe dont la distribution a été dispersée et modelée par les glaciations.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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