Follatères aujourd'hui et demain

De Wikivalais.

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Aujourd'hui

Il n’est guère possible de parler des Follatères aujourd’hui sans évoquer la marque de plus en plus profonde des activités humaines sur le site. Cette influence est multiple et varie d’un endroit à l’autre. En outre elle se modifie continuellement avec les changements de mode de vie et de pratiques agricoles. Ici comme ailleurs, on peut pourtant reconnaître deux grandes étapes dans l’évolution des relations entre l’homme et son environnement.

Les premiers stades de l’établissement humain ne portent guère préjudice à la majorité des espèces sauvages. Leurs refuges sont épargnés par une exploitation extensive des terrains les plus faciles d’accès. Cet avatar a même du bon, puisqu’il permet à de nouvelles espèces de s’installer dans les milieux perturbés. Les Follatères doivent ainsi une partie de leur richesse floristique à la présence humaine : la Bardanette et plusieurs autres annuelles rares ne croissent qu’au bord des vignes. Le Cynoglosse et les Bardanes ne peuvent survivre sans le mouton, que disperse leurs graines et fume leur sol. Les « mauvaises herbes », les plantes de reposoirs à bétail et les insectes qui s’en nourrissent ne peuvent exister sans certaines pratiques traditionnelles. Au cours des siècle s’est donc établi un compromis entre les besoins de l’homme et les droits de la nature, la régression des espèces les plus fragiles étant en partie compensée par l’arrivée de nouveaux éléments, Un partage qui respecte et augmente même la diversité du site.

Malheureusement ce tableau bucolique appartient déjà au passé. L’appauvrissement progressif de la faune et de la flore est un fait que relèvent tous les vieux habitués des Follatères. Tout semble indiquer qu’un seuil a été dépassé, au-delà duquel la pression humaine tend à faire disparaître les espèces qui ne lui sont pas directement utiles.

Ce sont surtout les entomologistes qui parlent de l’endroit avec nostalgie en se remémorant les talus de route criblés de nids d’abeilles sauvages, le cortège des papillons et des coléoptères méridionaux qui atteignaient ici leur limite septentrionale.

« Les étudiants reviennent enchantés de leur excursion parce qu’ils ont entendu crisser des cigales et chanter des rossignols, vu quelques beaux papillons, des Mantes religieuses et attrapé, à défaut d’insectes, de cuisants coups de soleil. Mais l’entomologiste que je suis a comme un goût amer dans la bouche. Son cœur se serre, un monde a disparu : plus de Mylabres, plus d’Anomala, de Scolies, de Syntomis et de bien d’autres espèces citées plus haut. » Ainsi parle le professeur Jacques Aubert, en évoquant l’évolution des Follatères entre 1939 et 1983.

Nul doute que l’apparition généralisée des pesticides dans les cultures et les traitements de grande envergure contre le hanneton ont tout en éloignant le spectre des ravageurs, sonné le glas d’un grand nombre d’insectes fragiles et localisés.

Sans être aussi affligeante, la situation des plantes inquiète elle aussi, surtout à basse altitude. Si les rochers et les forêts ont relativement peu changé depuis un siècle, le périmètre qui englobe les cultures s’est quant à lui profondément modifié. Or cette facette du paysage était précisément l’une des plus diversifiée, résultat bien involontaire de pratiques séculaires et modérées.

Conséquence de ces transformations rapides, les espèces liées au pâturage extensif,à la friche ou aux cultures sarclées ont fortement régressé. Comme beaucoup d’insectes, la Passerine annuelle, la Renoncule des champs et bien d’autre plantes, que Gams récoltait encore au début du siècle, appartiennent elles aussi au passé.

Demain

Les Follatères sont désormais à la merci de l’homme : les engins modernes lui permettent de remodeler le paysage à sa guise, de planifier des vignes sur les coteaux les plus ingrats, de remplacer les sentiers par des chemins goudronnés. Avec les produits de synthèse il peut d’un simple geste éradiquer les herbes folles et les insectes inutiles.

On n’a malheureusement pas toujours conscience de ce nouveau pouvoir, ni de la fragilité des espèces auxquelles on ne prête pas attention. Souvent aussi on ignore que la destruction des populations relictes est irréversible, puisque les communications avec les foyers méditerranéens ou orientaux, qui avaient permis la colonisation du Valais, sont rompues depuis des millénaires par l’évolution du climat et des sols. La plupart de ces organismes étaient présents lorsque l’homme s’installa pour la première fois en Valais. D’autres apparurent au fil des siècles dans le paysage modelé par les cultures en terrasses et le pâturage extensif.

Il suffit aujourd’hui d’un caprice, d’un geste maladroit, pour condamner ces témoins muets du passé, qui tant bien que mal survivent sur quelques arpents. Conscients de cette précarité, les milieux de protection de la nature et les autorités de Dorénaz et Fully ont déjà pris d’heureuses mesures de protection.

Mais la sauvegarde du site paraît d’autant plus délicate à assurer que sa richesse repose en partie sur un équilibre fragile entre les activités humaines traditionnelles et le milieu naturel. Elle ne peut se concevoir sans la sympathie et la bonne volonté des premiers héritiers de ce patrimoine, les vignerons et habitants de la région. Ils en tiennent l’avenir entre leurs mains.

Certes, il n’est pas toujours facile de déceler l’intérêt d’un talus terreux adossé aux murs de vignes, d’une pelouse rocheuse ou d’une forêt buissonnante. Mais si on prend la peine de se mettre à l’échelle des êtres qu’on observe, on découvre bien vite mille raisons de s’attarder dans cet univers à la fois exotique et familier.

Bibliographie

  • Raymond Delarze, Les Follatères grandeur nature, Martigny, 1988

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