Graphie commune pour les patois - Voyelles

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Voyelles orales accentuées (ou précédant l'accent)

Si elle porte l'accent du mot, une voyelle fermée est notée par l’accent aigu ; une voyelle ouverte, par l’accent grave, à l'exception de /œ/ qui se note œ. Dans la mesure du possible, une voyelle longue porte l’accent circonflexe ; alternativement, la voyelle est redoublée ; œ long se note . Une voyelle centrale (dite "sourde") porte le tréma ; c'est le cas du "u des Bagnards", ainsi que du son correspondant à celui de e dans le français brebis, parfois dit "e muet" (qui en patois peut porter l'accent du mot). Quand il est accentué, a bref est surmonté d'un accent grave.

Ces signes diacritiques sont optionnels dans les syllabes précédant l'accent du mot, ainsi que dans les mots d'une seule syllabe.

Ainsi :

Description Notation Exemples
/a/ comme dans le français patte à (Les Agettes) fàdha, brebis
/ɑ:/ (long) comme dans le français pâte â (Bagnes) fâva, fève
/e/ comme dans le français thé é (La Bâtiaz) tsâté, château
(Chippis) féss, (le) fils
/e:/ (long) comme dans le français année ou l'allemand Schnee éé (Bovernier) tsééna, chaîne
/ɛ/ comme dans le français fillette è (Premploz) fanè, fenouil
(Finhaut) filyèta, fillette
/ɛ:/ comme dans le français air, fête ê (Bagnes) ê, air
/ə/ comme dans le français brebis (parfois dit "e muet") ë (Ayent) chënndre, cendres
(Martigny-Bourg) Rëva, Revaz (nom de famille)
(Mex) komouëna, commune
/i/ comme dans le français pris í (Ayent) aína, avoine
/i:/ comme dans le français bise î (Nax) galyoupî, rhododendron
(Lens) fîre, foire
/ɪ/ (i relâché) ì (Les Agettes) bìss, bisse
/ɪ:/ (long) ìì (Lens) fììre, faire
/o/ comme dans le français numéro ó (Massongex) thartó, cellier
(Mase) farók, crâneur
/o:/ (long) comme dans le français pôle ô (Martigny-Ville) klô, clé
(Finhaut) gôtse, gauche
/ɔ/ comme dans le français botte ò (Leytron) fargò, fagot
(Collonges) bòta, soulier
/ɔ:/ comme dans le français bord òò (Hérémence) Zòòrzo, Georges
/ø/ comme dans le français bleu (Dorénaz) fleú, fleur
/ø:/ (long) comme dans le français jeûne (Le Broccard) feûra, dehors
/œ/ comme dans le français œil œ (Le Châtelard) prœ, assez
/œ:/ comme dans le français heure (Champéry) fœrmyeù, biseau
/u/ comme dans le français loup (Arbaz) boú, bois
/u:/ comme dans le français lourd (Salins) Roûda, Rudaz (nom de famille)
/ʊ/ (ou relâché) (Hérémence) fortoùna, fortune
/y/ comme dans le français lu ú (Liddes) fodú, feuillu
/y:/ comme dans le français mûr û (Sembrancher) , mûr
/ʏ/ (u relâché) ù (Trient) lùna, lune
(Évolène) rébùna, carotte
(Lens) koùrtù, jardin
/ʉ/ (intermédiaire entre u et ou) ü (Nendaz) dzüdzo, juge
(Veysonnaz) dezü, jeudi

Diphtongues

Une diphtongue se note par la juxtaposition des deux voyelles qui la forment. Pour éviter une lecture erronée, on place si possible un signe diacritique sur la première, mais jamais sur la seconde. La longueur n'est pas notée.

Ainsi :

Description Notation Exemples
de à en direction de i ài (Praz-de-Fort) dzàivre, givre
(Fully) màinô, enfant
de a en direction de ou àou (Saint-Gingolph) dyènàou, genou
de â en direction de a âa (Savièse) kâa, quart
de è en direction de i èi (Venthône) flyègèi, fléau
(Nendaz) mèizòn, maison
de é en direction de i éi (Les Marécottes) dzéi, geai
de é en direction de e ée (Collombey) fyée, fier
de œ en direction de u œu (Vétroz) pfœu, il pleut
(Isérables) bœu, étable
de en direction de u eúu (Isérables) beúu, creux
de ò en direction de i òi (Val-d'Illiez) partòi, partir
de ò en direction de ou òou (Grimentz) ròouja, (la) rose
de ó en direction de ou óou (Mollens) ouardóour, gardien de bétail

Voyelles nasales accentuées (ou précédant l'accent)

Dans les nasales, la voyelle note le timbre sous-jacent, et n indique la nasalité. Ce principe vaut aussi pour le son /ɛ̃/ (dont le correspondant français s'écrit in dans pin, ein dans teinte, en dans soutien, ain dans pain, etc.) ; son timbre sous-jacent est è, on le note donc èn.

Pour noter une voyelle nasale dont le timbre sous-jacent est i (inconnue dans le Bas-Valais mais répandue dans le Valais central), on évite la simple combinaison in (qui risquerait d'être lue /ɛ̃/ !) en plaçant un tréma sur le i.

On peut noter le son /ŋ/ (comme dans l'allemand Ring), qui apparaît à la fin des voyelles nasales dans certains patois, par l'ajout d'un -g.

Si la voyelle nasale est suivie de la consonne n, on sépare l'une de l'autre par un trait d'union.

Les signes diacritiques sont optionnels dans les syllabes précédant l'accent du mot, ainsi que dans les mots d'une seule syllabe.

La longueur des voyelles nasales n'est pas précisée.

Ainsi :

Timbre sous-jacent Notation Exemples
à àn (Euseigne) dèmàn, demain
(Vex) plàn-na, plaine
(Grône) fang, faim
(Anniviers) làng-na, laine
è èn (Nendaz) tèn, temps
(Saint-Maurice) fèndèn, fendant
(Saxon) frèndze, tranche-caillé
(Saint-Luc) fèng, foins
é én (Chermignon) bén, bien
ë ën¨ (Nendaz) matën, matin
í, ì ïn (Évolène) vïn, vin
(Icogne) moulïng, moulin
ó ón (Isérables) ón, un
ò òn (Pinsec) aranyòng, géranium
(Le Trétien) bròn-na, brune
(Monthey) flon, tarte
oùn (Martigny-Combe) damoùn, en haut
èi èïn (Liddes) matèïn, matin
(Trient) mèïnzòn, maison

Syllabes finales non accentuées

Dans les syllabes finales non accentuées, les voyelles sont dépourvues de tout signe diacritique.

Ainsi :

Correspondante accentuée Notation Exemples
à -a (Saillon) dzëma, gemme
é, è, ë -e (Chippis) félhe, 'fille
(Chippis) félhe,
filles
í, ì -i (Bagnes) medzyëri, (vous) mangeriez
(Grimentz) fìlhi, fille
ó, ò -o (Réchy) pîbro, poivre
-ou (Ayent) zèèrlou, hotte
ù -u (Évolène) fùtsu-foua, semeur de discorde (boute-feu)
èn -en (Sarreyer) fàjen, nous faisons
òn -on (Bruson) fàzon, ils font
ònn -onn (Saint-Luc) fàjonn, ils font

Sources

  • L'Ami du Patois, année 36, n° 143 (septembre 2009), p. 93-103.

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