Mélèze

De Wikivalais

L’arole et le mélèze constituent les forêts les plus élevées dans les régions internes des Alpes, caractérisées par un ensoleillement important, supérieur à la moyenne, et par des froids hivernaux très vifs. Tous deux se restreignent à la chaîne alpine et aux Carpathes, mais s’apparentent à des essences sibériennes. S’il faillait décider d’un arbre-emblème pour le Valais, c’est certainement l’arole qu’il faudrait choisir. En effet, nombre de nos pâturages boisés doivent leur beauté à ces grands arbres sombres se détachant sur fond de sommets enneigés.

Sommaire

Caractères du mélèze

Le mélèze est un arbre majestueux, aérien, s’élançant d’un jet jusqu’à 30-35 m de hauteur. En été, son feuillage vert tendre tranche agréablement avec les tons sombres des autres résineux. A fin octobre, il vire au jaune. L’or des couronnes piège les rayons du soleil. Dans les paysages alpins, mille flammes s’allument sur le fond des ombres qui s’allongent. Le mélèze est le seul conifère européen à perdre ses aiguilles en automne, ce qui lui permet de mieux endurer les grands froids. Il se protège aussi par son écorce qu peut atteindre jusqu’à 20 cm d’épaisseur.

Le mélèze a un tempérament de pionnier. Ses petites graines ailées sont facilement dispersées par le vent. Très exigeant en lumière, il ne germe pas facilement dans la mousse des sous-bois, mais s’implante volontiers sur les terrains nus et supporte le sec. Il apprécie les sols minéraux bien aérés, où l’eau ne stagne pas. C’est le principal colonisateur des moraines, des éboulis et des pâturages peu chargés en altitude.

Il pousse plus vite que l’arole et fait preuve d’une longévité tout aussi remarquable : on s'est aperçu récemment que les arbres d'un magnifique peuplement situé près de Simplon-Village étaient âgés de plus de 1000 ans. Les mélèzes de Balavaux sur Isérables sont les plus grands en Suisse: l'un d’eux mesure 2 m de diamètre! Chaque région possède quelques colosses qui ont probablement été épargnés dans les alpages depuis le Moyen Age.

Il arrive que des massifs entiers virent au brun dès le milieu de l'été, à la suite d'un dessèchement des aiguilles. Ce phénomène se produit lors de fortes pullulation de la tordeuse du mélèze, petit papillon dont les larves se nourrissent d'aiguilles. Les insectes parasites de la tordeuse ne tardent pas à se multiplier à leur tour et à exercer leur rôle régulateur. Ainsi les attaques culminent pendant deux à trois ans, puis disparaissent, mais se reproduisent tous les huit à douze ans, suivant le rythme bien marqué. En Valais, les derniers dégâts remontent à 1952-54, 1963-64, 1971-72, 1980-81.

Le bois de mélèze, rouge et dur sous l’aubier clair, fournit un matériau de construction de première qualité, résistant à la pourriture et aux attaques d’insectes. Nul besoin de traitement, ni de peinture! Les madriers de mélèze, grossièrement équarris à la hache pour les raccards ou merveilleusement ajustés pour les habitations, durent quatre, cinq siècles, et même davantage si le toit reste en bon état. Ils prennent naturellement sous le soleil une couleur foncée, presque noire, aux somptueux reflets rougeoyants.

En résumé, le mélèze ressemble à l’arole pour les conditions de vie, mais s’en distingue par plusieurs avantages significatifs: croissance plus rapide, dispersion des graines plus facile, exigences moindres par rapport au sol. Indispensable à la construction et favorable au maintien de la prairie en sous-bois, il était mieux toléré que l’arole ou l’épicéa. En outre, il profite des clairières et des pâturages boisés créés par l’homme. Voilà sans doute pourquoi le mélèze représente 21 % de la surface forestière du canton et l’arole 3 % seulement.

Répartition du mélèze

Le mélèze peut paraître de prime abord lié aux zones sèches comme l’arole. En réalité, il abonde aussi dans les régions bien arrosées du Tessin et du versant sud des Alpes. A étudier sa répartition de plus près, on s’aperçoit qu’il pousse bien là où le nombre de jours de brouillard est inférieur à 20 par an et là où l’humidité relative de l’air reste en dessous de 75 %. Il atteint son optimum dans les vallées des Vièges, où il représente plus de 70 % du volume de bois sur pied. Cette proportion descend à 25-30 % dans la région des Dranses. L’aire principale s’arrête à la hauteur de Monthey. Au-delà, en direction du lac, le mélèze ne joue plus qu’un rôle marginal. Il se laisse planter sur le Plateau et dans le Jura, mais il devient alors plus exigeant par rapport à la lumière, au sol et à l’altitude.

Forêts de Mélèzes

A l’état naturel, le mélèze forme des forêts pures dans les milieux qui lui offrent des conditions de croissance optimales, c’est-à-dire les moraines, les alluvions et le éboulements à l’intérieur des vallées latérales de la rive gauche du Rhône. Ailleurs, par exemple dans les pâturages boisés ou sur le versant sud du Simplon, les peuplements purs résultent de l’intervention de l’homme qui a favorisé le mélèze, en éliminant l’épicéa qui donne plus d’ombre. Grâce à son couvert léger, le mélèze permet de conserver la flore du pâturage et même d’augmenter la production fourragère dans les régions sèches. Mais il rencontre des problèmes de régénération et de croissance lorsque le sol durcit suite au piétinement par le bétail. Comme nous l’avons vu, le mélèze se rencontre le plus souvent en forêts mélangées avec l’épicéa et l’arole. Il lui arrive même de pousser aux côtés du pin sylvestre, comme c’est le cas au Catogne, à Chandolin ou à Visperterminen.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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