Glaciations du Pléistocène

De Wikivalais

La théorie des glaciations est née en Valais du début du siècle dernier. Venetz, père de cette théorie, est certainement le plus universellement connu des naturalistes valaisans.

L'exploration géologique de l'Europe avait débuté dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. H.-B. de Saussure, comme beaucoup de ses collègues, s'était achoppé à un problème qui, pour n'être pas majeur, n'en était pas moins agaçant: comment avaient été transportés ces blocs voyageurs (erratiques) tels ceux de granite du Mont-Blanc présents jusque dans le Jura ? Les mythes du Déluge, encore considérés comme vérités scientifiques, avaient inspiré plusieurs explications, toutes insatisfaisantes.

A peu près à la même époque, soit au début du XIXe siècle, les glaciers alpins entrèrent en crue, causant pas mal de dégâts dans plusieurs vallées, menaçant partout ouvrages et installations humaines: ponts, chemins, prises d'eau pour les bisses. Témoins de ces mouvements des glaciers, il est possible que des habitants de nos vallées aient noté la trace d'anciens glaciers très en aval dans les vallées, mais un seul cas nous en est parvenu grâce à Venetz. L'histoire vaut d'être racontée, car elle montre qu'il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées: encore faut-il le faire savoir et en convaincre le monde scientifique officiel.

Ignace Venetz (1788-1859), garçon intelligent issu d'une famille originaire de la vallée de Saas, réussit à mener à terme des études d'ingénieur, ce qui lui permet d'occuper le poste d'ingénieur de l'Etat, d'abord Département du Simplon, puis canton suisse. Grâce à ce poste et à un infatigable talent d'observateur, il se familiarisa avec nos glaciers, si bien que son mémoire sur la question se vit couronnée et doté d'un prix de 300 francs en 1821. Il faut préciser que les autorités d'alors, inquiètes des fluctuations glaciaires, avaient mis ce thème au concours. C'est là qu'intervient un paysan de nos montagnes, Jean-Pierre Perraudin (1767-1858), de Lourtier. En 1818, le glacier de Giétroz avait barré la vallée de Bagnes à peu près à l'emplacement de l'actuel barrage de Mauvoisin, créant un lac menaçant toute la vallée de Bagnes. Venetz fut envoyé sur place pour tenter de limiter les dégâts. Hébergé et conduit par J.-P. Perraudin, il eut l'occasion d'entendre ce dernier lui démontrer que les glaciers étaient une fois descendus jusqu'à Martigny: surfaces polies par le glacier, blocs erratiques, anciennes crêtes morainiques, rien n'avait échappé à cet observateur perspicace.

Le génie de Venetz a été d'abord de se laisser convaincre, puis d'étayer très systématiquement l'hypothèse de Perraudin, ce qui apparaît bien dans le mémoire de 1821. Deuxième trait de génie: Venetz étend l'explication à l'ensemble de la chaîne et imagine des glaciers atteignant le Jura.

Il était écrit que le Valais serait la scène où allait se jouer toute cette affaire: en 1829, lors d'une séance de la Société helvétique des Sciences Naturelles tenue au Grand-Saint-Bernard, Venetz présente son explication globale au monde scientifique. Ce fut un beau tollé ! Il est maintenant difficile d'imaginer à quel point cette hypothèse était scandaleuse. L'idée du Déluge occupait encore tous les esprits et des exemples de grands glaciers, tels ceux de l'Antarctique et du Groenland, étaient encore totalement inconnus. Et Venetz n'était qu'un modeste ingénieur sans poids face au scepticisme du monde savant. Par chance, il entretenait une amitié fructueuse avec Jean de Charpentier, directeur des Mines et Salines de Bex, qui, lui, était un savant reconnu. Très vite persuadé de la justesse des vues de Venetz, de Charpentier publia en 1841 son Essai sur les glaciers, premier traité de glaciologie du Quaternaire, assurant ainsi la carrière de cette théorie qui, de toute façon, aurait fini par s'imposer. Venetz eut ainsi la satisfaction de voir sa théorie triompher, bien que, pris par son travail alimentaire il n'ait jamais trouvé le temps de se consacrer complètement à ses recherches: son œuvre maîtresse fut publiée par ses amis, après sa mort.

Bibliograhie

  • Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994

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