Couches géologiques

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Ces dépôts racontent l'histoire d'une invasion marine au cours du Secondaire. La profondeur de cette mer a varié dans le temps et dans l'espace. Les continents, en voie de dislocation, modifièrent la surface terrestre et causèrent des variations de profondeur de la mer que les sédiments enregistrèrent.

Sommaire

Le Trias

Le Trias, c'est l'époque de l'arrivée de la mer. La découverte récente de traces de dinosaures a donné une certaine célébrité à ce Trias. La mer va s'avancer sur le socle aplani et plissé. Le premier rivage accumule des sables (qui se transformeront en grès et quartzites) sur une épaisseur de quelques mètres. Partout où le contact avec le socle affleure, il y a une forte discordance angulaire entre les gneiss et quartzites, phénomène tout à fait normal puisque le gneiss ou le Carbonifère avaient été déformés, donc souvent basculés avant le dépôt des sables en couches horizontales. Ces sables s'accumulent sous une tranche d'eau réduite à quelques centimètres: ils vont conserver le souvenir du passage de nombreux dinosaures en durcissant et fossilisant leurs empreintes. La présence de l'eau reste attestée par les petites rides produites par les vagues dans le sable.

« Que faisaient ces animaux sur ces plages? Leurs traces le montrent: ils passaient (…). Ces plages étaient le lieu qui joignait deux pôles biologiques attractifs pour ces reptiles: les eaux dont ils étaient tributaires pour des raisons physiologiques et des zones émergées en permanence où poussait une végétation plus ou moins dense servant de refuge ou lieu de pâture pour les uns, de terrain de chasse, pour les autres, et pour tous d’aire de nidification » (Demathieu et Weidmann, Eclog. Geol. Helv. 1982).

Mais le Trias ne se résume pas à quelques traces de dinosaures dans ces sables devenus quartzites. Au-dessus des quartzites, une couche argileuse traduit une mer un peu plus profonde, à l’abri de courants qui auraient emporté les fines particules argileuses. Pour rester dans la région d’Emosson, au-dessus de ces argiles, un banc calcaire a dû se déposer dans des conditions qui rappelleraient celles qui règnent actuellement dans le golfe Persique ; donc toujours une mer peu profonde.

Quittant la zone de l’Autochtone, on trouve d’autres roches dans le Trias, mais toujours sédimentées en bordure de mer. Les plus originales sont les évaporites, dont principalement le gypse ultrahelvétique.

Le Jurassique

L’image générale du pays au Jurassique se résume en un seul mot: la mer. Hésitantes au Trias, les conditions marines s’établissent maintenant pour une longue durée. De cette mer, nous allons retrouver les sédiments et les fossiles des animaux qui la peuplaient: oursins ou lis de mer, huîtres et autres bivalves, ammonites et, plus rarement, les restes d’un poisson ou d’un saurien. Amateurs, ne cherchez pas de beaux fossiles en Valais: les conditions de conservation y furent peu favorables, principalement à cause des plissements et autres déformations qui affectèrent les roches; les pays non plissés, ou peu plissés, comme le Jura, sont bien plus favorables à la chasse aux belles pièces!

Pourtant, on a trouvé assez de fossiles dans les couvertures helvétiques pour en dater les couches avec une précision satisfaisante. A l’aide des autres données du faciès, les conditions paléogéographiques ont pu être reconstituées à divers moments du Jurassique.

Le Jurassique vois se déposer:

  • Au début (Lias des géologues) des calcaires gréseux. La présence des grains de sable montre que la terre n’était pas très éloignée.
  • Puis des marnes et des calcaires au Dogger (partie moyenne du Jurassique) qui traduisent des conditions marines déjà plus profondes.
  • Finalement au Jurassique supérieur (Malm) des calcaires massifs qui affleurent en paroi et forment l’ossature de beaucoup de nos sommets.

Cette succession apparaît presque au complet dans de bonnes coupes comme celle du Haut-de-Cry.

Le Crétacé

La sédimentation du Crétacé est la suite logique de celle du Jurassique: des calcaires et des marnes s’accumulent sous l’action de divers organismes. Les couches peuvent totaliser plusieurs centaines de mètres d’épaisseur: les parois du défilé de Saint-Maurice sont presque uniquement faites de roches d’âge crétacé. En haute montagne, ces calcaires argileux sont débités en plaquettes sous l’effet de l’altération et donnent des affleurements « en piles d’assiettes ».

Dans la suite des temps crétacés, la mer a sans doute perdu de sa profondeur pour devenir le lieu d’une précipitation calcaire organogène. L’assise très dure qui résultera de ces sédiments est bourrée de fossiles, hélas souvent cassés et toujours solidement sertis dans la roche. Algues, oursins, grandes coquilles nacrées et coraux nous apprennent qu’alors la région ressemblait aux Bahamas et que les récifs étaient le trait dominant d’un paysage sous-marin de faible profondeur. Beaux affleurements de ces roches aux Dents-du-Midi et sur la crête septentrionale entre les Diablerets et le Wildstrubel.

Le Tertiaire

Sur la plus grande partie du domaine helvétique, manquent les couches du Crétacé supérieur et de base du Tertiaire. Ce qui signifie que durant ces temps-là, la mer s’était retirée de la région, découvrant une terre émergée soumise à l’altération; il en est resté un sol fossile, sporadique et fine couche de couleur rouge, riche en fer (dite pour cette raison le Sidérolithique et autrefois localement exploitée pour en extraire le métal) qui témoigne d’un climat chaud, tropical à équatorial.

Mais la mer, qui s’était retirée plus au sud, va revenir submerger le pays, d’abord sous une faible tranche d’eau où se déposent des sables et des calcaires. Ces calcaires ressemblent beaucoup à ceux du Crétacé, avec leurs huîtres, leurs coraux, leurs oursins.

D’importantes modifications vont se produire, suite aux plissements alpins. Elles se traduisent par un rapide approfondissement de la mer. La fosse qui prend ainsi naissance, bordée de reliefs jeunes auxquels l’érosion arrachait de grandes quantités de matériel, présentait les conditions idéales pour que se produisent des avalanches sous-marines.

Le résultat de ce mécanisme très spécial est aussi une sédimentation et une roche spéciales, appelée le flysch où chaque banc représente l’apport d’une avalanche. Le matériel des avalanches contient souvent d’abondants débris de cendres volcaniques. Sur les bords de la fosse, il devait donc y avoir des volcans en activité. Fosses profondes, volcans actifs et climat chaud: le futur Valais ressemblait à certaines îles et fosses de l’Extrême-Orient, Java par exemple.

Le flysch est une formation qui affleure mal, qui s’altère rapidement et se couvre d’un sol épais. Cette bonne terre à pâturage, devant les Dents-du–Midi, constitue une partie du val d’Illiez. Mais une partie seulement: la fosse marine, à force de recevoir des avalanches, finit par se combler. La Molasse remplace alors le flysch. En d’autres termes, la sédimentation marine peu profonde, voire fluviatile, remplace la sédimentation par avalanche en mer profonde. Les rivières qui débouchaient dans cette dépression en voie de comblement descendaient de reliefs montagneux qui étaient l’amorce de la future chaîne alpine.

Quelques bons affleurements du val d’Illiez permettent d’observer le passage du flysch à la Molasse. Cette dernière est de coloration rouge et de composition marneuse, à l’exception d’un gros banc de grès exploité en carrière juste en amont de Monthey.

Bibliographie

  • Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994

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