Colonisation intérieure
De Wikivalais.
Portée idéologique et politique de l'agriculture
Pour comprendre l’effort soutenu par le gouvernement dans les domaines de l’agriculture et de l’équipement, il convient de dépasser le constat économique pour en analyser la portée idéologique et politique. Au début du siècle, le Valais entre dans une phase de démarrage industriel. La guerre stimule l’activité des industries et le nombre des ouvriers augmente. En 1917, dans un contexte de crainte d’une redéfinition des relations économiques, Troillet lance un cri d’alarme : « C’est avec un sentiment d’angoisse que j’envisage la situation de l’agriculture après la guerre. Une émigration très forte et continue va arracher au pays les bras qui, jusqu’ici, travaillaient la terre. L’industrie absorbera des forces vives de la nation, de là pénurie de travailleurs et de là recul dans l’intensification du labour, des travaux et manque de récolte ».
L'agriculture comme facteur de stabilisation
Avec la fin du conflit, les problèmes économiques et la radicalisation des revendications ouvrières, les résistances conservatrices dénoncent les périls liés à l’industrialisation et à la modification des structures sociales traditionnelles qui en découle. Dès lors, l’agriculture apparaît comme un facteur de stabilisation et de tradition propre à la sauvegarde des « vraies valeurs ».
La politique de Troillet et ses implications
L’action politique de Troillet et de son « régime » se situe dans une volonté de « colonisation intérieure » du Valais, dans le but idéal de concilier modernité et tradition. C’est une entreprise de dimension cantonale, au sens économique, géographique et démographique du terme. Il s’agit en premier lieu d’assurer une fonction de complémentarité entre la plaine et la montagne. Cette politique se veut l’expression d’une société confiante dans ses potentialités de développement et d’intégration de la population valaisanne. L’image, encore très présente dans la mémoire collective, du Valaisan contraint d’émigrer pour rechercher un sol moins ingrat, lui donne sa dimension émotionnelle. Pour attirer les colons, plusieurs députés préconisent la création de petits domaines subventionnés par l’Etat et par la Confédération. Ils espèrent aussi voir l’industrie aider à la stabilisation de la population cantonale.
Des projets non concrétisés
Les projets de colonisation ne seront pas réalisés, pas plus que l’espoir de voir la plaine devenir un débouché naturel des communes surpeuplées de la montagne. Les terrains assainis sont souvent acquis par les habitants de la plaine ; l’idée de développer de petites exploitations familiales est concurrencée par la constitution de domaines. Quant aux biens communs, si certaines bourgeoisies consentent à les partager, d’autres y répugnent, voire se livrent à la spéculation.
La population rurale s'insert dans l'industrie et les services
Cette insertion s’impose comme une nécessité économique. De ce fait, le gouvernement mettra tout en œuvre pour que « l’ouvrier ne perde pas tout contact avec la terre, car il perdrait aussi le meilleur de ses forces physiques et morales ». A cet effet, Troillet se déclare d’accord de diminuer le nombre des heures de travail à l’usine ». Mais après la guerre, cette vision emblématique du Valaisan paysan et ouvrier s’effacera devant l’évolution des conditions de travail.
Plaine-montagne : un développement inégal
Dans cette perspective, les mesures visant à améliorer les conditions de vie de la classe rurale ainsi que celles tendant à compenser le développement inégal de la plaine et de la montagne relèvent d’une politique de colonisation intérieure. L’octroi d’importants crédits pour la construction d’un réseau routier alpestre doit également contribuer à maintenir le paysan sur sa terre, tout en favorisant l’interpénétration du tissu rural et du tissu urbain. En outre, face aux mutations sociales, les conservateurs veulent voir dans une « agriculture saine, propre à assurer les traditions de la race », un rempart aux idées socialistes. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, cette vision sous-tend les discours : la montagne incarne la force vive de la nation.
Bibliographie
- Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002
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