Cincle plongeur

De Wikivalais

Un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre, mais comment s’y prendre quand on est là-haut dit la chanson. Le cincle plongeur a résolu le problème. D’août à avril, cet oiseau rondouillard, d’une taille légèrement inférieure à celle d’un merle, tout brun avec une bavette blanche, séjourne en nombre sur les rives du Rhône et sur le cours inférieur des grandes rivières. Appelé aussi merle d’eau, c’est le seul passereau indigène qui soit capable de nager et de plonger. Il vient ici se nourrir de phryganes et autres insectes aquatiques qu’il va pêcher au fond de l’eau.

Depuis le pont de Lavey-les-Bains on pouvait observer comment le cincle utilise les blocs polis qui émergent du courant pour se reposer entre deux plongées. Sur les rives de la retenue de Collonges, on le cherchera en vain : ses proies n’habitent pas les rives aux eaux calmes, mais fréquentent le fond du Rhône, ici inaccessible à notre plongeur…

Tous les cincles ne gagnent pas la plaine en hiver. Tant que le gel n’a pas figé son cours d’eau, chaque couple tente de rester chez lui. Dans certains cas, l’hivernage semble se dérouler au-dessus des sites de nidification : à Zinal les eaux estivales chargées de limons glaciaires excluent toute nidification, tandis qu’en hiver, elles retrouvent une limpidité propice à la pêche « à vue » et accueillent un ou deux cincles venus d’en bas.

Le cincle habite l’ensemble du réseau hydrographique valaisan, de la Furka au Léman. Seuls quelques couples isolés se reproduisent plus ou moins régulièrement en plaine, près de l’embouchure de la Dranse dans le Rhône, sur le canal du Milieu à Fully, dans la Salentze ou sur la Borgne à Bramois, par exemple. La majorité des couples vivent dans les vallées latérales, sur le cours encore naturel des rivières principales, ne dépassant guère 1500 m d’altitude, bien que la nidification ait été observée à près de 2000 m. a de rares exceptions, les affluents secondaires sont trop petits pour permettre l’élevage d’une nichée : ils sont parcourus par des individus isolés.

A le voir pêcher dans les eaux calmes des torrents captés, il est difficile d’imaginer que ce frêle passereau ait pu se reproduire sur nos rivières avant l’ère des barrages. Pourtant, au début juillet, sur le cours sauvage du Baltschiederbach, de bruyantes familles s’échelonnent régulièrement le long des eaux tumultueuses où il serait bien téméraire de s’aventurer à pied ! D’ailleurs, le cincle recherche les cascades : il les traverse et abrite son nid derrière le rideau d’eau. A Fiesch, la puissante Weisswasser, aux eaux laiteuses chargées de limons glaciaires, se jette dans un Rhône amaigri par des captages hydro-électrique. En juillet 1990, c’était dans ces eaux-là, calmes et limpides, que pêchaient les cincles, mais ils portaient la becquées sous les masses d’eau en furie de la Weisswasser, à l’abri de tout prédateur !

Quelques jours plus tard, suite à la vidange d’un dessableur, le Rhône roulait des eaux noires… les cincles ne pêchaient plus, mais picoraient sur la rive, disputant les proies au merles ! Cette situation exceptionnelle, jette une lumière sur l’importance des petits affluents, véritables portes de secours, en cas de crues – naturelles ou non – qui emportent les proies et noircissent l’eau. Insuffisants pour l’installation d’un couple nicheur, ils constituent les réserves de crise et « réensemencent » la rivière principale, par dérive de la faune benthique, après une pollution ou un lessivage des insectes sur le cours principal.

Sur les « bonnes » rivières, on trouve environ un couple de cincles par kilomètre. L’espacement des sites de nidification n’est pas régulier, mais varie en fonction de facteurs naturels comme la quantité de nourriture disponible et semble surtout limité par les captages et par les endiguements qui privent le cincle de nourriture, de sites de nid et de postes d’affût. Une étude réalisée au Tessin démontre que les tronçons de rivières corrigées, dont aucun bloc n’émerge, sont désertés par les cincles ! Enfin, les exploitations de gravier troublent l’eau en permanence et condamnent les nichées en aval.

Erratisme

Dès la fin de l’été, les familles se dispersent et les jeunes individus, au plumage moucheté, s’aventurent en altitude au moins jusqu’aux premiers balbutiements des torrents latéraux : c’est ainsi que s’expliquent les rencontres le long de la Rèche jusqu’au Louché, sur le plateau de Bettmeralp, dans les hauts marais de Sery à Bagnes, ou encore au col de Cou sur Champéry. Les jeunes oiseaux y trouvent des conditions de nutrition idéales pour des pêcheurs débutants : dans ces petits ruisseaux aux eaux limpides et calmes, les larves d’insectes, dont le développement est retardé par les conditions météorologiques, sont facilement accessibles. Et, dernier avantage mais pas des moindres, il n’y a guère d’oiseaux expérimentés pour leur faire concurrence.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

Article connexe



Outils personnels