Faucon crécerelle

De Wikivalais
(Redirigé depuis Crécerelle)

La crécerelle au dos brun chaud, à la tête et à la queue gris bleuté chez le mâle, plus petite que son cousin faucon pèlerin, se satisfait de modestes parois rocheuses et trouve des sites à sa convenance dans chaque vallée. Tolérante envers ses voisins, elle peut former de petites colonies pour peu que ses proies, des micromammifères et des reptiles, soient abondantes. C’est assez pour en faire le rapace le plus répandu, peut-être le plus fréquent du canton. L’altitude ne l’effraie pas puisque le nid le plus haut d’Europe se situe à 2850 m sur Grimentz.

C’est elle, la creblette, qui vole sur place pour chercher des proies. C’est elle, ce petit oiseau aux reflets blancs, qui s’en prend à l’aigle dans les alpages, le harcelant de piqués audacieux et de contre-plongées téméraires, c’est encore elle qui joue aux gendarmes et aux voleurs avec les chocards, dont la taille égale la sienne.

Pour les couples qui nichent au-dessous de 1000 à 1500 m, avril constitue le point culminant de l’activité nuptiale. Ces petits faucons bruyants manifestent leur retour au site de nidification par des appels stridents, des kikikikikiki colériques et des vrîîîîîî aigus qui accompagnent les ébats amoureux. On voit alors le mâle fendre le ciel d’un curieux vol nerveux, comme vibré, où seules s’agitent les extrémités des ailes, tenus au-dessous de l’horizontale. Il finit par se poser dans la falaise, en vol acrobatique, les ailes relevées en V au-dessus du dos. C’est sa manière de montrer l’emplacement du nid à la femelle convoitée. Mais les virevoltes ne suffisent pas : il l’encourage à accepter ses avances par des offrandes qu’il lui passe de bec à bec. La femelle pourra ainsi juger de sa capacité à nourrir une ribambelle de fauconnets.

Recherchant les mêmes proies que la buse, la crécerelle évite la concurrence par le choix du site de nidification, en renonçant à la chasse en forêt que pratique sa consoeur et en montant nettement plus souvent et le plus haut en montagne. Elle paie ces mœurs par une plus grande difficulté à hiverner ici.

En Entremont, au val d’Hérens, à Derborence, dans la région de Loèche-les-Bains et dans le val de Zermatt la majorité des couples s’installe dans les rocher des bas versants. Ainsi, au début de la nidification, lorsque la neige recouvre encore les sommets, ces petits faucons exploitent les alentours du site, puis montent régulièrement au-dessus de la lisière des forêts quand, plus bas, l’herbe des prés de fauche a poussé, rendant la chasse difficile. Cette stratégie permet de revenir à proximité des nichées après la fenaison, et de raccourcir les vols de chasse au moment où les poussins, déjà grands, consomment beaucoup. Par la suite, les familles gagnent les pâturages où les jeunes peuvent chasser les criquets jusqu’à l’arrivée de la neige. Ceci explique que les aires sises au-dessus des forêts constituent une rareté : du Mont-Noble au Sasseneire, de l’Illhorn au Tounôt, un seul rocher est occupé ! La réponse à cette situation étonnante m’a paru évidente lorsque j’ai surpris un individu chargé d’un campagnol, plonger de Loveigno au-dessus de Saint-Martin à….Combioula, plus bas que les pyramides d’ Euseigne ! Presque 2000 m de dénivellation. Les couples de montagne nichent plus tard et habitent les régions les plus sèches des Alpes où la limite des forêts atteint son niveau le plus élevé.

Les nids de crécerelles sont peu accessibles, si bien que nos données sur le régime alimentaire ressortent d’observations directes. Pour les crécerelles du pied de l’adret, les lézards jouent un rôle important. D’ailleurs, des nombreux couples nicheurs des années 1970, ne subsistent plus guère que ceux qui disposent de steppes étendues à proximité ! En montagne, les micromammifères dominent dans le régime de cette espèce. En été, grillons et sauterelles figurent souvent au menu des crécerelles adultes, mais ne sont guère apportés aux jeunes de l’aire.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

Article connexe



Outils personnels