Image paradoxale (1848-1914)
De Wikivalais.
A la veille de la Première Guerre mondiale, le Valais a atteint un nouveau palier. Il est prêt à faire son entrée dans le monde moderne. Le développement économique des vingt dernières années offre à des couches élargies de la population une relative aisance ; les progrès de l’alphabétisation, une diffusion élargie de la presse et les contacts avec l’étranger (notamment par le biais du tourisme ou de l’industrialisation) ont fait évoluer les mentalités.
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Une image passéiste
Or, c’est à ce moment que les élites intellectuelles suisses se forgent et imposent une image passéiste du Valais.
Aux alentours de 1900, agressés par le nationalisme des Etats voisins, désorientés par la croissance urbaine sans précédent qui bouleverse les paysages, inquiets face aux mouvements sociaux qui se multiplient et qui semblent remettre en cause l’ancien ordre taciturnes, francs, fiers, instinctifs et religieux, social, plusieurs intellectuels suisses s’interrogent, à la recherche d’un identité nationale malaisée à définir. C’est du côté des Alpes qu’ils tournent leur regard, à la recherche d’un ancrage identitaire qu’ils pensent trouver dans le paysan de montagne, qui devient bientôt le modèle du Suisse authentique, tandis que le village de montagne figure un archétype de petite société rurale, pauvre, mais saine et forte, au sein de laquelle règne l’harmonie entre une population et sa terre. Vers 1910, la question de l’identité nationale est discutée dans des revues ou des journaux par de nombreux intellectuels qui s’alarment de l’exode rural et des ravages que le tourisme inflige aux paysages montagnards helvétiques. En défigurant les Alpes, en les dépeuplant, n’est-ce pas le caractère suisse, l’âme nationale elle-même que l’on met en péril ?
Une quête de "suissitude"
Dans cette quête, voilà le Vieux-Pays chanté par les écrivains et les peintres. A les croire, le Valais et les Valaisans offriraient l’image de ce qu’était la Suisse des temps héroïques, paysages vierges et populations d’« alpicoles », durs à la tâche, sobres.
Séjourner dans ce Valais où de plus en plus d’artistes disent aimer à passer leurs vacances, ce serait faire une plongée dans l’état de nature helvétique, ce serait se ressourcer moralement auprès de populations gardiennes des vraies valeurs suisses.
Une image imposée de l'extérieur
Le Valais accepte cette image imposée de l’extérieur qu’on lui présente comme traduisant son identité vraie et profonde. Rares sont ceux qui s’y opposent comme Louis Courthion qui, dans le Confédéré, dénonce l’enjolivement des temps passés. La plupart des Valaisans reprennent à leur compte ces clichés, avec des motivations diverses pourtant. Certains, dans les rangs conservateurs notamment, adhèrent totalement à cette représentation qui correspond à leur propre image fantasmée du canton.
D’autres, plus madrés, savant utiliser une représentation dont ils ne sont pas dupes. On peut par exemple songer aux villageois de Champéry qui créent l’Association du Vieux-Champéry dont les productions et cortèges en costume ancien répondent à la soif de pittoresque des touristes.
Ces clichés vont se renforcer pendant l’entre-deux-guerres alors même que le canton continue sa modernisation, et, malgré les réappropriations parfois malicieuses par les populations locales, ils finissent par former un carcan dont il sera difficile de se libérer plus tard.
Bibliographie
- Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002
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