Famille, parenté, solidarité au Moyen Age

De Wikivalais

Depuis le début du XIVe siècle les documents laissés en grandes quantités par les notaires permettent à l’historien ses premières explorations dans le monde de la famille, de la parenté et des solidarités qui structurent la société valaisanne, en particulier dans le milieu des paysans d’un certain niveau socio-économique.

Sommaire

La famille

Pour décrire ce qu’on entend aujourd’hui par « famille », ceux qui écrivent dans le Valais du XIVe et du XVe siècle utilisent le mot « feu » (focus) qui subsiste à travers le terme « foyer ». Un feu se constitue autour du couple ; les enfants mariés ne s’établissent que rarement de leur côté. Il s’agit plus précisément, en particulier à la campagne, d’une petite cellule d’activité économique, dans le cadre de laquelle on produit une bonne partie des biens nécessaires aux besoins des membres de la maisonnée. Ces derniers fournissent l’essentiel de la main d’œuvre, aidés pour les gros travaux par des domestiques. L’autosuffisance n’est cependant que rarement atteinte : le manque de terres et d’outils, sans compter les prélèvements seigneuriaux qui entament le capital familial, amène souvent les paysans à faire appel à d’autres personnes. La vie économique des familles valaisannes de la fin du Moyen Age est le fruit de combinaisons subtiles et d’équilibres fragiles ; il faut imaginer comme des compagnons fidèles l’angoisse du lendemain, la crainte du petit incident tournant très vite à la catastrophe.

Chaque famille occupe un rang, un état (status), défini en fonction de critères aussi variés que la réputation (fama), l’ancienneté dans le lieu, le tissu des amitiés, la participation à la vie publique, le poids démographique, le niveau des richesses en terres ou en deniers. Le chef de famille possède la lourde responsabilité du nom et de la réputation : cette minuscule monarchie a une loi fondamentale qu’on pourrait baptiser « raison de famille ». Par exemple, aucun mariage ne saurait être célébrer sans l’approbation de celui qui la dirige.

Les parents et les amis

Autour de chaque maisonnée gravite un groupe désigné en général dans les textes comme les « parents et amis ». Ces derniers sont très présents dans certaines circonstances, notamment quand le chef d’une famille doit prendre une décision qui n’engage pas que les siens. Ils peuvent aider à trancher un cas litigieux qu’il ne vaut mieux pas présenter à la justice seigneuriale : viol, vendetta… Les parents et amis se manifestent également lors des exécutions, pour demander un mode de mise à mort moins infamant que la pendaison, la noyade par exemple.

Si on ne peut parler d’individualisme dans une société aussi soumise à la « raison de famille », il ne faut cependant pas surestimer l’esprit coopératif dans ce que les ethnologues appellent la civilisation alpine traditionnelle. Beaucoup d’associations ont un but économique.

Les solidarités

Dans la société valaisanne des XIVe et XVe siècles, les familles sont censées prendre en charge ceux de leurs membres qui connaissent des difficultés ; les solidarités extérieures n’entrent en jeux que si ces familles ne sont pas en mesure de jouer leur rôle social. L’entente joue également, de manière plus négative, contre un individu qui suscite de la jalousie, ou contre un groupe singularisé par sa langue ou sa religion, comme les juifs de Monthey persécutés en 1349, ou les Ossolans dont les gens de Martigny supplient en 1468 le duc de Savoie de les débarrasser.

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002

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