Déglaciation
De Wikivalais.
La succession des événements va se compliquer lorsqu'il va s'agir de décrire la fonte de ce grand glacier, au cours d'une période dite tardiglaciaire. Au début, semble-t-il, le recul du glacier fut relativement progressif, avec stationnement du front dans la région de Genève. La vallée du Rhône elle-même semble avoir connu une déglaciation très précoce. Elle eut pour conséquence une situation de déséquilibre souvent catastrophique des versants: le glacier leur servait d'appui et, celui-ci disparu, ils se trouvèrent localement en porte-à faux. Les conditions idéales étaient réunies pour que se produisent glissements, tassements et autres éboulements. Le plus impressionnant de ces éboulements, descendu des pentes qui dominent Salquenen, a totalement obstrué la vallée, laissant encore à la surface les collines de la forêt de Finges et de la région sierroise.
Cette déglaciation précoce qui laissa de nombreuses moraines et des blocs erratiques sur les versants n'était pourtant pas définitive et les traces d'un retour des glaciers sont observables toujours dans la même région. En effet, un glacier sorti du val d'Anniviers déboucha dans la vallée du Rhône, rabottant les collines de l'éboulement et y abandonnant ses moraines, visibles sur la colline de Géronde. Il est certain que des glaciers identiques débouchèrent des grandes vallées latérales, mais leurs moraines, non protégées sur le sommet d'un monticule, furent détruites par le Rhône.
Dans toutes les vallées latérales, plusieurs accumulations morainiques importantes attestent des retours de froid qui permirent aux différents glaciers d'alimenter leurs crues et d'édifier des moraines: par exemple, près de Stalden, en amont de Viège, ou à La Luette, dans le val d'Hérens. Ces fluctuations glaciaires remontent à plus de 13 000 ans BP, puisque, à cette date, débute le brusque réchauffement qui va nous mener jusqu'en 11 000 BP.
Les conditions climatiques sont alors les plus favorables et les glaciers se retirent en haute altitude. Les hommes s'installent sur les rives du lac de Neuchâtel, alors que celles du Léman viennent d'être libérées d'un culot de glace qui résista fort longtemps dans cette profonde cuvette lémanique.
Mais ce réchauffement a connu une dernière pause, comme des saints de glace qui arrivent en plein printemps: la dernière crue (11 000-10 000 BP) va servir de limite aux temps pléistocènes. Les moraines de cette ultime crue glaciaire ont localement conservé une fraîcheur surprenante, telle celle de Praz-de-Fort, dans le val Ferret ou celle du Simplon-Village. Moins spectaculaire ailleurs, elles sont pourtant partout présentes, à quelques kilomètres en aval des langues glaciaires actuelles. Ce refroidissement est bien enregistré par les diagrammes polliniques qui montrent une régression de la forêt remplacée par des graminées de steppe froide.
Pendant ces temps tardiglaciaires, la basse vallée du Rhône, en aval de Saint-Maurice, reste noyée sous les eaux d'un lac dont le niveau fut supérieur de 30 m, puis 10 m au niveau actuel du Léman (372 m). Dans les profondeurs de ce lac, s'accumulèrent des limons et des argiles que quelques forages ont touchés sous une grosse dizaine de mètres de graviers rhodaniens. Mais ces sondages n'ont pas pénétré bien profond dans ces limons, dont la géophysique nous dit qu'ils auraient 800 m d'épaisseur, ce qui met, dans cette région, le fond rocheux de la vallée à 400 m au-dessous du niveau de la mer ! Il est probable que les dépôts rhodaniens ont enregistrés dans leurs strates de multiples détails de cette histoire tardiglaciaires, mais que voilà un livre coûteux à ouvrir et qui promet d'être difficile à déchiffrer !
Bibliograhie
- Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994
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