Chamois

De Wikivalais

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Le rut des chamois

L’hiver est une période difficile à laquelle ne survivront que les individus capables de faire face à la disette par une réduction de leur consommation de nourriture ou par le recours aux réserves de graisse accumulées durant la belle saison. Etonnamment, le rut du chamois et celui du bouquetin paraissent s’inscrire à contre-courant de ce souci d’économie ! En octobre, au début du rut, les chamois ont revêtu leur pelage hivernal noir qui met en valeur les zones blanches de la tête et les taches claires des cuisses. Cette décoloration des cuisses augmente avec l’âges des individus et les mâles dominants l’accentuent en s’urinant sur leurs flancs !

Le chamois a certainement le rut le plus épuisant de nos ongulés : de novembre à mi-décembre, dans des conditions climatiques très dures, le mâle écarte ses concurrents en de longues courses effrénées. Tout à leur affaire, ces seigneurs ne mangent presque plus et maigrissent considérablement. Ce faisant, ils peuvent perdre jusqu’à 40 % de leur poids : seuls les adultes ayant achevé leur croissance (6 ans et plus), ont assez d’expérience et de forces pour survivre à cette épreuve.

La chasse aux trophée, qui vise les vieux boucs les mieux dotés, permet aux jeunes chamois de participer au rut. Mal leur en prend : épuisés par leurs prestations amoureuses, inexpérimentés, ils supporteront mal l’hiver. Si de surcroît les vieilles chèvres sont négligées par les chasseurs, leur présence entraîne une prolongation du rut et aggrave la situation de ces mâles. Finalement la population est décimée par les effets secondaires d’une chasse peu respectueuse de l’écologie de l’espèce. D’où la nécessité – maintenant reconnue – de tirer également les jeunes et les femelles afin de respecter la pyramides naturelles des âges.

C’est assurément la plus belle époque pour observer les poursuites sauvages des mâles, crinières au vent, sur fond de gazon jauni par le premier gel ou le rituel amoureux dans les premières neiges des versants nord. Observant ces joutes impressionnantes dans les rochers sous l’alpage de l’Etoile à Evolène, il m’est arrivé de redouter une fin fatale pour l’un des concurrents. Mais plutôt que de se précipiter dans le vide, le poursuivi s’est réfugié dans une anfractuosité du rocher, montrant son arrière-train au poursuivant… qui lui a botté le cul à grand coups de cornes !

Un vieux de la vieille

Le chamois est répandu dans tout le Valais, de la Furka aux Cornettes de Bises et de 500 m à 3500 m d’altitude. Depuis 1988, l’effectif cantonal oscille autour de 14 000 individus, dont les trois quarts environ vivent dans les réserves de chasse où leur densité pouvait causer des problèmes de dégénérescence et d’épizootie tant que manquait un grand prédateur. La présence de petits troupeaux le long du coteaux, à Réchy, à Vex, à Riddes, à Leytron, ou encore à Martigny par exemple, souligne l’emplacement des réserves cantonales. En montagne également, on peut deviner le statut de protection à l’abondance des chamois :rive droite de la Dala, Moiry, Cotter au val d’Hérens, Combe de l’A, pentes des Ars au val Ferret, pour ne citer que quelques points où l’on peut être certain d’apercevoir des chamois.

L’absence de neige ou de dérangement détermine les zones fréquentées en hiver, soit en plein cœur des réserves comme sur les pentes ventées en face de Bourg-Saint-Pierre ou dans les forêts entrecoupées de rochers sous Sorebois à Zinal, soit sur leur frange comme dans les prés du Roc-Cornet à Drance ou sur la crête sèche de l'Ala à Evolène, soit encore franchement hors des réserves comme à la Bella-Tola sur Saint-Luc ou à Ortsiva sur Pinsec. Enfin, certains chamois demeurent sur les hautes crêtes ventées : le Chatelet sur Orsières, Pointe-Masserey sur Saint-Martin, Pointe-du Tsaté sur Evolène, par exemple.

Contrairement à ce que l'on observe chez le bouquetin (qui n'est presque pas chassé), la population de chamois en dehors des réserves peut s'avérer presque nulle même dans des biotopes favorables : en témoignent sa rareté sur le coteau de Fully ou sa quasi-disparition récente du Châtelard à Icogne, dues à une pression de chasse intolérable.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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