Guêpe

De Wikivalais

A fin août, les guêpes se montrent souvent si gênantes qu’elles font les titres des journaux. Certes, un été chaud et sec les favorise, mais elles ne sont guère plus nombreuses à la fin de la saison qu’au début. Leur soudaine présence autour de nos tables a d’autres causes. A cette époque, les jeunes reines sont élevées et commencent leur vie indépendante, cherchant un site pour hiberner : tas de bois, terrier de campagnol, mur en pierres sèches. Les ouvrières, déchargées de leurs soucis, peuvent consacrer leurs dernières semaines de vie à satisfaire leurs goûts d’adultes. Alors qu’elles collectaient du bois pour construire le nid ou des insectes pour nourrir les larves, elles s’intéressent maintenant aux sucreries. Offrez-leur donc un peu de confiture à l’écart de votre table pour vous assurer le calme ! Et, quoi qu’il arrive, ne vous agitez pas !

Un coup d’œil rapide ne permet pas de distinguer la poliste d’une guêpe normale. Mais son nid installé à l’air libre, sur un mur, sur la façade d’un chalet ou simplement accroché à un brin d’herbe ou à un caillou, ne laisse aucun doute, il s’agit bien de cette guêpe pacifique vivant en toutes petites colonies. Son mode de vie à l’air libre permet d’en suivre le cycle annuel, dissimulé chez les bourdons et les guêpes qui construisent leurs rayons sous terre ou dans un galetas. Au printemps, la jeune reine fraîchement réveillée de son sommeil hivernal constitue l’embryon de la future famille. Elle porte en elle la semence des mâles morts sitôt après les accouplements automnaux. Elle s’active, trouve un site à sa convenance et entame la construction d’un nid, une rangée de cellules disposées sur un pédoncule. Elle pond et élève sa première génération de filles, qui à peine nées, aideront la reine à achever la construction et à nourrir les générations suivantes. Mais chez la poliste, le nid n’est jamais bien gros et la colonie ne dépasse pas quelques dizaines d’individus. Ce nid très exposé est à l’origine de bien des désastres : j’ai assisté au pillage de la première génération de jeunes larves par un assaut de fourmis que la reine n’a pas pu repousser. En quelques minutes, les cellules étaient vides.

Au bord du chemin, une sorte de guêpe noire, parfois ornée de rouge, aux ailes agitées de tremblements incessants, creuse un trou, s’en va, tourne à gauche, à droite, rencontre un cadavre d’araignée, l’entraîne par une patte, le dépose à l’entrée du terrier fraîchement creusé, le reprend par l’extrémité de l’abdomen, et disparaît sous terre à reculons, les pattes de l’araignée se refermant au passage du trou, comme en une ultime et vaine prière. Sans avoir vu la capture, nous pouvons être certains que l’araignée vient d’être paralysé avant que le pompile ne creuse son terrier. Au fond du trou, la femelle va pondre un œuf sur sa proie qui sera dévorée paralysée, mais bien vivante. Voilà une façon comme une autre de conserver de la viande fraîche. Les lions sont parfois d’une grande douceur en regard des insectes…Tous les pompiles (environ 120 espèces en Suisse) sont des prédateurs spécialisés dont les femelles nourrissent leurs larves exclusivement d’araignées, leur en donnant une seule à chacune.

Un insecte impressionnant, l'ammophile, rappelant par son abdomen pédonculé et ses pattes pendantes la silhouette d’un hélicoptère de transport ne traîne pas ses proies au sol mais, dans la mesure du possible, les emporte dans les airs, entre ses pattes. Ammophiles et sphécides, qui se différencient par la nervation des ailes et par le choix des proies, essentiellement des chenilles pour les premiers et des criquets pour les seconds, contrairement aux pompiles, creusent le terrier avant de partir en chasse. Un vol circulaire de repérage leur permet de le retrouver alors qu’ils l’ont soigneusement fermé. Certains sphécides pondent dans le bois ou dans les tiges creuses. Ces espèce stockent plusieurs proies paralysées dans chaque nid avant d’y pondre un œuf. Comme les larves cessent de grandir dès qu’il n’y a plus de nourriture, les mieux loties seront plus grandes.

On peut encore parler du bembex, une guêpe terricole, prédatrice d’insectes volants, taons, syrphes. Ces proies agiles ne se laissent pas paralyser et contraignent le prédateur noir et jaune à en apporter régulièrement de fraîches à ses larves. Ce faisant, le bembex adapte la taille des proies à celle de la larve. Pour échapper à d’éventuels parasites, il prend soin à chaque nourrissage de refermer l’entrée ovale du terrier excavé dans terrain sablonneux.

D’autres petits insectes encore, les chrysides aux reflets métalliques éclatants, verts, rouges, bleus, ors, sont de terribles petites guêpes parasites dotées d’une tarière qui lui permet de pondre dans les nids d’autres hyménoptères. Inquiétées, elles se roulent en boule, n’offrant plus que des surfaces cuirassées à leur hôte involontaire.

Tous les insectes fouisseurs ne sont pas des carnivores. Certaines abeilles sauvages constituent de petites colonies : ici, les terriers groupés s’ouvrent comme autant de petits volcans sur le sol d’un chemin : là, ils ressemblent à de minuscules terriers de marmottes.De telles colonies de reproduction ne peuvent laisser les parasites indifférents

Adultes, les guêpes terricole, ammophiles, pompiles et sphex, butinent les fleurs, tout comme les abeilles. Elles ont donc besoin de prairies richement fleuries où elles se trouveront également les proies nécessaires au développement de leurs larves carnivores:chenilles, araignées, sauterelles, etc. C’est pour se reproduire qu’elles fréquentent des espaces de sol dénudé permettant l’excavation d’un terrier où les œufs seront déposés. Elles recherchent alors un sol compact, mais de structure fine pour être creusé, sec et bien ensoleillé pour permettre l’éclosion des œufs. Certains spécialistes creusent leurs terriers uniquement dans des surfaces verticales, bien exposées au sud: talus de loess sur le coteau, couches de sables ou de limons fins dans les anciennes moraines…Les sols humides, rocheux ou graveleux ne leur conviennent pas.

Le dynamisme du paysage, qu’il résulte d’une érosion biologique (marmottes, vaches, mulets, etc.) géologique (rivières, éboulements etc.) ou technique (talus de routes, gravières) est vital pour ces insectes fouisseurs. Toutes les mesures de stabilisation, du goudronnage des chemins à la construction de murs de soutènement, de l’enherbement des talus au simple apport de graviers sur les chaussées, leur sont néfastes. Curieusement, sur les chemins de terre les automobiles causent moins de problèmes que les chevaux qui cassent la couche superficielle et empêchent l’excavation des nids.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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