Niverolle alpine

De Wikivalais

Les passereaux alpins sont beaucoup moins farouches que les gallinacés : comme les moineaux en ville, accenteurs alpins, chocards et niverolles picorent les miettes sur les terrasses des restaurants d’altitude. Si les premiers nommés descendent souvent en plaine en hiver, il faut gagner le sommet des pistes ou des cabanes de montagne pour voir les niverolles, ces passereaux noirs et blancs, cousins des moineaux. Quelques villages haut perchés, comme Chandolin ou Villa sur Evolène, en accueillent chaque hiver de grands vols qui descendent rarement au-dessous de la limite des forêts.

Alors que l’accenteur est resté fidèle au rocher pour cacher son nid, chocards et niverolles ont entrepris de nicher dans les constructions. Bien sûr, la plupart des niverolles habitent encore dans les parois rocheuses comme celle de la rive gauche du haut du val de Réchy. Mais tous le sites naturels ne sont pas aussi bien situés que celui-là, au beau milieu des pâturages. En juin, certaines parois sont encore entourées de neige et les vols nourriciers conduisent les niverolles à 1 ou 2 kilomètres de leurs nids. A raison de quatre nourrissage par heure, cela fait près de 90 kilomètres de déplacement par jour et souvent avec plusieurs milliers de mètres de dénivellation.

En nichant dans les bras de pylônes de télésièges et autres constructions au cœur des alpages, les niverolles réduisent la distance et la dénivellation, économisant ainsi leur temps et leur effort de vol. Dès lors, même si les becquées "longue distance" sont plus fournies que les autres, la différence est largement compensée par le nombre de nourrissages plus élevé pour les petits nés dans les constructions humaines. A la Petite-Scheidegg, deux tiers des niverolles ont quitté les rochers pour adopter les nichoirs modernes.

En hiver, les niverolles réunies en grandes bandes désertent de vastes régions pour se rassembler dans les zones les plus favorables, offrant des pentes déneigées, des crêtes ventées et des.rochers-dortoirs aux failles profondes. Elles savent tirer parti des vents pour monter chaque soir dans ces dortoirs aux bonnes conditions thermiques permettant de réduire les pertes nocturnes à seulement…9% du poids de la veille ! Aux avantages d'une moindre humidité (20% de différence), du réservoir de chaleur de la masse rocheuse (jusqu'à 170 C de différence), de l'abri contre le vent d'une faille coudée s'ajoute celui de la facilité de déplacement au petit jour, quand le ventre est vide, pour gagner, à la descente, rapidement et sans fatigue, les sites de nourrissage éloignés parfois de 6 kilomètres. On comprend que chaque individu défende son dortoir ! Dans ce combat pour la meilleure place, les dominants sont avantagés : plus habiles à se nourrir, ils montent les premiers !

Au printemps, des 600 à 800 individus qui hivernent sur 19 km2 à la Petite-Scheidegg, seule une centaine reste sur place pour nicher en petites communautés de 2 à 6 couples. Les autres se dispersent sur plus de 2500 km2, jusqu'au... Simplon!

Quelles que soient les conditions météorologiques, les niverolles construisent leur nid durant la première moitié de mai. La femelle travaille seule, tôt le matin et en soirée, réservant la journée pour se nourrir. C'est encore elle seule qui couve la ponte déposée dès la mi-mai. Bien qu'elle dorme sur les œufs, elle ne les couve vraiment qu'à partir du troisième, et ce, pendant treize jours. Imaginez l'énergie nécessaire pour chauffer une ponte par une température ambiante entre 0 et 100 C. ! Comme elle assume cette rude tâche sans être ravitaillée par le mâle, les œufs se refroidissent pendant ses sorties alimentaires. Même si elle construit un nid particulièrement bien isolé et si les œufs ont un optimum thermique de 4o C inférieur à celui des passereaux (température de couvaison 31 au lieu de 35o C), la femelle doit consacrer 50 % de son énergie aux œufs ! Que surviennent quelques jours de mauvais temps et elle mourra d'épuisement.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

Article connexe



Outils personnels