Mégalithisme

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La nécropole mégalithique du Petit-Chasseur à Sion

La découverte, en 1961, d’un ensemble de monuments funéraires mégalithiques au bas de l’avenue du Petit-Chasseur, en ville de Sion, fait rapidement la renommée du Valais préhistorique. Le site est en effet exceptionnel, tant par la richesse des informations livrées que par la qualité esthétique des stèles funéraires – actuellement exposées au Musée cantonal d’archéologie. Décryptée patiemment au fil des années, la nécropole résume la vie d’un groupe de pasteurs-agriculteurs de la fin de Néolithique et du début de l’Age du Bronze. Les deux dolmens les plus anciens sont érigés vers la fin du quatrième millénaire. Soigneusement dressés sur un podium triangulaire en pierres sèches, ils s’orientent vers le nord. L’un des tombeaux livrent les restes de plus de 90 individus, accompagnés d’armes et de parures. A l’origine, des stèles funéraires anthropomorphes se dressaient devant le dolmen. Elles représentent un personnage debout – un ancêtre ou un chef de clan, parfois richement paré de poignards ou de pendeloques en cuivre. Quelques générations plus tard, ce dolmen sera partiellement démonté, et les dalles utilisées pour la construction d’un autre sépulcre.

Au cours du troisième millénaire, de nouveaux monuments sont érigés. Dès 2500 avant J.-C., les défunts sont accompagnés d’un mobilier différent, caractéristique de la culture campaniforme. Les stèles funéraires sont plus affinées, la tête est mieux dégagée ; un vêtement aux riches décors géométriques couvre le haut du corps, où apparaît parfois un arc placé en bandoulière. Par la suite, l’un des grands dolmens à soubassement triangulaire est vidé de son contenu, les os extraits et répandus alentour ; seuls les crânes font l’objet d’un certain ménagement et sont alignées au pied du muret extérieur. De nouvelles dépouilles sont déposées dans le coffre. Plusieurs petites tombes en dalles sont construites à proximité.

Vers 2200 avant J.-C., soit au tout début de l’Age du Bronze, d’importants changements interviennent dans les pratiques, à commencer par la destruction rituelle de l’ensemble de la nécropole. Les os exhumés sont incinérés et le mobilier funéraire dispersé. Ces événements témoigneraient d’un rituel de condamnation de la zone funéraire. La nécropole continuent pourtant à être fréquentée, mais de manière sporadique. Les manifestations se limitent à des dépôts de pierres – des cairns – qui vont petit à petit noyer les monuments, ou à des offrandes de jarres en céramique autour ou dans les tombeaux désaffectés. Enfin, vers 1700 avant J.-C., en plein Age du Bronze ancien, quelques sépultures sont aménagées sur le site, sans que l’on tienne compte de la position des monuments antérieurs. Dès lors, après plus de mille ans d’utilisation, le sanctuaire est définitivement abandonné, tout souvenir de sa fonction disparaît de la mémoire des hommes.

Etude du site

L’étude de l’ensemble funéraire du Petit-Chasseur est l’un des rares exemples où l’analyse fine des témoins archéologiques permet de décrypter une histoire complexe : s’y mêlent ruptures événementielles et lente évolution de la société. Chaque changement dans le domaine de la culture matérielle ou dans le rituel funéraire ne serait pas le fait exclusif d’impulsions externes. Le phénomène mégalithique, manifeste dans la nécropole du Petit-Chasseur, peut exprimer une forte compétition entre chefs de clan ; il indiquerait, dans une société en voie de hiérarchisation, un renforcement des inégalités. La violation du contenu des monuments funéraires et la destruction rituelle des stèles, signes de la désacralisation de personnages ayant acquis pour un temps une position dominante, témoigneraient simplement de rivalités entre certains individus à l’intérieur même d’une communauté.

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002
  • Coll., Dans les Alpes à l'aube du métal, Sion, 1995

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