Castor

De Wikivalais

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Au pays du castor

Bien plus gros qu’une marmotte, le castor est pourtant peu visible : il sait rester à l’eau, fuir le jour et échapper aux regards. Il n’est pas avare de « symptômes », comme dit Maurice Blanchet qui est à l’origine de sa réintroduction en Suisse. En hiver, alors qu’il sort moins et vit sur les réserves de branches accumulées dans l’eau durant la belle saison, les traces de sa présence sont particulièrement visibles.

Il s’agit d’un revenant : comme le bouquetin, le castor a été victime des légendes et des fables les plus diverses qui l’ont fait traquer à outrance. Fort heureusement, il a survécu et on a pu prouver qu’il ne construit pas de maisons de trois étages, n’utilise pas sa queue en guise de truelle, ne transforme pas les vieux castors en chalands pour le transport du bois. Aujourd’hui on trouve sa vraie vie suffisamment étonnante pour être surpris par l’imagination de nos aïeux qui voyaient en lui un mangeur de poissons (peut-être pour justifier sa présence aux menus de Carême ?) et dans son castoreum, une graisse odorante servant à marquer son domaine, un onguent miracle contre le rhumatisme. Sa dernière mention suisse datait de 1820, et c’est une chasse effrénée pour sa fourrure et sa chair qui a failli l’exterminer de l’Europe du XIXe siècle.

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Entre le 19 octobre 1973 et le 7 mars 1974, le Service de la chasse du canton du Valais, dans les gorges du Trient à Finhaut et dans la réserve naturelle de Pouta-Fontana à Grône, 8 castors, soit 4 mâles, 3 femelles dont une portante et 1 jeune de sexe indéterminé. Si l’on ignore le sort des 3 individus de Finhaut, on sait en revanche que ceux de Pouta-Fontana ont prospéré au point que l’espèce a colonisé aujourd’hui l’ensemble des maigres biotopes disponibles dans la plaine du Rhône. Adepte des eaux calmes bordées de forêts alluviales, amoureux de rivières paresseuses, le castor habite notamment les forêts alluviales de Finges et l’embouchure du Rhône dans le Léman.

Ces trois sites ne doivent guère héberger plus de 5 à 10 couples au total. Pour faire face à cette crise du logement, le bièvre a dû s’adapter aux caricatures de biotopes que sont les rives du Rhône, là où des plages de sable permettent l’accostage entre les épis. Il fréquente aussi certains canaux où se mirent encore les saules….Ces milieux étroits, linéaires et sans bras latéraux facilitent l’observation mais constituent une source de dérangement pour les rongeurs, souvent de jeunes castors chassés du domaine familial. Tout porte à penser que les individus cantonnés dans ces biotopes de second choix sont des solitaires en attente d’une place dans les rares sites permettant la vie en couple et la reproduction.

…et avenir du castor en Valais

Pour subsister en Valais, le castor a dû faire preuve d’adaptabilité : s’il habite un terrier à Finges, il vit dans une hutte à Pouta-Fontana. Il a supporté l’éclairage public à Sion, où il s’était contenté de planches et de plastique pour fermer le toit effondré de sont terrier-hutte ! Mais le Service de la chasse a mis un terme à l’épopée de ce castor citadin qui avait osé ronger un vieux pompier soudain très productif…

Le castor ne montre pas une préférence particulière pour les arbres fruitiers. Pour peu qu’on laisse croître un rideau de végétation riveraine, il préférera grignoter les rhizomes des roseaux, le cœur des tiges de massettes, les jeunes recrûs de saules et autres feuillus décapités ou encore le feuillage tendre des rameaux nouveaux, plutôt que de parcourir, ne fut-ce que 20 m, pour aller manger des pommes tombées. Il abat surtout des feuillus, saules, aulnes, peupliers, qui font des rejets et constituent par la suite de véritables prairies de rameaux tendres, typiques des eaux exploitées par les castors. Si vous vous accroupissez pour prendre un photo, prenez garde aux tiges taillées en biseaux ou en pointes de crayon…En hiver, le castor se nourrit de l’écorce des troncs et des branches mis en réserve dans l’eau, assez profondément pour échapper à la glace éventuelle.

La castor a besoin de lieux de reproduction: des biotopes marécageux étendus, capables de fournir le nécessaire à toute une famille. Il lui faut aussi un réseau de voies de déplacements et des lieux de séjours temporaires, pour relier les populations voisines et accueillir les immatures chassés par leurs parents. C’est à ce prix qu’ils laisseront nos vergers en paix.

Les premières interventions du castor occasionnent toujours des soucis aux familiers de l’endroit: ne va-t-il pas couper tous les plus beaux arbres, détruire le bosquet ? En fait, dans notre pays aux cours d’eaux figés par le béton, aux canaux profilés pour les tondeuses, les marais, privés d’inondations, sont tout naturellement envahis par la forêt. Roselières et cariçaies survivent péniblement à coups de pelles mécaniques, de faucheuses et de vannes. Dans bien des cas, le castor assure gratuitement ce travail d’entretien et le site s’enrichit de structures et d’espèces nouvelles, le marais étendu gagne en sauvagerie. Finalement la présence du castor se fait très discrète : le bièvre ne détruit pas ses ressources.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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