Chêne

De Wikivalais

Le chêne pubescent est l’un des rares feuillus à supporter la chaleur estivale et l’aridité des bas-coteaux ensoleillés de la vallée du Rhône. Cet arbre subméditerranéen approche de sa limite septentrionale dans notre pays et ne se rencontre plus que dans quelques endroits privilégiés du Tessin, des Grisons, du pied du Jura, du Chablais et du Valais central. Il forme alors des forêts buissonnantes typiques, souvent entrecoupées d’affleurements rocheux et de pelouses steppiques. Dans leur domaine de prédilection, entre Martigny et Sierre, les chênaies se reconnaissent de loin à leur teinte vert clair, contrastant avec le ton foncé des pinèdes voisines. Mais c’est en automne qu’elles se voient le mieux, lorsque les chênes virent au brun clair, couleur qu’ils gardent jusqu’à la chute tardive des feuilles, à la fin de l’hiver. On leur dispute âprement la place, si bien qu’il faut parfois les chercher dans le paysage. Ces forêts particulières présentent une grande valeur biologique: ce sont autant de petits îlots d’ambiance méditerranéenne qui invitent à la découverte de fleurs peu connues et d’innombrables insectes. C’est là qu’il faut aller en plein été pour entendre les cigales comme dans le Midi.

Sommaire

Caractères du chêne pubescent

Même s’il ne dépasse habituellement pas 8-10 m, le chêne pubescent peut atteindre 20 m de haut. Il doit son nom à la présence de petits poils au revers des feuilles et sur les jeunes rameaux. Ce fin duvet peut être considéré comme une adaptation à la sécheresse, dans la mesure où il limite les pertes d’eau par évaporation. Le chêne rouvre et le chêne pédonculé ont beaucoup moins de poils. Ces deux essences sont représentées principalement dans le Bas-Valais, la première sur des sols pauvres, séchards et plutôt arides, comme il s’en trouve sur certains éboulis, la seconde de préférence sur des sols de plaine, humides, fertiles et calcaires. En réalité, les trois espèces de chênes s’hybrident, ce qui complique parfois leur détermination. Le chêne pubescent a besoin de chaleur avant tout et ne dépasse guère 1300 m d’altitude en Valais. Plus il pousse haut, plus il demande d’ensoleillement. Dans les zones un peu fraîches, il semble rechercher le voisinage de gros rochers qui font office d’accumulateurs de chaleur. Comme la vigne, le chêne pubescent craint les gels printaniers au moment du débourrement. Il évite donc la plaine et les bas-fonds drainant l’air froid. C’est ainsi que dans la région de Finges, il se cantonne au sommet des collines. Il faut un sol généralement assez profond pour que se forment des chênaies denses.

Chez nous, les chênaies entrent fréquemment en contact avec les pinèdes. Le chêne pubescent pousse plus lentement que le pin sylvestre, mais bénéficie d’une résistance supérieure. Coupé ou incendié, il parvient à se régénérer par rejets de souche. Connu comme l’un des arbres attirant le plus d’insectes parasites, il survit à toutes les attaques. Entièrement défolié par les chenilles du bombyx disparate sur le coteau des Follatères en juillet 1985, il réussit à reverdir avant l’automne. Il produit beaucoup moins de graines que le pin, mais les glands possèdent plus de réserves et germent avec plus de succès. Ecureuils et geais se chargent de leur dissémination, si bien que l’on retrouve des petits chênes partout, y compris dans des endroits inattendus (forêts alluviales ou subalpines), même s’ils n’ont aucune chance de devenir adultes dans ces conditions.

Chenaie à saponaire

La plupart des chênaies du canton entrent dans cette catégorie. Ce sont les plus chaudes et les plus sèches. Elles se caractérisent par la présence de saponaire rose, souvent accompagnée d’amélanchier et d’épine-vinette. Les espèces de climat humide font défaut. La saponaire correspond à des pentes calcaires bien ensoleillées. On la trouve habituellement sur des talus de routes ou de vignes. Dans le cas des chênaies, elle indique souvent une influence humaine ancienne, à l’origine de la structure claire et buissonnante de certains peuplements. En réalité, nombre de ces forêts sont en voie de régénération après une période d’exploitation intensive. Leur composition floristique est en train de changer. Si la tendance actuelle se maintient, les plantes de milieux ouverts, saponaire comprise, vont régresser.

En Haut-Valais, le chêne pubescent se raréfie et fait place au pin, probablement en raison du risque accru de gel printanier.

De beaux chênes isolés s’observent pourtant sur le coteau de Gampel, où ils atteignent l’altitude record de 1320 m. Pour retrouver de véritables chênaies, il faut remonter jusqu’à l’entrée de la vallée des Vièges. La saponaire est toujours présente, mais le genévrier sabine semble avoir évincé les buissons autres que l’amélanchier, l’épine-vinette et le genévrier commun.

Chenaie à campanule

La chênaie à campanule gantelée marque la transition avec un climat humide. Elle apparaît principalement dans les hauts de Fully et des Follatères entre 700 et 1000 m d’altitude. C’est une forêt nettement plus haute et fermée que la chênaie à saponaire. Comme son nom l’indique, le Ban de Branson bénéficie depuis longtemps d’une mise en défens. Cette forêt presque vierge renferme les plus gros chênes pubescents et les plus gros érables à feuilles d’obier en Suisse. Sur le plan de la flore, elle se rapproche beaucoup des forêts à tilleul. Frênes et tilleuls se mêlent à la strate arborescente. Le cornouiller mâle apparaît comme l’un des buissons les plus caractéristiques; dès avril, il se couvre de fleurs jaunes, apportant ainsi les premières notes colorées au paysage printanier; on peut faire de la gelée avec ses fruits. Dans le sous-bois, les espèces subméditerranéennes cèdent l’avantage à des plantes indicatrices d’un climat encore chaud, mais plus humide: campanule gantelée, campanule à feuilles de pêcher, ellébore fétide, tamier, entre autres. En mai-juin, le grémil bleu-pourpre forme par endroits des tapis vivement colorés. Le visiteur sera sans doute fasciné par les serpents de lierre grimpant sur les troncs et les branches tortueuses des grands chênes.

Les chenaies et l'homme

Les chênaies ont été autrefois surexploitées pour la production de bois de chauffage et de charbon de bois, pour la fabrication de traverses de chemin de fer lors de la construction de la ligne du Simplon au XIXe siècle et pour les besoins du petit bétail. De plus, elles brûlaient régulièrement. Le chêne parvenait bien à se régénérer par rejets de souche, mais n’avait pas le temps de devenir arbre. Ce n’est que depuis trente ou soixante ans que les chênaies, livrées à elles-mêmes, peuvent se reconstituer en paix. Situées à basse altitude, elles suscitent encore la convoitise de certains vignerons. Ces forêts sont pourtant les plus riches de tout le pays en fleurs, insectes et oiseaux. Même sous forme d’îlots dans le vignoble, elles peuvent héberger maintes espèces des contrées méridionales qui ne sauraient, chez nous, dans quel autre habitat se réfugier.

Elles embellissent le paysage à une altitude où on ne laisse plus suffisamment de place à la nature. Aucun doute: les chênaies pubescentes sont les forêts à la fois les plus précieuses et les plus menacées du canton.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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