Changements climatiques et catastrophes naturelles
De Wikivalais.
La Suisse se trouve aujourd’hui dans une phase de réchauffement : davantage de chaleur, davantage de précipitations, surtout durant la période hivernale. Ce réchauffement fait suite à une période, naturelle, très froide : le Petit Age Glaciaire.
Durant ce Petit Age Glaciaire, les glaciers connaissent une nouvelle dynamique et atteignent leur volume maximal depuis 10'000 ans. Cette avancée des glaciers alpins est à l’origine de la création de nombreux lacs de barrage glaciaire. L’érosion et la rupture de ces barrages sont les causes de nombreuses crues catastrophiques. Parmi celles-ci, la catastrophe de Giétro en 1818 reste dans toutes les « mémoires ». Au début du XIXe siècle, des blocs de glace se détachent du glacier du Giétro et s’accumulent dans le lit de la Dranse de Bagnes. Ce cône régénéré fait barrage à l’écoulement de la Dranse à l’endroit de l’actuel barrage de Mauvoisin. Entre 1806 et 1818, il se forme à l'amont de ce cône un lac de 3.5 km de long pour un volume de 2.75 mio de m3 d’eau. Craignant la répétition d'une débâcle qui, en 1595, avait causé plus d'une centaine de morts dans la vallée de Bagnes et jusqu'à Martigny, une galerie est percée dans la masse de glace afin de vidanger le lac. Mais celle-ci ne résiste pas à la force érosive de l’eau et le lac se vidange de manière brutale. Une heure et demie plus tard, les flots atteignent Martigny pour poursuivre leur route jusqu’au lac Léman. On recense quarante mort et des dégâts pour des centaines de milliers de francs.
Les catastrophes liées à la vidange de lacs de barrage glaciaire ne sont pas rares et se dérouleront jusqu’au début du XXe siècle. Ainsi, en 1889, le prince Roland Bonaparte visite la région d’Aletsch et s’exprimant au sujet du lac de Märjelen, nous dit "Ce lac offre une particularité assez singulière sur laquelle nous voulons attirer l'attention : c'est que, de temps en temps, il se vide subitement et presque en entier". En effet, ce lac dont la formation est liée par le glacier d’Aletsch au barrage d’une vallée latérale se déverse de manière catastrophique 38 fois dans la Massa entre 1813 et 1913, provoquant des crues catastrophiques ou débâcles glaciaires à l’aval.
Si depuis 1850, c’est-à-dire à la fin du Petit Age Glaciaire, les glaciers alpins ont eu tendance naturellement à reculer dans leurs vallées, on observe depuis les années 1970 une accélération de ce retrait. Le glacier d’Aletsch s’est ainsi retiré de 800 m en l’espace de 30 ans et le glacier du Trient de 180 m pour la seule année 1999-2000. Bâtis au bord des glaciers au milieu du XIXe siècle, les cabanes et les refuges de montagnes se retrouvent aujourd’hui souvent très éloignés des fronts glaciaires. Ce recul marqué que l’on attribue au réchauffement climatique peut conduire à la disparition des glaciers alpins au cours du XXIe siècle, mais surtout à des bouleversements géologiques et géomorphologiques comparables à ceux survenus durant la dernière déglaciation, il y a 20'000 ans. En se retirant, le glacier laisse derrière lui des terrains qui se déstabilisent par décompression, mais aussi par dégèle progressif ; de nouveaux éboulements, glissements de terrain et chutes de pierre sont alors à craindre !
La hausse des températures dans les hautes altitudes alpines fait craindre aujourd’hui une fonte du pergélisol (permafrost en anglais) partie profonde du sol gelée en permanence ; le pergélisol se trouve à proximité immédiate des glaciers ou plus généralement dans les régions soumises au cycle gel/dégel. Dans les Alpes, il peut atteindre plus de 100 m et c’est au-dessus de 3000-3500 m qu’il devient continu. Il est frappant de remarquer que la moitié de toutes les coulées torrentielles répertoriées durant les intempéries de l’été 1987 est issue de zones à pergélisol ou libérées de leur couverture glaciaire depuis 1850 !
Aujourd’hui, notamment en Valais, des recherches sont menées sur la sécurité des paravalanches construits sur le pergélisol et de nombreuses remontées mécaniques sont mises sous surveillance : la sécurité des stations supérieures ne seraient plus garanties si les terrains sur lesquelles elles sont construites se dérobaient soudain, des pylônes pourraient se mettre à glisser lentement.
Mais la fonte du pergélisol n’est pas l’unique facteur déclenchant d’une coulée torrentielle ou d’un glissement de terrain : des zones géologiques instables, des conditions hydrologiques critiques ou de fortes précipitations y contribuent largement.
Dans les Alpes et le Valais en particulier, on observe une augmentation de l’intensité des précipitations qui se traduit par des intempéries violentes plus fréquentes. Ainsi, le Valais et d’autres cantons alpins sont touchés par des intempéries extrêmes qui entraînent coulées torrentielles et crues catastrophiques en 1987, en 1993 et en 2000.
Les 24 et 25 août 1987 des intempéries extrêmes dans la région du Gothard entraînent des dégâts catastrophiques dans le canton du Valais. Dans le Haut-Valais, le Rhône quitte son lit à plusieurs endroits, coupant des voies de communication. Près de Münster, ainsi que dans les vallées de Zermatt et de Saas, des coulées torrentielles ont occasionné d’importants dégâts aux habitations et aux terres arables.
Du 22 au 25 septembre 1993 une série de précipitations exceptionnelles se sont abattues sur l'ensemble de l'arc alpin. En Suisse ce sont surtout les alpes valaisannes qui ont été touchées, où le massif du Simplon a subi la plus forte pluviométrie : pointe pluviométrique de 218 mm en 24 h enregistrée par la station de Simplon-Dorf (en comparaison, il pleut en moyenne par année 900 mm sur le Plateau suisse). La crue de la Saltina inonde le centre de Brigue et de Glis. Le pont situé dans la partie amont du cône de déjection en est la cause principale. Abaissé en 1958, la section du pont ne permet pas de laisser passer la charge sédimentaire transportée par le cours d’eau. La Saltina déborde, entraînant une énorme masse d’éboulis, de boue et de bois charrié. Ces matériaux envahissent les rues de Brigue et de Glis et s’entassent par endroits jusqu’à 3 m de hauteur. Caves et commerces sont inondés et deux personnes perdent la vie. Les dégâts aux bâtiments, aux routes et aux équipements atteignent le demi-milliard de francs. Pour qu’un tel événement ne se reproduise, un pont-levant qui s’adapte aux niveaux critiques de la rivière a été construit depuis à Brigue.
Le 14 octobre 2000 à 10h15, les pluies qui tombent sans discontinuer dans la région du Simplon depuis deux jours déclenchent une coulée torrentielle composée de boues et de blocs au-dessus du village frontière de Gondo : une dizaine de bâtiments est détruit dont la tour Stockalper vielle de 400 ans et 14 personnes perdent la vie. Ces précipitations extrêmes (250 mm en 24h enregistrés à la station de Simplon-Dorf) rappellent une nouvelle fois à la population valaisanne les dangers de la nature et la nécessité d’entreprendre un nouvelle correction du Rhône, la troisième. En effet, le débit du Rhône atteint lors de cet événement un niveau record : 910 m3/s à Sion (775 m3/s en 1987, 830 m3/s en 1993), 1370 m3/s à la Porte du Scex, à son embouchure dans le lac Léman. La situation du Rhône est critique partout: il déborde notamment à Gampel et à Evionnaz. Une digue du fleuve se rompt à Chamoson, surchargeant le système de canaux, entraînant une rupture de digue de canal: les eaux submergent la région de Saillon. Le Rhône inonde plus de 1000 ha de plaine, par rupture de digues, débordements ou refoulement dans les canaux. Les crues et les mouvements de terrain d’octobre 2000 ont causé en Valais des dégâts que l’on estime à 500 millions de francs.
La 3ème correction du Rhône, de sa source jusqu’au lac Léman, a pour objectif d’élargir l’espace d’écoulement du fleuve pour mieux évacuer ses crues où cela est possible et de renforcer et surélever les digues où l’espace manque. Les travaux devraient durer une trentaine d’années pour se terminer à l’horizon 2030. Le résultat devra tenir compte des intérêts divers que sont la sécurité des biens et des personnes, la revalorisation du milieu naturel, l’amélioration de la production agricole et l’augmentation de l’attrait économique et touristique de la plaine.
Parmi les instabilités de versant, les avalanches et les éboulements affectent également les reliefs valaisans et sont sources de danger pour les populations occupant les vallées et les versants.
De 1947 jusqu’à 1993, on a recensé en moyenne des grandes avalanches tous les deux ans et demi. Les avalanches catastrophiques sont quant à elles beaucoup plus irrégulières. Durant l’hiver 1950-1951, les avalanches avaient causé la mort de 98 personnes en Suisse. Depuis cet événement, un milliard de francs environ a été consacré à la protection contre les avalanches en Suisse et le canton du Valais compte actuellement 200 km de paravalanches (râteliers, claies et filets de protection). En février 1999, plus de huit mètres de neige ont recouvert les Alpes. Huit cents avalanches se sont déclenchées en Valais provoquant la mort de 13 personnes. Cependant, une catastrophe a pu être évitée grâce aux importantes mesures de protection contre les avalanches.
Si les éboulements ne sont pas rares dans les Alpes, celui de Randa en 1991 fut particulièrement impressionnant. Il s’est déclenché sur le versant gauche de la vallée de Zermatt, au NW de la localité de Randa et s’est déroulé en deux phases de 10 et 20 millions m3 : la première le 18 avril et la deuxième le 9 mai. A chaque fois, la vallée de Zermatt a été prise dans une épaisse "mer" de poussière qui s'est ensuite déposée sur le sol formant un épais manteau poussiéreux. L’éboulement du 18 avril a induit un séisme de magnitude 3 sur l’échelle de Richter. Il a recouvert la rivière Vispa, une partie d’un hameau de villégiature, inoccupé au moment de l'événement, et la voie de chemin de fer Visp-Zermatt sur plusieurs centaines de mètres. Le 9 mai, c’est une couche de blocs plus importante qui a recouvert tout le hameau et une plus grande portion de la voie ferrée. Obstruée, la rivière Vispa a formé un lac qui a inondé à l’amont une partie du village de Randa. L'ensemble des dommages s'est monté à environ 80 millions de francs suisses.

