Flore valaisanne

De Wikivalais

Le Valais se distingue de beaucoup d’autres régions d’Europe par une extraordinaire diversité de paysages. Quel contraste entre les bords du lac Léman et le glacier du Rhône, entre la plaine habitée et les sommets déserts et enneigés à plus de 4000 m, entre les coteaux secs et les fonds de vallées humides!

Pareille diversité de conditions de vie se traduit immanquablement par une exceptionnelle richesse de la flore. A tous moments de l’année, sauf en hiver, il se trouve des endroits où les fleurs s’épanouissent à profusion. Cette richesse s’explique aussi par d’autres facteurs comme le climat particulier de la vallée du Rhône, la présence de grands espaces pratiquement sauvages et l’étendue des forêts naturelles.

Sommaire

Histoire de la végétation

Jusquiame

Avant de parler de la flore actuelle, il faut s’intéresser à ses origines. Depuis toujours, la végétation s’est adaptée aux conditions du moment. Les roches carbonifères de Dorénaz contiennent par exemple des fragments de prêles et de fougères arborescentes, vestiges d’une autre époque. Des plantes nouvelles sont nées des bouleversements climatiques et géologiques qui ont marqué l’histoire de la Terre. Ainsi, la richesse floristique du Valais actuel provient en grande partie d’un passé mouvementé.

La flore du tertiaire

Remontons au début de l’époque tertiaire, qui a commencé il y a quelque 60 millions d’années. Le climat de l’Europe centrale était alors beaucoup plus chaud qu’aujourd’hui. De véritables forêts tropicales recouvraient les terres émergées. Les fossiles conservés dans la molasse ont permis de reconnaître lauriers, magnolias, camphriers, tulipiers, sumacs et palmiers-dattiers, entre autres. Ces végétaux à feuilles persistantes se mêlaient à des essences de climat tempéré pour former des forêts très riches, comme il en existe encore au sud-est des Etats-Unis et dans certaines régions de Chine. Vers le milieu du Tertiaire, les Alpes se soulèvent et le climat recommence à se refroidir. La végétation change. Une flore nouvelle apparaît sur les montagnes en formation.

Les glaciations

Le Quaternaire, période dans laquelle nous vivons a commencé il y a 2 millions d’années environ par un refroidissement brusque et inexpliqué. Dès lors, six glaciations au moins se sont succédées, entrecoupées d’intermèdes plus ou moins propices à la recolonisation végétale. La glaciation de Würm a pris fin il y a 16 000 ans à peine, mais rien n’indique que ce soit vraiment la dernière. Pendant cette période, toutes les Alpes étaient recouvertes de glace, à l’exception de quelques sommets préalpins et de quelques pentes ensoleillées ou verticales qui ont joué le rôle très important de massifs-refuge pour une partie de la flore. Les plantes inadaptées aux rigueurs du climat ont survécu dans les plaines du sud et du nord des Alpes, quand elles n’ont pas disparu. Ainsi, les glaciations ont considérablement appauvri la flore des forêts tempérées. Mais d’un autre côté, elles ont contribué à enrichir la flore alpine: des espèces nouvelles sont apparues à la suite du morcellement répété des aires de répartition et de l’accroissement des échanges avec d’autres chaînes de montagnes et avec les régions arctiques.

Le repeuplement postglaciaire

Grâce à l’analyse des pollens conservés à l’abri de l’oxygène dans les tourbes et les sédiments lacustres, on connaît assez précisément l’évolution de la végétation et, par ce biais, celle du climat après la dernière glaciation. Les tourbières sont ainsi de véritables banques de données, qui n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Or, à cause de son climat sec, le Valais est relativement pauvre en tourbières. De plus, il s’agit de trouver des endroits avec des couches de sédiments épaisses et non mélangées pour les sondages. C’est pourquoi les rares lieux propices méritent d’être conservés avec le plus grand respect.

Les résultats les plus complets proviennent du lac de Montorge, près de Sion. D’autres analyses polliniques ont eu lieu au lac de Champex, à la plaine de Tortin à Nendaz, à l’étang d’Ycor à Montana (transformé depuis), au lac de Grächen, au Bonigersee et à Hellela au-dessus de Viège, dans la région d’Aletsch et au Simplon. A partir de ces données, on peut essayer de reconstituer l’évolution de la végétation sur un transect Mont d’Orge – Mayens de Conthey – La Fava. Laissons de côté les fluctuations climatiques secondaires pour ne présenter que les grandes tendances des périodes les plus importantes.

Au Tardiglaciaire (- 13 000 à - 10 000 ans)

Il fait encore froid et sec. Une végétation steppique clairsemée colonise les vastes étendues de cailloux récemment abandonnées par la glace. Puis les premiers arbres s’installent: pins et bouleaux forment un paysage de toundra entrecoupée de steppe jusqu’à 1400 m d’altitude.

Au Boréal (- 9000 à - 8000 ans)

Cette forêt primitive s’épaissit et monte plus haut. Les premiers mélèzes font leur apparition, à partir de leurs refuges du sud des Alpes. Des forêts riveraines de saules et de peupliers s’installent en plaine.

Au cours de l’Atlantique (- 7000 à - 5000 ans)

Le climat devient humide et même plus chaud qu'à l'époque actuelle. Chênes, ormes, érables et autres feuillus de la chênaie mixte s'implantent sur les pentes les mieux exposées. Le pin sylvestre subsiste dans les endroits secs et frais. Plus haut, la zone des brouillards est colonisée par le sapin blanc venu du sud des Alpes. La limite supérieure de la forêt bat tous les records d'altitude et dépasse de 200 m son niveau actuel.

Entre le Subboréal et le Subatlantique (- 3000 à - 2000 ans)

Le climat chaud et sec devient plus froid et humide. La végétation correspond à peu près à ce qu'elle est aujourd'hui, sans les défrichements. La forêt en général et les chênaies en particulier perdent un peu d'altitude. Venu de l'est, l'épicéa tend à remplacer le sapin. Il avance encore à l'heure actuelle vers l'ouest, à raison de 30 m par année dans les Pyrénées.

En conclusion, le Valais se distingue des régions voisines du nord et du sud des Alpes par un certain décalage dans l'évolution de la végétation et par la persistance de pinèdes étendues.

Influences humaines

Les premières traces de l'homme en Valais, après la dernière glaciation, furent découvertes dans un abri sous roche près de Vionnaz. Elles remontent à 8500 ans. Les chasseurs-cueilleurs de cette époque n'ont pratiquement pas influencé la végétation.

Les premiers agriculteurs-éleveurs du Néolithique sont arrivés du sud des Alpes quelque 1000 ans plus tard, profitant du climat favorable de la période atlantique. Dès ce moment, des défrichements interviennent dans les chênaies, comme le montrent les analyses polliniques du lac de Montorge: les pollens d'arbres deviennent moins abondants, tandis qu'apparaissent les premières traces des plantes des pâturages et des champs de céréales. Au début, les quelques sites habités se concentraient probablement à proximité de la plaine. L'Age du Bronze, dont le début remonte à 4300 ans, marque la conquête définitive des territoires d'altitude. Les cultures de céréales gagnent l'étage montagnard. Les forêts d'altitude sont en partie défrichées pour la création de pâturages d'été.

Ces défrichements ont favorisé le développement de l'épicéa au détriment du sapin et de l'arole. D'ailleurs, le sapin s'observe encore aujourd'hui dans des endroits plutôt difficiles d'accès. Passé l'Age du Bronze, il n'y a pas de changement fondamental à signaler dans le mode d'exploitation des terres, si ce n'est l'apparition massive de la vigne, vers l'an 500 de notre ère.

Plusieurs avantages ont joué pendant longtemps en faveur des régions de montagne: relative sécurité en période de troubles, profusion d'eau, possibilité de mettre à profit les différences d'altitude. Les ressources du territoire ont été utilisées au maximum à certaines périodes. Pour le XIXe siècle, on peut même parler de surexploitation, à considérer les conséquences dramatiques qui nous sont rapportées: avalanches, éboulements, érosion. Ce phénomène s'explique non seulement par le développement de la population paysanne valaisanne, mais aussi par le refroidissement du "Petit Age glaciaire".

L'agriculture de l'époque n'excluait pourtant jamais la nature et les premiers botanistes ont tout de suite relevé les richesses de la flore des prairies et des cultures. Aujourd'hui, plusieurs problèmes se posent pour la végétation du canton: assèchement de la plaine, élimination quasi totale de la couverture végétale et des surfaces marginales dans les cultures modernes, extension des friches sur les coteaux secs, pollution atmosphérique, développement immodéré des constructions. Freiner l'appauvrissement de la flore et assurer la place nécessaire à la survie des plantes rares devient une tâche urgente.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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