Climat

De Wikivalais

Les particularités de la végétation du Valais ne peuvent se comprendre sans connaissance des grands traits du climat.

Ceinturé de hautes montagnes, le Valais central échappe en partie aux dépressions venues de l’Atlantique ou de la Méditerranée. C’est la région la plus sèche du pays: elle reçoit à peu près deux fois moins de pluie que le Plateau suisse. Ses atmosphères claires favorisent l’ensoleillement pendant le jour, mais aussi le refroidissement pendant la nuit. Ainsi les températures se caractérisent par des variations quotidiennes et saisonnières importantes. Hivers froids, étés secs et températures contrastées: ce sont les principales caractéristiques d’un climat continental.

Examinons de plus près les variations régionales et leur importance pour la végétation.

Température

La température de l’air se mesure à l’ombre, sous abri. En Valais, une vingtaine de stations font des enregistrements réguliers. Les moyennes annuelles sont pratiquement les mêmes à altitudes égales: 9-10° C au niveau de la plaine, 3,5-5°C vers 1500 m d’altitude. Elles suivent une loi simple : diminution régulière de 0,55°C pour chaque élévation de 100 m. Cette loi ne joue pas parfaitement en dessous de 1500 m d’altitude, à cause des phénomènes d’inversion thermique, particulièrement marqués dans les régions de montagnes. En effet, au printemps et en automne, il arrive souvent que les coteaux ensoleillés se réchauffent plus vite que les fonds de vallées, qui restent plus longtemps dans l’ombre et qui drainent l’air froid des sommets. Entre les couches froides de basse et de haute altitudes apparaît une zone d’air chaud. La vapeur d’eau, les fumées et les émanations polluantes s’y accumulent, faute de pouvoir s’élever davantage. C’est ainsi que les brumes de la vallée du Rhône ont un plafond généralement bien marqué, correspondant à la zone d’inversion thermique.

Les moyennes de température n’ont pas grande signification pour les plantes. Ce qui compte davantage, c’est la durée de la période de végétation, autrement dit le nombre de jours favorables à la croissance végétale. En fixant le seuil de température (moyenne journalière minimale) à 7,5°C au printemps et à 5°C en automne, on obtient 240 jours utiles à Sion, 175 à Montana et une centaine à la limite supérieure de la forêt.

La période de végétation raccourcit en gros de sept jours par élévation de 100 m. Autre facteur important pour les plantes: les extrêmes de température. Les minima et maxima absolus de la période 1901-1960 furent respectivement de –17 et 35°C à Sion, de –24° et 30°C à Zermatt et de –29 et 34°C à Reckingen, dans la vallée de Conches. De manière générale, les variations de température en Valais central sont de 1 à 2°C plus importantes qu’au bord du Léman. La réaction des plantes dépend de la saison. Elles résistent mieux aux coups de froid pendant le repos hivernal que lors de la montée de sève. La végétation basse profite de l’effet protecteur de la couche de neige qui empêche la température de descendre en dessous de –2 à –3°C au niveau du sol. Les gels printaniers posent souvent plus de problèmes que les rigueurs hivernales. C’est ainsi que le chêne pubescent, tout comme la vigne, ne prospère guère dans le fond de la vallée, davantage exposé au gel que les bas-coteaux.

Les températures sont elles-mêmes influencées par les vents. L’air froid des hauteurs enneigées s’écoule vers les fonds de vallées, tandis que le foehn, vent caractéristique des Alpes et d’autres chaînes montagneuses, réchauffe l’atmosphère au printemps et en automne. Sierre, par exemple, compte en moyenne 33 jours de foehn par an.

La température au niveau du sol joue certainement le rôle le plus important pour les plantes. Dès le mois d’avril, sur les bas coteaux ensoleillés du Valais central, elle dépasse régulièrement 50°C. Le sol s’échauffe très différemment selon sa nature, son degré d’humidité, son couvert végétal et d’autres facteurs comme l’incidence des rayons solaires, la pente ou l’exposition.

Les parois de rochers bien ensoleillés permettent ainsi à certaines plantes d’atteindre des records d’altitude. Il faut donc toujours tenir compte du relief et du microclimat pour comprendre la végétation d’un lieu donné.

Pluies et sécheresse - Contrairement aux températures, les précipitations peuvent prendre, à altitudes égales, des valeurs très différentes. A l’échelle suisse, ce sont les sommets alpins qui reçoivent le plus de précipitations: plus de 2000 mm en général. Très exposées aux vents humides, les vallées préalpines du nord et du sud des Alpes sont également très arrosées. Par contre, les grandes vallées internes, profondes et bien abritées, restent plutôt sèches. C’est le cas du Valais et de l’Engadine en Suisse, mais aussi du val d’Aoste, de la vallée de l’Inn, de la Haute Adige, de la Maurienne, de la Tarentaise…

Si les précipitations augmentaient régulièrement avec l’altitude, ce graphique ne comporterait qu’une seule droite. Or il n’en est rien, car le relief des Alpes complique considérablement la situation. Examinons d’abord la courbe qui relie les stations de la plaine du Rhône: elle montre bien la transition entre le climat océanique du bassin lémanique et du Bas-Valais, et le climat continental du Valais central: relativement importantes à Villeneuve, les précipitations diminuent légèrement dans le Chablais, puis fortement entre Monthey et Martigny. Elles atteignent un minimum dans la région Sion-Sierre et augmentent à nouveau à partir de Brigue.

Considérons maintenant les vallées latérales: les courbes relativement rectilignes montrent que les précipitations augmentent assez régulièrement avec l’altitude, jusqu’aux environs de 1500 m. Plus on se dirige vers l’est du canton, plus cette augmentation est faible, autrement dit plus les vallées latérales de la rive gauche du Rhône sont sèches; le caractère continental du climat se renforce. Le record de sécheresse appartient à la vallée de Zermatt qui présente une courbe pratiquement horizontale. Au-dessus de 1500 m d’altitude, les précipitations augmentent en général assez brusquement.

A partir de ces observations, on peut diviser le Valais en cinq régions principales, caractérisées par les niveaux de précipitations à 500 et 1500 m d’altitude. Cette démarche permet d’estimer grossièrement les précipitations pour n’importe quel lieu d’altitude intermédiaire.

Dans le Bas-Valais, le climat humide convient bien aux feuillus; le hêtre et le sapin abondent; les rares forêts de plaine contiennent encore chêne rouvre et charme. Dans le Valais central, au nord du Rhône, les pinèdes séchardes des bas-coteaux font place en altitude à des forêts d’épicéas presque pures. Dans le Valais central, au sud du Rhône, le mélèze et l’arole profitent de l’ensoleillement et de la sécheresse relative des hauteurs. Les autres régions constituent des zones de transition.

Il s’agit de savoir aussi comment les pluies se répartissent au cours de l’année, car c’est au printemps par exemple, pendant leur période de croissance, que les plantes sont les plus sensibles à la sécheresse. Les courbes de précipitations et de température montrent des différences importantes d’un coin à l’autre du canton. Dans le Bas-Valais, le climat océanique se caractérise par un maximum de pluies en été. Cette influence, de plus en plus atténuée, se manifeste jusqu’à Sierre. Pour le Haut-Valais, les courbes présentent un maximum au printemps et un autre en automne. C’est l’influence du climat du sud des Alpes, illustré le diagramme de Domodossola. Le Haut-Valais se caractérise donc par des étés très secs et un climat à caractère continental particulièrement prononcé.

La sécheresse ressentie par les plantes dépend non seulement de l’absence de pluie, mais aussi de la chaleur, qui favorise l’évaporation. Pour que l’alimentation en eau soit assurée normalement, il faut que le montant des précipitations soit supérieur à trois fois la température moyenne de la période considérée. S’il est inférieur, la plante manque d’eau et pousse au ralenti. Bien entendu, la répartition et la durée des périodes sans pluie varient beaucoup d’une année à l’autre. Les années 1975, 1978 et 1982 ont totalisé chacune le nombre anormalement élevé de cinq mois de «sécheresse». 1982 a été particulièrement difficile pour les plantes, car le manque d’eau s’est fait sentir pendant toute la période de croissance, d’avril à août. L’année d’après, les arbres affaiblis – épicéas et pins surtout – étaient victimes d’attaques d’insectes et de champignons. Les «bonnes» et les «mauvaises» années peuvent se lire dans l’épaisseur des cernes observables sur les troncs coupés.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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