Cerf

De Wikivalais

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Le délicat retour du cerf

Protégé en Engadine, réintroduit en Valais, profitant des districts francs fédéraux et de la protection des forêts, il est aujourd’hui présent dans tout le canton du Valais, avec des densités variables. C’est dans l’Entremont et dans la vallée de Conches qu’il est le plus abondant. Mais les populations des vallées récemment conquises, de façon autonome ou avec l’aide du Service de la chasse, font preuve d’une vigueur remarquable. L’effectif est encore en phase de croissance : de 1975 à 1987, on a noté une augmentation de plus de 40 %. Pour l’heure, seul l’adret n’est pas entièrement colonisé.

Les problèmes de surpopulation du Parc national, le succès de sa réintroduction et la mort des forêts se sont joints pour faire du cerf rouge la bête noire des forestiers. Dans les conversations, son nom semble désormais lié au concept de « surpopulation ». Il est vrai que cette « grosse bête » passe d’autant moins inaperçue qu’elle vit volontiers en hardes et se concentre dans des sites d’hivernage traditionnels particulièrement favorables. Trois cerfs mangent autant qu’une vache ! Des affirmations péremptoires, comme « les cerfs sont trop nombreux, il faut en tirer plus » n’ont aucune signification précise : y en a-t-il 10 ou 1000 de trop ? Faut-il abattre 100 mâles âgés ou 500 femelles et leurs jeunes pour résoudre le problème ? Pour trouver la réponse, il faut recourir à l’étude de la dynamique des populations. Des recensements les plus exacts possibles, des échantillonnages, l’analyse fine des tableaux de chasse permettent de définir des paramètres tels que la proportion des sexes (sex ratio), la pyramide des âges, la fécondité (nombre moyen de jeunes mis au monde par femelle et par an) et la densité.

Bien entendu, ces paramètres auront toujours une marge d’erreur : s’il est facile de connaître l’étendue d’une région, le comptage des cerfs y demeure aléatoire tant il dépend des conditions météorologiques. Seul un hiver rude peut faire sortir du bois la totalité des cerfs : force est d’admettre que les comptages pèchent la plupart du temps par défaut. D’autre part, une densité moyenne est loin de refléter la densité réelle : tandis qu’un secteur reste inhabité, ailleurs, sécurité et nourriture regroupent les hardes dans les zones les plus favorables causant des conflits avec l’exploitation agricole ou menaçant un boisement, tout particulièrement dans le cas des plantations forestières. Malgré ces handicaps, il est possible d’estimer les effectifs et de prédire leur évolution probable, et sur cette bas d’élaborer des plans de tir, tant il est vrai qu’en l’absence de loups, seule la chasse, la famine ou la maladie peuvent avoir un effet régulateur sur le cerf.

L’évolution d’une population dépend de l’équilibre entre sa mortalité et sa natalité. L’émigration et l’immigration intervient également, mais de façon marginale chez les cerfs. La natalité se mesure en nombre de jeunes ramenés à une population de référence de 1000 individus. Si le nombre de mâles égale celui des femelles, 500 individus seulement seront susceptibles de produire des jeunes ; mais si le sec ratio penche en faveur de ces dernières, alors le taux de natalité augmente. Pour ces raisons, on tend aujourd’hui à respecter l’équilibre naturel des sexes pour l’établissement des plans de tir.

Cette approche démographique rassure les « comptables », mais ne prouve ni n’infirme la réalité d’une surpopulation, notion floue qui dépend de l’idée que chacun se fait de la forêt : collection d’arbres seulement ou groupement végétal habité et façonné par une faune sauvage ? Chose étrange : parlent de dégâts ceux qui ne voient dans les forêts que des cultures de bois et qui n’acceptent en guise de prélèvements et de blessures aux paysages que les coupes de bois et les routes forestières. Pour ces derniers, insectes xylophages, cerfs et avalanches, qui n’ont pas usé leurs culottes sur les bancs de l’EPFZ, ont tout juste le droit de s’en prendre aux herbes du sous-bois ! Pour le biologiste qui essaie d’imaginer une forêt avec bisons et aurochs, la faune fait partie intégrante de la communauté forestière et contribue à lui donner son caractère.

Le brame

Dans les régions peu accessibles et calmes, le cerf brame en plein jour. Mais le silence de la nuit facilite le repérage des appels et rend l’observation à la fois mystérieuse et impressionnante. Chaque mâle réoccupe son secteur année après année. Un peu d’expérience et d’attention permet de connaître les clairières ou les lisières qu’il fréquente avec sa harde. Les chercheurs pensent que la puissance du brame d’un cerf révèle sa force à ses concurrents qui peuvent ainsi éviter un combat perdu d’avance s’ils se jugent trop faibles.

La plupart de nos cerfs effectuent une transhumance annuelle qui les conduit vers les hauteurs en été. C’est dans les couloirs de vernes que les biches mettent bas en juin. Dans la vallée de Conches, certains cerfs séjournent même au-dessus de la limite des forêts, alors qu’ailleurs ils n’effectuent que des excursions nocturnes dans les alpages. La neige les ramène vers les régions basses, près des village : coteaux, basses vallées boisées les abritent de jour, mais les traces dans la neige, des collisions le long des voies de chemin de fer et des routes, des silhouettes furtives dans les phares prouvent que les cerfs n’hésitent pas à traverser la plaine, le Rhône, les routes et les villages pour s’emparer des fruits et des légumes non récoltés. A Finges, et peut-être à Pouta-Fontana, quelques individus séjournent à l’année en plaine.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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