Engoulevent

De Wikivalais

Martinet de la nuit, l'engoulevent est doté d’un bec minuscule, pour la plus grande bouche qui soit dans le monde des oiseaux. Faut-il qu’ils aient vue sa gueule béante, ceux qui l’ont baptisé? Les contemporains d’Aristote, incapables de l’imaginer gobant les papillons de la nuit, l’appelaient à tort tête-chèvre, d’où son nom latin de Caprimulgus.

Arrivant d’Afrique après une vague de beau temps, au début mai, les mâles consacrent leurs premières nuits européennes à s’affirmer face à leurs voisins par des krouit krouit sonores. Puis, le retour des femelles, cinq à six jours plus tard, ouvre le bal où les claquements d’ailes ponctuent le ronronnement modulé qui leur sert de chant. Dans ces joutes aériennes, tournant sa queue dans le plan vertical, le mâle exhibe ses marques blanches qui délimitent sa silhouette dans le crépuscule. Plus tard,c’est par les nuits de pleine lune qu’il faut guetter les rrrr rrrrrr rrrrrrrr,rrrrrr interminables de l’engoulevent. Avec un peu de chance, entre chien et loup, vous apercevrez une sorte de faucon crécerelle doté de taches blanches rappelant les feux d’un avion, traverser en ombre chinoise le ciel encore clair.

Essentiellement présent sur l’adret, l’engoulevent semble rechercher avant tout une structure forestière assez ouverte, à la strate buissonnante clairsemée, mais comptant des arbres morts sur pied. Il arrive que ces conditions soient satisfaites en exposition nord, sur des sols très jeunes et caillouteux, mais inversement, certaines pinèdes de l’adret croissent sur un sol si profond, humide et évolué que le sous-bois dense le rebute. Coups de vent, incendies ou attaques de scolytes se chargent de rajeunir la végétation, provoquant des déménagements cycliques. Farouches, les voisins défendent un domaine d’environ cinq hectares et s’espacent de 250 m en moyenne. Mais ils vont parfois à plus d’un kilomètre de leur secteur et peuvent exploiter collectivement un site riche en nourriture.

Antoine Sierro a recensé 50 couples en Valais. Ce thermophile a plus de chances de survivre que les huppes, pies-grièches et autres habitants des cultures: la forêt est relativement bien protégée. De plus, capable d’entrer en torpeur, il supporte les retours de froids qui privent de ressources les insectivores.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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