Fête-Dieu à Savièse

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Sommaire

Résumé

La Fête-Dieu de Savièse, situé au centre du Valais, est organisée en alternance entre les villages de la commune, sous forme d’un tournus de cinq ans. La fête commence vers 5h avec la diane (le réveil des chefs). Les tambours jouent devant la maison des neuf membres du comité. A 7h30, la compagnie se rassemble au centre du village ou, si la Fête est organisée par Saint-Germain, devant la Maison communale où flotte la bannière de Savièse. La compagnie procède à la prise de l’esponton devant la maison du capétan ainsi que de la bannière du village chez le banneret. Ce cérémonial est accompagné des sons de la marche au drapeau. A 9h, les groupes de musique, les grenadiers, les gardes pontificaux et les militaires se dirigent vers l’église en intégrant au cortège les femmes en costume, les « tsanbris », les « tsanbrides » et les petits saints (groupe d’enfants). L’entrée dans l’église signe le changement du défilé et du rythme. Suit la grand-messe.

La procession est le temps fort de cet événement durant lequel le Saint-Sacrement dans l’ostensoir (le corps du Christ dans sa forme symbolique de l’hostie) est porté à travers le village de St-Germain avec une petite halte au reposoir. Par la conjugaison d’une multitude d’éléments provenant de l’art verbal, musical, chorégraphique et visuel, l’événement s’apparente à une forme de spectacle. La partie profane de la fête commence avec le repas de midi partagé en commun. Elle est interrompue vers 15h par la cérémonie des vêpres à l’église et se poursuit avec une collation partagée dans certains quartiers du village.

La Fête-Dieu de Savièse a développé une dynamique forte qui lui est propre et peut aussi prendre en compte de nouveaux besoins sociaux. Le caractère élaboré des pratiques performatives et la dynamique sociale de l’intégration et de la rivalité confèrent à l’événement en même temps une forte singularité et une haute représentativité.

Forme et Ordre

Ernest Biéler (1863-1948) : Les bannières, non datée (1926-1933). L’image montre plusieurs groupes qui prennent part à la procession de la Fête-Dieu de Savièse. Musée d’art du Valais, Sion.

Les fêtes, les rituels et les coutumes tirent finalement leur origine dans le besoin fondamental de l’être humain de conférer, au cadre de la vie quotidienne, une forme et un ordre. Dans la société préindustrielle valaisanne, cet effort a, sans aucun doute, atteint son paroxysme dans le domaine du sacré. L’Eglise et la religion ont structuré et rythmé l’espace et le temps de cette société. De plus, du Moyen-Âge jusqu’à encore récemment, le monde religieux valaisan a été exclusivement catholique. Et, bien au-delà de la sphère réservée à l’Église, c’est encore le catholicisme qui a façonné les fêtes et les coutumes. Dans une perspective historique, cela signifie que de grands thèmes relevant du patrimoine culturel immatériel valaisan étaient intégrés au domaine de la foi et de la religion. Que la Fête-Dieu à Savièse ait été choisie parmi divers événements s’explique par le fait que cette manifestation a développé une forte dynamique sociale, qui lui est propre, de par sa réactivité face aux nouveaux besoins. Elle peut ainsi correspondre au mieux aux critères du patrimoine culturel immatériel. A juste titre, en 1988, l’historienne, Rosemarie Roten Dumoulin, définissait ainsi la Fête-Dieu à Savièse: « Une tradition religieuse et populaire marquée, chaque année, par un dynamisme étonnant ». Et, en 2006, le quotidien valaisan, Le Nouvelliste, consacrait une double page à cet événement, intitulant son article: « Une Fête-Dieu spirituelle, folklorique et touristique ». Il y a aussi, parmi les garants de la coutume, un bon nombre d’individus qui perçoivent leur participation comme un acte purement social, dépourvu de convictions religieuses profondes. En 2003, à l’occasion de la Fête-Dieu, le curé de Savièse, Grégoire Zufferey, aborda cette question, dans sa prédication, sous forme d’autocritique : « Aujourd’hui, il n’y a pas uniquement beaucoup de croyants non pratiquants, mais aussi des pratiquants non croyants ! »

Le déroulement dynamique des Fêtes

L’événement est organisé, en alternance - sous la forme d’un tournus de cinq ans -, par les villages de la commune de Savièse, située au centre du Valais. La paroisse de Savièse est mise à contribution chaque année. Les fonctions et les responsabilités individuelles sont exactement réglementées dans un organigramme de manière à ce que l’équilibre politique soit respecté lors de l’attribution des rôles de chacun (par exemple, banneret PDC ; capétan Entente).

La fête commence la veille avec la distribution des uniformes aux grenadiers (deux groupes vêtus d’un frac rouge à revers et à plastron vert ou bleu) et aux livreurs qui offrent le vin de fête. Le nombre de grenadiers, qui y prennent part, sert d’indicateur du succès de l’événement. À 19h, se tient une répétition générale pour l’ensemble de la compagnie.

A proprement parler, le jour de la fête commence vers 5h avec la diane (le réveil des chefs). À cet effet, les tambours jouent devant la maison des neuf membres du comité. A 7h30, la compagnie se rassemble au centre du village ou, si la Fête est organisée par Saint-Germain, devant la Maison communale où flotte la bannière de Savièse. La compagnie procède à la prise de l’esponton devant la maison du capétan ainsi que de la bannière du village chez le banneret. Ce cérémonial est accompagné des sons de la marche au drapeau. A 9h, les groupes de musique, les grenadiers, les gardes pontificaux et les militaires se dirigent vers l’église en intégrant au cortège les femmes en costume, les « tsanbris », les « tsanbrides » et les petits saints (groupe d’enfants). L’entrée dans l’église signe le changement du défilé et du rythme. Suit la grand-messe.

La procession est le temps fort de cet événement durant lequel le Saint-Sacrement dans l’ostensoir - le corps du Christ dans sa forme symbolique de l’hostie - est porté à travers le village de St-Germain avec une halte au reposoir. La procession suit alors une procédure compliquée devant l’église : elle s’ouvre sur une grande bannière paroissiale (le gonfanon de saint Germain), suivie par le Conseil de communauté, le groupe scout, les sapeurs et les enfants de la Fête-Dieu (les tsanbrides et les petits saints). Viennent ensuite un grand ensemble instrumental composé des Fifres et Tambours saviésans et de la fanfare l’Écho du Prabé. Le premier peloton de grenadiers, tous vêtus de rouge, le capétan et les militaires dans leurs uniformes gris-vert ouvrent le bloc avec le Saint-Sacrement. Suivent alors le chœur mixte La Cécilia en costume traditionnel, une croix de la procession, les premiers communiants et les servants de messe. Le centre se compose du commandant de la compagnie, des gardes pontificaux, des prêtres, du curé sous le dais porté par quatre conseillers communaux, des autorités politiques, civiles et militaires. Suivent le banneret, le second peloton de soldats, le second peloton de grenadiers et la fanfare la Rose des Alpes. Les femmes en costume traditionnel et les fidèles ferment le cortège. Les indigènes qui n’appartiennent à aucun des groupes cités participent à la procession en règle générale seulement comme public, au même titre que les nombreux curieux qui se sont déplacés pour assister à l’événement (Ordre de la procession de 2008).

Vers 11h15, la procession atteint la place où se trouve le reposoir. Guidé par le commandant de compagnie, les groupes se placent un par un, selon un schéma imposé, devant l’autel afin de recevoir la bénédiction solennelle du prêtre muni de l’ostensoir.

Intégration et rivalité

Un rappel historique montre à quel point cette procession s’est profondément transformée dans sa composition, son déroulement et son expression. D’années en années, elle change du moins dans les détails et de manière pratique. En outre, à Savièse, la fonction de l’ordre social, qui incombe aux militaires lors de cette fête, apparaît très nettement. Comptant dans leur rang 80 à 120 personnes, les grenadiers protègent, du reste du peuple, l’élément central composé du Saint-Sacrement et du dais durant la processionais aussi dans l’église. Ils confèrent ainsi à cet élément de la prestance et un surcroît d’importance et de splendeur. Dans la procession toute entière, un système d’ordre se manifeste reproduisant ainsi, d’un côté l’intégration (unité), et, d’un autre côté, des relations hiérarchiques et des positions de pouvoir. Des principes identiques sont à la base de l’organisation du jour de la Fête-Dieu. La paroisse et la commune de Savièse se composent de plusieurs villages qui se relayent dans l’organisation de la fête - sous forme de tournus - mais qui se font aussi concurrence. Le village organisateur est, entre autres, chargé d’édifier le reposoir, de mettre à disposition des soldats, des grenadiers ainsi que le comité d’organisation. Il doit aussi garantir le financement de la fête. Le comité d’organisation est composé du commandant de compagnie, du banneret, du capétan, du premier et du second sergent, du premier et du second caporal, du sergent et du caporal des grenadiers. Le « tsanbri » est le garçon qui conduit le groupe d’enfants constitué des « tsanbrides » (filles) et des petits saints (garçons).

Un spectacle pour Dieu et pour le monde

Par la conjugaison d’une multitude d’éléments provenant de l’art verbal, musical, chorégraphique et visuel, l’événement s’apparente à une forme de spectacle. Ce dernier étend son influence, non seulement, de manière populaire, vers l’extérieur, mais vise, selon Émile Durkheim, à éveiller chez les participants « certains sentiments et des idées, de lier le présent et le passé, l’individu à la collectivité ».

Au reposoir, le prêtre bénit les croyants avec l’ostensoir. Image 1999. Photo Musée d’histoire du Valais ; Thomas Antonietti.

Justement, ce dernier élément joue un rôle central dans la partie profane de la fête. Celle-ci commence avec l’apéritif et le repas de midi partagé en commun, elle est interrompue vers 15h par la cérémonie des vêpres à l’église et se poursuit avec un apéritif devant l’église ainsi qu’une collation partagée dans certains endroits du village. Dès 18h suit la retraite sous forme de défilé avec la restitution de la bannière villageoise et de l’esponton. Les grenadiers sont officiellement licenciés vers 20h. La soirée est marquée par l’activité festive du village. Officiellement, la fête s’achève le samedi suivant avec le bal de l’octave de la Fête-Dieu.

Avant toutes choses, le spectateur extérieur est surpris par le caractère théâtral de la manifestation. Ainsi, le déroulement de la procession, à travers le village, entraîne le public à se déplacer constamment et lui permet dès lors d’assister, à plusieurs reprises, au spectacle mobile. D’autres éléments perceptibles, comme les uniformes des grenadiers et leurs accessoires inspirés de modèles historiques, renforcent l’impression de théâtralisation.

La variante locale d’une pratique universelle

Fête de l’Eucharistie, la Fête-Dieu est célébrée par l’Église catholique le deuxième jeudi suivant la Pentecôte. En conséquence, l’événement a lieu dans toutes les régions catholiques, toutefois sous différentes formes locales. En Valais, chaque paroisse catholique célèbre la fête. En plus de Savièse, quelques processions dans le Lötschental ou les rendez-vous de Visperterminen et de Sion sont aussi connus. En Suisse, la Fête-Dieu est particulièrement célébrée dans les cantons d’Appenzell Rhodes-Intérieures, de Fribourg et du Tessin ainsi qu’en Suisse centrale.

La Fête-Dieu à Savièse a développé une dynamique forte qui lui est propre et peut aussi prendre en compte de nouveaux besoins sociaux. Le caractère élaboré des pratiques performatives et la dynamique sociale de la structure d’organisation (intégration et rivalité) confèrent à l’événement en même temps une forte singularité et une haute représentativité. Au demeurant, ce sont en particulier les éléments profanes de la fête qui font que la Fête-Dieu à Savièse se distingue des autres Fêtes-Dieu.

En outre, l’événement a connu, depuis le début du 20e siècle, une forte valorisation de l’extérieur et, par la suite, une dynamisation folklorique, touristique et médiatique. « L’École de Savièse » y a joué un rôle important. Elle est composée d’un groupe d’artistes qui prônait le primitivisme rural et qui mettait en scène la vie quotidienne, paysanne et catholique de la population du centre du Valais dans la période allant de 1880 jusqu’à 1930. Le livre de la Fondation Anne-Gabrielle et Nicola-V. Bretz-Héritier paru en 2008 illustre à quel point la Fête-Dieu est aussi devenue un patrimoine culturel pour les gens de Savièse : la fête est décrite et présentée sous toutes ses facettes historiques, religieuses, sociales et esthétiques sur 460 pages qui sont accompagnées de nombreuses illustrations.

Références

1. Office du tourisme de Savièse
2. Paroisse de Savièse
3. Traditions vivantes
4. Fondation Bretz-Héritier


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