Fauvette

De Wikivalais

Dans la région de Loèche, une fauvette du sud, l'orphée, à l’œil cerclé d’ivoire et au chant inoubliable, habite certaines vieilles haies. Elle revient chaque année en tout petit nombre, fidèle à son canton. C’est à peine si un chanteur a été entendu une fois dans la région de Vex. Joyau des bocages toscans, puisse-t-elle revenir encore longtemps nous dire la fragile beauté de ce pays !

L’avifaune des marais compte aussi les passereaux des roselières, plus discrets : les rousserolles, ces fauvettes qui pondent leurs œufs dans une espèce de hamac, un nid tressé suspendu à quelques tiges de roseaux, le bruant des roseaux qui cache le sien au sol et enfin, la mésange rémiz qui construit une sorte de chausson suspendu à une branche.

Nos trois rousseroles se partagent de milieux différents ; elles illustrent le principe d’exclusion écologique. Spécialistes de la végétation palustre herbacée, elles affectionnent les tiges verticales le long desquelles elles se déplacent avec aisance. La turdoide, la plus grande, colonise les roselières inondées en bordure d’un plan d’eau libre. Ceci explique sa rareté en Valais où cinq sites seulement semblent avoir été habités durant la seconde moitié de ce siècle : Loèche (2-3 couples), Finges (1 couple), Géronde (avant que ses rives ne soient transformées en plages), Pouta-Fontana (3 couples), et Montorge (1 couple). Arrivant dès la fin avril, avant la pousse des roseaux, elle évite les zones fauchées à moins que des buissons ne lui offrent des postes de chant. Mais peut-on vraiment qualifier de chant ces appels âpres, saccadés, si bruyants qu’on peut entendre depuis la digue du Rhône les mâles cantonnés 250 m plus loin, au-delà du canal de Pouta-Fontana !

Plus discrète, l’effarvatte est prompte à disparaître dans la végétation. Elle se signale par son chant, moins râpeux que celui de la turdoïde, mais moins mélodieux que celui de la verderolle.

Modèle réduit de la turdoïde, elle est moins exigeante : Pouta-Fontana héberge près de la moitié des effectifs valaisans (32 couples en 1991), mais elle se reproduit également à Loèche (10-20 couples), à Finges (2-3 couples), à Montorge (10 couples), à Ardon (1 couple), à Saxon (3-5 couples) et dans le Chablais. Enfin, elle a déjà colonisé des roselières toutes neuves sur la rive de certains bassins de l’autoroute.

La verderolle se distingue de sa cousine l’effarvatte par la voix, plus mélodieuse, capable de pots-pourris étonnants où l’on reconnaît des strophes empruntées au tarier, au moineau, au chardonneret et à l’hirondelle de cheminée, par exemple. Elle se tient dans les roselières envahies de buissons à la périphérie des marais ou dans les prairies marécageuses à reines-des-prés, eupatoires, lysimaques et autres grandes herbes, ce qui explique qu’elle est aussi abondante à Ardon qu’à Pouta-Fontana ! Cette fauvette, qui attend que les herbes de son biotope soient hautes pour revenir, évite les canaux désormais tondus. De petites populations vivent en montagne, notamment au val Ferret. A Vercorin, à Verbier et aux Mayens-de-Riddes, les sites qu’elle affectionnait ont été détruits récemment par des lotissements ou de améliorations foncières…Sa disparition de plaine a entraîné un effondrement des populations de coucou : ce dernier qui pond ses œufs principalement dans les nids de rousserolles, ne dispose plus désormais en plaine que des marais avec leurs effarvattes. Selon Fatio, la verderolle était répandue autrefois dans les chenevières, par exemple entre Vex et Hérémence en 1864

La fauvette babillarde et sa consoeur la grisette ont vécu une aventure semblable. Lors des glaciations, la fauvette ancestrale s’est certainement réfugiée dans deux régions séparées du sud de l’Europe. Les populations isolées ont divergé: aujourd’hui, la fauvette babillarde habite l’Europe orientale et les biotopes d’altitude, tandis que la grisette fréquente les friches de plaine, essentiellement en Europe de l’Ouest. La première gagne le sud en hiver par le Bosphore, tandis que la seconde nous revient au printemps par Gibraltar, suivant les chemins probables de leurs retraites d’alors.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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