Carbonifère et Permien
De Wikivalais.
Sur la fin de l’ère Primaire (Carbonifère et Permien) lors de l’érosion des reliefs issus de ces anciennes orogenèses, la sédimentation reprend dans des conditions un peu particulières. Le Carbonifère est la période d’accumulation du charbon. Fruit de la décomposition incomplète des végétaux, le charbon, pour justifier une exploitation rentable, doit se trouver en grande quantité, ce qui suppose la présence de forêts luxuriantes. Les grands bassins charbonniers (Angleterre, France, Belgique, Ruhr, Silésie) jalonnent la limite septentrionale d’un ancien continent où les forêts croissaient en bord de mer, les pieds dans l’eau, tout comme se développent actuellement de grands marécages forestiers sur le delta du Mississipi.
Au cœur du continent des conditions favorables à la sédimentation se réalisèrent localement dans des dépressions étroites et allongées. Entre Bâle et l’Italie, on a recensé trois de ces dépressions: celle du nord-ouest de la Suisse vient d’être découverte par forage sous la Molasse; celle du centre affleure dans la vallée du Rhône, sur ses deux versants, au droit de Dorénaz; la plus méridionale, fortement déformée, constitue la zone houillère, dans le Pennique, au sud du Rhône.
Entre les sillons, un pays montagneux, soumis à une forte érosion, livrait aux cours d’eau des graviers, des sables et des limons qui comblèrent les dépressions, les couches charbonneuses ne représentant que fort peu de chose. Les conglomérats et les grès dominent largement. Les sédiments les plus fins ont livré une assez grande quantité de restes d’organismes méticuleusement et il vaut la peine de reproduire quelques phrases et dessins d’Oswald Heer qui datent de 1860 : « Nos Alpes ne présentent plus à notre esprit simplement un spectacle dont l’enchantement est indescriptible, mais elles se révèlent à nous comme un temple de la Nature où sont conservés les admirables trésors de mondes qui ne sont plus. Nous essayerons de pénétrer dans ce temple afin d’interroger les merveilles dont il est orné, et de faire défiler devant nos yeux les époques les plus importantes de l’histoire de notre terre. Le Valais nous apparaît comme le plus bas et le plus ancien étage de ce temple dont la Dent-de-Morcles et celle du Midi, semblables à deux pyramides gigantesques, représentent le parvis et l’entrée (…). Le pied de ces montagnes renferme lui-même dans ses masses rocheuses les restes organiques les plus anciens de notre pays; ils appartiennent à l’époque carbonifère. Les plus forts gisements de cette formation se trouvent, l’un près du hameau d’Erbignon, et l’autre à Outre-Rhône, sur le versant sud de la Dent-de-Morcles. La substance même de ces végétaux est à vrai dire détruite, mais leur place est occupée par une légère couche de talc jaune-blanc à reflets argentés. Les formes et les nervures de ces plantes sont si bien conservées qu'elles semblent peintes en argent sur un fond plus sombre.
Oswald Heer dresse l'inventaire des plantes découvertes, reconstitue le paysage de l'époque.
"Si nous réunissons les plantes houillères découvertes chez nous et dont nous venons de faire la description détaillée, il ne nous sera pas difficile de nous représenter les forêts de ces temps reculés; le dessin ci-joint viendra en aide à notre imagination (…). Cette planche donne seulement des arbres cryptogrammes dont l'écorce avait une élégance particulières. Ils n'étaient pas plus grands que les arbres de nos forêts; mais, comme ils appartiennent à des familles qui, actuellement, ne comptent que des herbes, cette flore a un cachet qui ne nous est pas familier. Les sapins et les arbres feuillus dont se composent nos forêts actuelles, manquaient à cette époque; mais les Lycopodiacées, les Fougères et les Equisetacées qui se cachent maintenant sous l'ombre des bois, dressaient alors fièrement leurs troncs gigantesques et balançaient leur feuillage dans les airs. Le terrain était humide et fangeux, recouvert d'eau par place (…). "
Après ses envolées enthousiastes du début, O. Heer conclut sur une note nostalgique:
"Si l'on transporte par l'imagination dans ces vastes solitudes primitives, on est saisi d'un sentiment indéfinissable en présence de l'invariable monotonie des formes. D'un côté l'absence totale de fleurs et d'animaux supérieurs, devait contribuer à jeter sur la nature un voile d'universelle tristesse; pas un seul oiseau n'égayait la forêt dont les profondeurs n'étaient visitées par aucun mammifère."
Le sillon méridional de la zone houillère contient quelques niveaux de laves: ils annoncent la grande activité volcanique qui va durer pendant tout le Permien, qui voit les conditions de sédimentation rester les mêmes: graviers et sables continuent à s'accumuler et sensiblement dans les mêmes dépressions. Mais les conditions climatiques, elles, ont changé et les grandes forêts ont cédé la place à des déserts aux sédiments colorés. Il nous en reste les conglomérats lie-de-vin de la région de Dorénaz.
Nous n'avons pas encore tout à fait terminé l'histoire de cette fosse que nous résume la figure 23. Maintenant comblée de sédiments carbonifères et permiens, elle sera soumise à une déformation qui la dispose en synclinal un peu faillé. Il 'agit-là des dernières manifestations orogéniques de la fin du Primaire et c'est seulement lorsque les reliefs nés de ces ultimes déformations auront été arasés que la sédimentation pourra reprendre. Les couches déposées au cours du Secondaire seront, à leur tour, plissées lors de l'orogenèse alpine, au Tertiaire.
Bibliographie
- Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994
Article connexe

