Hêtre

De Wikivalais

Vues de l’intérieur, les hêtraies sont comme des cathédrales. Les troncs gris et lisses supportent une voûte de feuillage haute. La forêt enveloppe le visiteur. En automne, les frondaisons qui filtrent les rayons du soleil resplendissent comme de l’or. Qui n’a goûté au plaisir de la balade dans cette douce lumière? Comment résister à l’envie de patauger dans les épais tapis de feuilles mortes? Et au printemps, quel bonheur de retrouver le vert tendre des hêtres! En quelques jours, gesses printanières, mercuriales vivaces et aspérules odorantes couvrent le sol et redonnent vie au sous-bois. Ces plantes se développent avant que le feuillage des arbres ne devienne trop dense, profitant des réserves accumulées dans des bulbes et autres organes souterrains. D’autres espèces supportent l’ombre et prennent leur temps; c’est le cas du prénanthe pourpre, de l’épipactis à larges feuilles ou de la néottie nid d’oiseau, orchidée parasite totalement dépourvue de chlorophylle. Autre plante caractéristique des hêtraies, le célèbre lis martagon préfère les lisières et les clairières pour s’épanouir. Mais parlons d’abord des arbres.

Le hêtre a regagné nos régions il y a 5000 ans environ, peu avant l’épicéa, mais après le sapin. Contrairement à ce dernier, il ne s’est pas maintenu en Valais central, car il ne supporte guère le sec, ni les gels intenses. Le hêtre forme aujourd’hui de grandes forêts dans le Jura, sur le Plateau, dans les Préalpes et en Bas-Valais, où il définit les limites de l’étage montagnard. En rive gauche du Rhône, il s’étend encore sur le versant des branches sinueuses d’allure très impressionnante. Ailleurs, sur les pentes raides, l’arbre reste assez court.

Sa présence exceptionnelle dans la basse vallée de la Lizerne s’explique par les courants humides d’ouest qui pénètrent par la région de Derborence. On le retrouve de l’autre côté du Simplon, dans la vallée de Zwischergen, et plus généralement sur tout le versant sud des Alpes. Le hêtre supporte l’ombre. Il se régénère volontiers dans son propre sous-bois. A la limite de son aire de répartition, il pousse volontiers sous le couvert protecteur d’autres arbres, mais sans grandes chances de devenir adulte.

L’aspect de l’arbre varie beaucoup selon les endroits. En Valais, rares sont les sols profonds et riches où les grands fûts rectilignes s’élancent jusqu’à 30 m de hauteur. Les hêtres qui s’accrochent aux vires rocheuses de la vallée de la Lizerne ou des gorges du Trient ont des troncs tordus et des branches sinueuses d’allure très impressionnante. Ailleurs, sur les pentes raides, l’arbre reste assez court. Fournissant un excellent bois de chauffage, il a souvent été traité en taillis se régénérant par rejets de souche. C’est à la coupe des grosses branches que les hêtres de la région de Saint-Gingolph doivent leurs formes étranges. Faisons maintenant plus ample connaissance avec les différents types de hêtraies.

  • La hêtraie à luzule occupe les sols acides. Parmi les hêtraies de terrain calcaire qui dominent dans le Chablais, elle forme de petits îlots liés à des dépôts de moraine acide et reconnaissable à la présence de luzule blanc de neige et de fougère aigle. Sur roche-mère acide, ce type de forêt peut recouvrir de grandes étendues, comme c’est le cas dans la vallée du Trient. La luzule s’accompagne alors volontiers de myrtille, de canche flexueuse, voire de callune. La hêtraie à luzule blanc de neige se retrouve dans la vallée de Zwischbergen et au Tessin. C’est une formation rattachée au sud des Alpes.
  • La hêtraie à gouet correspond à des sols de bas de pente profonds et fertiles. Assez répandue sur le Plateau suisse, elle se limite dans le Chablais à quelques petites surfaces au contact de la plaine. Les plantes qui s’y trouvent sont peu ou pas connues en Valais central. Dès le premier printemps, mercuriales et aspérules forment une végétation de sous-bois particulièrement luxuriante, parsemée de parisettes, d’anémones sylvie et plus rarement de pulmonaires officinales, voire de scilles à deux feuilles. Espèce caractéristique, le gouet déploie en avril-mai ses étranges fourreaux qui piègent les petits insectes. L’ail des ours forme par endroits des parterres immédiatement reconnaissables à l’odeur qu’ils dégagent lorsqu’on les piétine.
  • La hêtraie à céphalanthères se développe sur les rochers et éboulis calcaires des pentes chaudes. Elle se rencontre assez abondamment dans le Chablais, jusqu’à 500 m au-dessus de la plaine, et aussi dans la vallée de la Lizerne. La céphalanthère rouge, la céphalanthère blanchâtre et celle à longues feuilles sont parfois toutes trois au rendez-vous. On retrouve ici quelques touffes de laîche blanche, indicatrices de la nature calcaire et sécharde du milieu, de même que plusieurs espèces qui apprécient la chaleur: chêne pubescent, laurier des bois, ellébore fétide, houx. L’if pousse ça et là sur terre fine, au pied de vires rocheuses; cet arbuste résineux à baies toxiques rappelle un peu le sapin blanc par ses aiguilles.
  • La hêtraie à cardamine domine dans le Chablais, sur les versants calcaires, à partir d’une certaine altitude, et sur les revers trop frais pour la hêtraie à céphalanthères. Elle est par exemple bien répandue au-dessus du Bouveret et de Vérossaz, sur des pentes d’éboulis exposées au nord-est. Elle se caractérise par deux grandes cardamines: celle à cinq folioles et surtout celle à sept folioles. Tandis que l’aspérule odorante déroule ses tapis étoilés sous le couvert des arbres, la grande reine des bois s’épanouit dans les lisières.
  • La hêtraie-sapinière se développe à l’étage montagnard, souvent au-dessus des hêtraies pures et se reconnaît de loin aux taches sombres des résineux sur fond clair de feuillus. Le sapin blanc, que l’épicéa remplace parfois en partie, se mêle au hêtre et peut même devenir dominant. Dans le sous-bois, les plantes compagnes du hêtres se font moins nombreuses. La luzule des bois pousse volontiers parmi les myrtilles et les airelles rouges. En altitude, la hêtraie-sapinière cède progressivement la place aux forêts pures d’épicéas dont il sera question plus loin.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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