Communautés et seigneurs

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Tour de Vissoie

Dans le Valais du Moyen Age final, les cadres politiques locaux (« communautés ») se renforcent, en profitant de l’affaiblissement des seigneurs (comtes de Savoie, évêques de Sion et petits seigneurs) par les crises démographiques et les difficultés économiques.

Sommaire

Les communautés

Des communautés actives sont attestées dans l’ensemble du diocèse de Sion depuis le XIIIe siècle. Dans ce cadre institutionnel, les hommes du lieu gèrent ensemble les pâturages, les forêts et les eaux dont le seigneur, maître du sol, leur a concédé en commun l’usage. Ils organisent les activités économiques dans le territoire commun et défendent leurs intérêts contre les villages voisins. Dès la fin du XIIIe siècle, les seigneurs reconnaissent, sous certaines conditions, ces associations comme des interlocuteurs acceptables.

Le pouvoir et les contestations

Dans le Valais oriental, les communautés sont représentées auprès du comte évêque, dans le cadre du « Conseil du Pays ». Ce n’est pas le cas dans le Valais savoyard, même si des liens informels semblent s’être tissés entre les petites villes. On voit bien pourtant que les communautés rurales ne craignent pas le pouvoir comtal. Ainsi contestent-elles le monopole des centres de châtellenie, jugé artificiel. En 1328 par exemple, les paroisses des Dranses obtiennent la suppression du monopole de Sembrancher en matière de marché. La contestation se manifeste tout aussi efficacement à propos de l’obligation faite aux paysans du « ressort » d’entretenir les remparts du chef-lieu. En 1417, les gens de Nendaz refusent de travailler à l’enceinte de Conthey ; au lieu de s’y réfugier comme dans la gueule du loup avec leurs biens, ainsi que le voudrait la règle, ils préfèrent, expliquent-ils, profiter de la protection qu’offrent leurs forêts et leurs montagnes ! Enfin, au début du XIVe siècle, les communautés s’opposent avec succès à l’obligation de la « chevauchée », du service militaire dû au comte de Savoie.

L'abolition de la "Main-Morte"

Les responsables des communautés villageoises ont parfaitement compris, au XVe siècle, comment tirer parti des difficultés de leurs seigneurs, affaiblis par la disparition d’une partie de leurs sujets et par la paupérisation de nombreux survivants. En 1436 par exemple, les gens de Saint-Gingolph s’efforcent de persuader leur seigneur, l’abbé d’Abondance, d’abolir la « mainmorte », qui les empêche de disposer librement de leurs biens. Ils argumentent ainsi : en raison de cette contrainte, aucun père ne veut leur donner sa fille pour épouse, et ils doivent donc quitter les lieux pour se marier. Selon eux, le dépeuplement ainsi entraîné provoque la baisse des revenus seigneuriaux ; ils renvoient donc leur maître à ses archives, qui lui confirmeront la chute de ses entrées fiscales. L’abbé y découvre en effet que, en soixante ans, on est passé à Saint-Gingolph de quelque 80 feux à 22, « tous très pauvres ». Réaliste, il cède, contre espèces bien sûr.

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002

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